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Le commanditaire de cette criminelle « tournante » n’était autre que l’homme qui lui faisait la cour depuis un peu moins d’un an. Cette nuit de samedi à dimanche était pluvieuse dans nombre de quartiers de la capitale. Les rues de Kalabancoura-Aci et celles de Kalabancoro étaient arrosées. Des flaques d’eau stagnaient un peu partout. Les automobilistes et les motocyclistes circulaient en soulevant des éclaboussures.

Un groupe de jeunes de ces quartiers avait bravé les intempéries pour organiser une soirée dansante au «  Bar Zed « . Les filles et les garçons des environs étaient présents à cette « boum » malgré le mauvais temps. La charmante A. T. figurait au nombre des invités. Elle était venue du Nord, comme chaque année, passer ses vacances dans la capitale. Depuis sa première rencontre le 31 décembre dernier avec Karim, le jeune homme lui faisait les yeux doux. Mais malgré sa cour assidue et entreprenante, il n’arrivait pas à conquérir le coeur de la jeune fille. Elle lui répétait qu’elle ne l’aimait pas. Cette résistance redoublait les ardeurs de Karim qui ne comprenait pas pourquoi la belle demoiselle ne voulait pas de lui.

ENDROIT OBSCUR

Cette nuit-là, l’amoureux éconduit s’était approché de celle qui avait fait chavirer son coeur. Comme d’habitude ses avances avaient été rejetées. Il passa un long moment à broyer du noir. Il se sentait humilié et ne pouvait pas supporter les regards pleins de sous-entendus de ses amis du « grin ». Tous étaient au courant qu’il avait le béguin pour la jeune fille. Karim déçu par le refus de la demoiselle, se retrancha dans un coin obscur du bar. Il commença à mûrir un plan de vengeance.

La soirée continuait. La belle A.T. très convoitée par les jeunes du quartier, dansait avec tous ceux qui la sollicitaient, sauf Karim. Le jeune homme ne s’expliquait pas l’aversion de la jeune fille à son égard. Pourtant Karim se considérait comme un play-boy du quartier. Et il possédait les moyens de satisfaire ses désirs. Mille et une questions traversaient son esprit au fur et à mesure qu’il vidait des bouteilles de boisson alcoolisée.

Les rêves du Don Juan frustré furent interrompus un instant par quatre de ses amis. Harouna Camara, Mahamadou Diabaté, Papa et Adama étaient venus lui demander pourquoi il ne participait pas gaiement à la fête. Il leur expliqua sa déception et leur demanda des conseils pour se venger. En chœur ses amis lui répondirent que cette nuit là lui offrait une belle occasion à ne pas rater. Tout de suite, le groupe concocta un plan. A la fin de la soirée, Harouna Camara se chargera d’entraîner la belle et inaccessible A.T. dans un endroit obscur et propice au viol. Les autres les rejoindront ensuite. La fille sera bâillonnée et conduite dans une maison en chantier. Dans ce bâtiment, chacun des garçons la possédera de force pour lui « apprendre » à ne pas rejeter les avances de ses prétendants avec dédain.

Karim trouva que le projet tenait la route et l’adopta pour effacer le ressentiment qui lui taraudait la raison. Il cessa de boire et réintégra le groupe. Il commença même à danser et à crier très fort sa joie de vivre. Ceux qui l’entouraient, exceptés ses complices, croyaient que son excitation n’était due qu’à son état d’ébriété. Pendant ce temps, la jolie A.T., vêtue comme une fée, continuait à attirer l’attention des jeunes garçons et même des jeunes filles qui ne cessaient d’apprécier son élégance.

FATIGUE DANS LES JAMBES

La soirée commença à perdre en intensité aux environs de deux heures du matin. Les garçons et les filles ressentaient de la fatigue dans les jambes. La sueur, les effluves d’alcool, de fumée de cigarettes rendaient l’air irrespirable à l’intérieur du bar. Les filles ne suivaient plus le premier cavalier venu sur la piste. Elles sortaient souvent prendre une bouffée d’air frais. Vers 2 h 15, A.T. sortit seule pour se rafraîchir. A l’angle de la maison, Harouna Camara faisait le guet. Il héla la jeune fille et lui annonça qu’il voulait lui dire quelque chose.

La jeune fille s’approcha de lui et constata des silhouettes contre un mur. Elle hésita un instant. Mais elle pensa qu’elle n’avait pas à se méfier de gens qu’elle connaissait depuis longtemps. Elle s’approcha et reconnut Karim. A. T. stoppa et fit mine de rebrousser chemin. Elle n’eut pas le temps de reculer. Trois autres jeunes sortirent du bar et se jetèrent sur elle comme des loups affamés. L’un d’eux la bâillonna en se servant de sa main. Les deux autres la prirent à bras-le-corps et la transportèrent dans une maison voisine en chantier.
Les tentatives de l’infortunée pour appeler à l’aide étaient inaudibles. Karim déchira la jupe courte qu’elle portait puis ses sous-vêtements. Il se déshabilla pendant que ses complices maintenaient la jeune fille sur l’herbe trempée. Le fait que sa victime était vierge ne fit pas fléchir Karim. Il abusa de la jeune fille avant d’inviter sa bande à faire de même.

Harouna Camara et Mamadou Diabaté furent les derniers à s’exécuter. La fille jeune put alors se dégager un peu, réunir ses dernières forces pour pousser un cri strident qui alerta des passants. Karim, Papa et Adama s’enfuirent. Les deux autres, Diabaté et Camara, n’eurent pas le temps de s’échapper. Les danseurs accoururent, les encerclèrent et les arrêtèrent.

La jeune fille, traumatisée, couverte de boue et trempée d’eau, perdait du sang. Elle se tordait de douleur et pleurait à chaudes larmes. Elle ne pouvait pas marcher sans appui. Il lui fallut l’aide de ses amies pour rentrer chez elle. Ses parents, sans tarder, la conduisirent au commissariat en compagnie des deux violeurs pris en flagrant délit.

Harouna et Mamadou ne pouvaient pas nier les faits. Mais ils tenteront de se décharger sur les trois fugitifs que la police recherche activement. L’inspecteur Chaka Traoré et ses hommes sont convaincus qu’ils les retrouveront. Les malfaiteurs seront certainement déférés comme leurs complices au parquet de la Commune V qui leur apprendra la différence entre un chagrin d’amour, si profond soit-il, et un crime.

G. A. DICKO | Essor

06 septembre 2007