Partager

La violence verbale et les agressions physiques font partie du quotidien dans le milieu des apprentis chauffeurs. Pour s’en rendre compte, il suffit d’emprunter un des nombreux véhicules de transport en commun ou de passer simplement près d’un arrêt des Sotrama. Le temple du désordre à Bamako se situe au Rail-da où convergent Sotrama et Duruni. Ce site est une vraie pétaudière.

Les injures les plus grossières, l’irrespect le plus total font partie des mœurs des occupants de cette place. Il n’est point besoin de tendre l’oreille pour entendre de la bouche d’un conducteur ou de son apprenti des obscénités, des injures. Même les passagers ne sont pas épargnés. Le simple fait de réclamer sa monnaie peut exposer un usager des Sotrama aux foudres des conducteurs des véhicules verts de Bamako.

Il arrive que ces rixes verbales se terminent par des échanges de coups de poing. Quelquefois le drame survient et l’une des parties se retrouve devant les tribunaux pour meurtre. Ce fut le cas dans la nuit du 3 au 4 mai dernier à Niamakoro. Dans une rue qui sépare deux familles que rien ne lie en dehors du voisinage, un groupe de jeunes a établi le siège de son «grin».

Tous les soirs, ils se retrouvent à l’endroit précis. Ils passent une grande partie de la nuit à siroter des verres de thé, à griller quantité de cigarettes et à interpeller toutes les filles qui empruntent cette voie. L’ambiance s’échauffe quand leurs petites amies les rejoignent. Il est fréquent d’entendre des décibels jaillir des appareils téléphoniques.

Dans le groupe, un jeune apprenti chauffeur s’est toujours fait remarquer par son arrogance, son manque de considération pour les autres et sa propension à s’imposer aux autres camarades parce que la nature l’a doté d’un gabarit impressionnant. «C’est une vraie canaille», rapporte un policier qui le connaît bien pour avoir eu affaire à lui à la section voie publique du 10e arrondissement.


Un couteau de cuisine

Talbi Sylla, c’est son nom, est décrit dans les environs comme une peste. Celui qui l’approche le regrette pour toujours. Taquin, impénitent et sans égard pour ses propres parents, il passe son temps à faire des histoires aux autres. Les filles du quartier préfèrent rencontrer Satan en personne que de croiser Talbi sur leur chemin.

Cette nuit en compagnie deux autres camarades, il rejoignit le « grin ». Il y trouva Mamadou Keita et quelques amis occupés à allumer le fourneau pour engager une partie de thé. Talbi et ses compagnons prirent place et commencèrent à fumer. Mamadou Keita, le « sage » du groupe, servit les premiers verres à ses tous premiers convives. Talbi prit cela pour une ségrégation à son encontre et à l’égard de ses compagnons.

Il le fit savoir à Keita et de façon peu amicale. Ce dernier considéra les virulents propos de son camarade comme une farce. Mais au fil des échanges de paroles Keïta constata que Talbi continuait à l’abreuver des plus grosses insanités.

Touché par les injures, le pacifique Keïta piqua une vive colère et fit remarquer à Talbi qu’il n’était pas obligé de lui donner du thé. Il avait servi Talbi en seconde position. Si cet acte ne lui seyait pas, il n’avait qu’à acheter du thé, l’infuser et le boire tout seul. Cette phrase mit Talbi dans tous ses états.

Il retroussa les manches de sa chemise et se dirigea vers Keita qui ne se laissa pas intimider. Des coups de poing fusèrent des deux côtés. Le « grin » se transforma en champ de bataille. Les verres furent brisés. Les braises du fourneau dispersées. Le tumulte alerta les voisins qui accoururent pour regarder ce combat de gladiateurs.

Une foule forma un cercle autour des deux hommes.
L’arrivée des curieux entraîna les compagnons des deux hommes à entrer dans la danse. La confusion devint totale.

Le spectacle ne se limitait plus à la seule empoignade entre Talbi et Mamadou. N’eût été l’intervention d’un homme qui passait par là, le combat entre les deux groupes allait durer toute la nuit. L’affrontement prit fin.

Séparés, les deux clans se donnèrent rendez-vous pour une autre fois. Chaque groupe alla de son côté. Cette nuit, le « grin » ne put donc se regrouper. Et personne ne s’attendait à le réunir de sitôt tant l’envie d’en découdre se lisait dans les propos et les gestes des uns et des autres. Les protagonistes se séparèrent en promettant de se retrouver plus tard.

Talbi et les siens partirent dans une direction et Mamadou Keita et ses camarades prirent le sens opposé. Mais peu de temps après la bataille rangée, Mamadou Keita alla se coucher en laissant ses amis quelque part en ville. A peine eut-il fermé la porte de sa chambre que quelqu’un frappa violemment le battant. Il demanda à son visiteur de s’identifier. Talbi lui répondit que la bagarre devait se poursuivre à l’absence des témoins.

