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bendre.jpgSuite à un article en date du 1er juin 2007 intitulé  » Lycée Nanaïssa SANTARA : «  La maîtresse du président de la République « , un article qui s’est inspiré d’un sujet de composition donné à des élèves d’un lycée de Bamako par leur censeur et professeur de lettres, Seydina Oumar Diarra, journaliste à Info Matin, quotidien d’information du Mali est en prison depuis le 14 juin 2007.

Convoqué par la gendarmerie et conduit au parquet, Monsieur Mohamed Seydina Oumar Diarra subira plus de trois heures d’interrogatoire pour être placé par la suite sous mandat de dépôt à la Maison centrale d’arrêt de Bamako pour « offense au chef de l’Etat » par le procureur Sombé THERA qui, dit-on, se serait autosaisi.

Ainsi donc, pour avoir écrit sur un sujet de dissertation un journaliste se fait embastiller. Et cela, juste une semaine après l’investiture de M. Amadou Toumani TOURE à la magistrature suprême.

La presse malienne estimant que l’article en question respecte tous les critères professionnels a vu là une dérive dangereuse de la gouvernance malienne qui jusque là, se donnait pour exemple.

Pour affirmer leur solidarité entière et exiger la libération de leur confrère au nom de la défense de la liberté d’expression et de presse, les journaux prendront la décision de publier selon leur périodicité l’article incriminé.

Ce qui fut fait. Le procureur ne se fera pas prier pour embastiller pour « complicité d’offense au Chef de l’Etat », Hameye Cissé, directeur de publication du Scorpion, Sambi Touré, directeur de publication de Info Matin, Alexis Kalambry, directeur de publication des Echos et Birama Fall, directeur de publication du Républicain, dès la parution de leurs organes le 20/06/07.

bendre1.jpgDès le lendemain, la presse malienne organisera une marche sur le ministère de la Justice et celui de la Communication. Cette marche sera violement réprimée et le vendredi 22 juin le tribunal rejettera la demande de mise en libération des journalistes. Ceux-ci devront attendre le procès qui devra avoir lieu le mardi 26 juin.

A lire et à relire l’article, on se demande bien qu’est ce qui a pu déclencher cette spirale de mesures qui s’inscrivent à contre-courant des valeurs démocratiques et républicaines.

L’article ne répond t-il pas aux canons professionnels ? Mieux, le journaliste n’a-t-il pas commenté ce sujet en mettant en relief son caractère amoral et immoral ? D’où vient cette fameuse « offense au Chef de l’Etat » qui ne ressort manifestement pas ni du sujet ni de l’article écrit par Seydina Omar Diarra.

Du reste, de quel chef d’Etat parle-t-on ? Alors ? N’y a-t-il pas un autre combat ailleurs ? Le Mali, comme bien de ses voisins, souffre de la mauvaise répartition des ressources du pays, accaparées par un groupe de prédateurs.

Au lieu de réprimer les cas de corruption avérés, au lieu de cultiver le civisme pour qu’émergent des citoyens dignes, on étrangle les voix dénonciatrices.

Voudrait-on mettre la presse au pas qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

Malheureusement, pour les prédateurs de la liberté de la presse, comme le dit si bien Dramé un confrère malien, « Jamais la répression n’aura le dessus sur la folie de la vérité, puisque c’est la folie qui détient la vérité sur la répression. »

Cheriff M. SY

Bendré-Hebdomadaire d’information et de réflexion

Burkina Faso

24 juin 2007.