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Des immortels.

Hailé Sélassié d’Ethiopie, Kwamé Nkrumah du Ghana, Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire, Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Modibo Kéita du Mali… Autant d’anciens chefs d’Etat, aujourd’hui tous disparus mais plus que jamais vivants dans la mémoire collective de leurs compatriotes. Pères des indépendances de leurs pays respectifs, à l’exception du célèbre Ethiopien dont le sien a résisté à la tentative de la colonisation italienne, …

Mais le plus grand héritage laissé par ces héros nationaux est d’une dimension continentale : la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). C’était il y a cinquante ans le 25 mai 1963. Ce jour-là, à Addis-Abeba, trente-deux chefs d’Etat paraphaient la charte constitutive de l’organisation continentale africaine, rédigée par les présidents malien, Modibo Kéita, et togolais, Sylvanus Olympio (mort assassiné quatre mois auparavant).

jpg_union-africaine.jpgPorté sur les fonts baptismaux de l’unité par une trentaine de pays, l’institution n’en demeure pas moins le résultat d’antagonismes de visions entre deux principaux groupes : d’un côté le « Groupe de Casablanca » ou camp des idéalistes. Conduit par Kwamé Nkrumah et Sékou Touré et d’inspiration marxiste, ce mouvement prêche le fédéralisme ici et maintenant. De l’autre, le «groupe de Brazzaville», qui deviendra plus tard le «Groupe de Monrovia», rassemble ce que d’aucuns qualifient de réalistes. Sous la houlette de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny et du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, ce courant est plutôt favorable à la souveraineté des pays et à une coopération à la place de l’unité, qui pourrait se réaliser plus tard par cercles concentriques.

Comme on peut le constater, c’est cette seconde tendance qui a pris le dessus avec une Afrique constituée aujourd’hui de 54 Etats et micro-Etats regroupés dans de grands ensembles économiques et monétaires comme la CEDEAO et l’UEMOA en Afrique de l’Ouest, la CEMAC en Afrique centrale, et la SADC en Afrique australe.

L’un des chevaux de bataille de l’OUA était la décolonisation totale du continent. S’y ajoutait la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Sur ce second point, des divergences vont vite mettre à mal la cohésion de l’organisation. C’est que, face à la domination des Noirs par les Blancs, il y a, d’une part, les va-t-en guerre, qui préconisent les méthodes radicales de lutte, et, d’autre part, les modérés, qui prêchent le dialogue.

A l’occasion de son jubilé d’or, que peut-on retenir des cinquante ans d’existence de l’OUA devenue en juillet 2002 Union africaine (UA) en application de la Déclaration de Syrte du 9 septembre 1999 ?

Il ne sera pas question ici d’établir un bilan exhaustif de la «Vieille Dame», mais d’en esquisser les grands axes.

Cela dit, tout bien considéré, ce qui était l’OUA est parvenu à engranger des résultats tangibles qui méritent d’être reconnus.

Certes, cinq décennies après, le rêve de conduire le continent vers les Etats-Unis d’Afrique est toujours loin d’être concrétisé. Mais au chapitre politique, la décolonisation politique du continent est aujourd’hui une réalité. L’ensemble des Etats africain a accédé à la souveraineté nationale même si des liens beaucoup plus subtils maintiennent certains dans un état de dépendance politique.

Restée pendant longtemps indifférente à la situation des droits de l’homme et de la démocratie à l’intérieur de ses pays membre, l’union africaine est de plus en plus regardante sur les questions qui touchent à la démocratie. Ainsi a-t-elle décrété la condamnation, suivie de sanctions, de toute prise du pouvoir par les armes. Même si, dans les faits, sa capacité propre à instaurer ou restaurer l’ordre constitutionnel reste limitée, voire insignifiante. Comme semble le montrer la survivance par ci par là de quelques tyrannosaures politiques aux comportements dignes des «Guides éclairés» et autres «pères de la nation».

La création, par exemple, du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) témoigne, si besoin en était, ce début d’attachement à l’Etat, à la promotion de l’Etat sur le continent noir, même si les choses bougent lentement.

Si sur le plan politique, il y a des motifs de satisfaction, on ne peut pas dire de même en ce qui concerne le domaine socio-économique.

De l’OUA à l’UA, les Africains continent de désespérer de politiques audacieuses à même de faire reculer les lignes de la pauvreté et de la misère.

Qu’il y ait quelques exemples vertueux de prospérité économique et de bien-être social, nul n’en doute. Qu’il y ait des espaces communautaires en vue de stimuler la croissance économique, là non plus, nul n’en doute. Mais la mal-gouvernance, la corruption et les égoïsmes nationaux, face auxquels l’organisation continentale est impuissante, constituent autant de facteurs qui viennent annihiler les efforts communautaires de développement.

Autres faiblesses de la «Vieille Dame», sa dépendance financière. Quand on sait que cinquante ans après sa naissance l’UA doit près de 80% de son budget à l’Union européenne, du fait que très rares sont les Etats membres à jour de leurs cotisations (9 sur 53 en 2011), on comprend aisément pourquoi elle peine à remplir tant soit peu les missions qu’elle s’est elle-même fixées. Comme celles liées à la résolution des conflits, au maintien de la paix ou au financement des grands projets socio-économiques.

Alain Saint Robespierre

Mise à jour le Jeudi, 23 Mai 2013 22:20

Source: l’observateur Palaaga