Talbi lui jeta un gant et l’invita, s’il est « un homme », de le rejoindre dans l’espace vide de la zone aéroportuaire. Mais Talbi était armé d’un couteau de cuisine qu’il était allé prendre chez lui. Ses compagnons s’étaient cachés à quelques pâtés de maisons de la famille de Mamadou Keita pour ne pas se faire remarquer par d’éventuels passants.


A bout de force

N’étant pas un homme à se laisser impressionner par le gabarit de Talbi, Mamadou Keita qui ne savait pas que son adversaire était armé sortit de sa chambre et le suivit jusqu’au lieu du rendez-vous. Arrivés hors du quartier de Niamakoro, Mamadou constata la présence des compagnons de son adversaire. Néanmoins, il accepta d’affronter Talbi. Une nouvelle fois, la bagarre commença par des injures. Les deux combattants en vinrent aux coups de poing.

Ils en vinrent au corps à corps. Talbi sortit le couteau de sa poche et poignarda son adversaire entre les épaules. Mamadou continua pourtant à se battre tout en perdant abondamment du sang. A bout de force, il s’écroula et finit par rendre l’âme.

Ayant constaté que le corps de Mamadou ne bougeait plus, Talbi et ses camarades voulurent l’abandonner sur les lieux. Mais un quidam, venu se soulager dans les environs les surprit en train de monter un plan pour échapper à la police.

L’homme appela au commissariat du 10e arrondissement. L’inspecteur divisionnaire Mady Dembélé de la délégation judiciaire était de permanence cette nuit. Il constitua une équipe formée des éléments de sa section et ceux de la brigade de recherche et de renseignements qu’il envoya sur place.

Les policiers trouvèrent sur place le corps de Mamadou Keita gisant dans une mare de sang. Ils firent appel aux services de la protection civile qui l’achemina à la morgue du Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré. Les policiers entamèrent la même nuit les enquêtes. Très vite, ils procédèrent à l’arrestation de quelques membres du « grin » qu’ils conduisirent au commissariat. Dès les premières questions, certains n’hésitèrent pas à dénoncer Talbi et ses complices.

Mais c’était la nuit et il n’était pas certain de mettre la main sur le criminel. Les policiers attendirent le lendemain pour le coincer très tôt en compagnie de deux amis. Conduit au commissariat, le trio reconnut les faits sans ambages. L’inspecteur Maky Sissoko a été chargé de les auditionner.

Au passage de notre équipe, le PV était déjà terminé et le meurtrier et ses complices allaient être conduits au parquet de la commune VI. Ils feront certainement leurs valises pour la prison centrale de Bamako. Une session de la cour d’assises les fixera sur leur temps de privation de liberté. Un temps qui sera sûrement long car dans le cas d’espèce, il y a eu meurtre avec préméditation.

G. A. DICKO



Gourma Rharous : Il assome son ami avec un gourdin

Y. T., 14 ans et M. H.,13 ans, sont liés par une amitié de longue date. Ce lien leur faisait partager jusqu’aux affinités politiques. Tous deux sont de fervents sympathisants d’un grand parti de Bambara-Maoudé dans le cercle de Gourma Rharous.

Mais le samedi 25 avril, vers 18h30 les deux amis que rien ne séparait ont eu une vive altercation. Elle a été provoquée par l’annonce faite par M.H. de sa démission et de son départ pour une autre formation politique de la place. Il avait choisi d’adhérer au parti où militaient ses parents.

Le ton était monté rapidement. Des passants se sont interposés entre les deux garçons pour éviter qu’ils n’en viennent aux mains. Chacun s’en est allé de son côté, la rage au cœur de n’avoir pas pu en découdre avec l’autre.

Y.T. resté fidèle à sa formation politique a considéré la nouvelle orientation de son ami comme une trahison.

Il n’entendait pas pardonner cet acte. Dans sa colère, il décida de faire payer cher son comportement au traître. Aux environs de 23 heures, armé d’un gourdin, il est allé monter le guet dans une des rues obscures que M.H. a l’habitude d’emprunter. Son intuition ne l’a pas trompé puisque quelques instants après son ami fit son apparition.

Le vindicatif Y.T. a surgi et lui a asséné plusieurs coups de gourdin sur la tempe. Ensanglanté, M.H. s’est effondré en poussant un cri qui a alerté quelques passants qui ont accouru sur les lieux pour porter les premiers soins au blessé. Certains ont eu l’idée d’avertir les parents de M.H. Entre-temps, l’agresseur Y.T. avait pris ses jambes au cou pour disparaître dans la nature.

Arrivés précipitamment, les parents de la victime ont trouvé leur enfant gisant dans le sang. Ils ont aussitôt averti le poste de gendarmerie. Des pandores furent dépêchés sur les lieux avant d’engager une poursuite contre le présumé coupable.

La victime dont le cas paraissait très grave a été rapidement évacué sur Bamako. Il a été admis au service de traumatologie de Gabriel Touré. Son ex-ami Y.T. a été appréhendé tard dans la nuit et conduit à la gendarmerie pour être gardé à vue. Deux jours plus tard, il fut déféré à la prison civile de Rharous et attend d’être jugé.


M. GAKOU

AMAP – G. Rharous

Essor du 11 Mai