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Une mère de 41 ans a accouché de son dixième enfant, lundi, sans avoir eu le temps de rallier l’hôpital Tenon (XX e ). Des policiers ont joué le rôle de sages-femmes.

jpg_f1-2.jpgElle ne s’attendait vraiment pas à ça. Lorsque Kamissa sort de chez elle, rue Saint-Blaise (XX e ), lundi vers 11 h 30, elle est censée se rendre à une énième visite de contrôle à la maternité de l’hôpital Tenon. Certes, la grossesse de cette mère de famille de 41 ans touche à son terme. « Mais le col n’était pas ouvert et je ne ressentais aucun signe annonciateur », raconte cette Malienne, pourtant expérimentée puisqu’elle avait déjà accouché auparavant de… neuf enfants.

En bas de chez elle, Kamissa attendra longtemps le petit bus de quartier qui doit la conduire à la maternité. « Il y avait une voiture accidentée qui bloquait le passage. J’en ai laissé passer deux avant de pouvoir monter. » Les premières contractions commenceront dans le véhicule… Mais c’est à la descente, à quelques mètres de l’hôpital Tenon, que les choses s’accélèrent.


« Le bébé était pressé. Il ne m’a pas laissé le temps d’arriver jusqu’à la maternité… »

« Le bébé était pressé. Il ne m’a pas laissé le temps d’arriver jusqu’à la maternité… », raconte pudiquement la maman, qui « n’avait jamais vu un enfant sortir, comme ça, en marchant ». En d’autres termes, Kamissa n’a plus le choix : elle est obligée de s’allonger sur le trottoir, rue Belgrand. Il est trop tard pour espérer rallier l’hôpital : son petit garçon a déjà la tête dehors, puis le buste, les jambes… Pour tenter de le protéger du grand froid, sa maman l’enveloppe comme elle le peut dans le pagne qu’elle porte sur elle.

C’est alors que passent trois gardiens de la paix de la police urbaine de proximité. Normalement chargés de la « sécurisation » des rues commerçantes, les fonctionnaires se transforment en sages-femmes. Tandis que l’un d’eux court vers l’hôpital pour alerter le personnel médical, ses collègues restés sur place tentent de porter secours à la mère et l’enfant.

« Un gardien de la paix a enveloppé le nourrisson dans son blouson pour le réchauffer. Son collègue l’a ensuite emmailloté dans une housse de siège auto, explique-t-on à l’état-major de la PUP. Les infirmières sont arrivées dans l’intervalle pour couper le cordon ombilical. » Et emporter le bébé de toute urgence, enveloppé dans une couverture de survie, ainsi que sa maman, sur un brancard.

Le nouveau-né, Sayo, pèse trois bons kilos et ne semble pas avoir trop souffert de cet accouchement express sous les frimas. Mais hier, Kamissa, bien au chaud dans sa chambre d’hôpital, ne savait pas quand son nouvel enfant pourrait rejoindre son papa, sa fratrie composée de ses deux soeurs et ses sept frères, dont l’aîné a 21 ans, à la maison.

Source: Le Parisien du 14 Janvier 2009