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Mamadou Keïta « Capi » est né un 20 octobre 1947 à Bamako. Après avoir fréquenté l’école primaire de Bagadadji et obtenu son diplôme d’études fondamentales (D. E. F), il entre au Lycée technique puis à l’École normale secondaire de Bamako avant d’aller en Allemagne précisément à l’école supérieure des sports de Cologne où il décroche un certificat de Professeur de Sport, diplôme pour le football (1974-1975).

Détenteur d’un brevet d’état d’entraîneur de la Fédération française de football (1995) et Major de l’Académie FIFA-Coca-Cola de Rabat (1980), « Capi » comme l’appelaient familièrement les supporters, avait obtenu dès 1973 à Bamako, son diplôme d’Initiation et de 2è degré avec le technicien allemand, K. H. Weigang. Dans la foulée, il se rendra en Allemagne à l’école supérieure des sports de Cologne et c’est dans ce pays que commencera la longue et riche carrière d’entraîneur de Capi.

Après avoir décroché son certificat de Professeur de sport, Mamadou Keïta « Capi » fut, en effet, entraîneur assistant au Fortuna de Cologne (1974) puis au Burusia Dortmund (1975) avant de rentrer au Mali et de prendre la direction du Stade malien (1975-1976). Mais le technicien ne restera qu’une saison à la tête des Blancs avant de quitter le Mali à destination de Bouaké (Côte d’Ivoire) où il passera trois ans aux commandes de Gonfreville Alliance club (GAC), finaliste malheureux de la coupe de Côte d’Ivoire en 1977.

En 1979, Capi retourne au Mali et s’installe à nouveau aux commandes des Blancs de Bamako qu’il conduira en 1982 à la victoire en coupe du Mali. En 1983-84, il dirige l’Équipe nationale junior (les Aiglons), mais aussi la sélection senior, les Aigles avant de retourner en Côte d’Ivoire pour prendre la direction de l’AS Bouaké (1984-86).

Après avoir passé deux ans à la tête de l’équipe phare de Bouaké, Capi revient à nouveau au Mali et pose ses valises au Biton de Ségou alors présidé par Amary Daou (1986-87). Du Biton, il rejoint Africa Sports d’Abidjan où il occupera successivement les postes d’entraîneur et de directeur technique (1987-89).

Avec les Aiglons (Africa Sport), Capi remportera un titre de champion de Côte d’Ivoire mais aussi la coupe Houphouët Boigny. Entraîneur de Denguelé Sport d’Odjenné en 1989, il quitte ensuite la Côte d’Ivoire et prend la direction du Gabon. Ici, il dirigera la Jeunesse Athletic club de Port-Gentil (JAC) sacré champion du Gabon (1989-91) puis le Club sport Batavéa (CSB) de Libreville (1991-92) avant de troquer le maillot d’entraîneur contre celui de consultant de l’ASCB Bouaké (1992).

Ce ne sera pas pour longtemps puisqu’en 1993, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Boubacar Karamoko Coulibaly lui fera appel avec pour mission de qualifier les Aigles à la phase finale de la CAN 94. On connaît la suite : sous la houlette du grand stratège, l’Équipe nationale remporte ses deux derniers matches des éliminatoires contre le Malawi et l’Égypte et se qualifie pour la phase finale de la CAN, 22 ans après l’aventure de Yaoundé 72 dont Capi avait été l’un des principaux acteurs.

La carrière d’entraîneur de Capi prendra une nouvelle dimension lors de la phase finale de la CAN 94 et le beau parcours réalisé par les Aigles qui se hisseront en demi-finale avant d’être éliminés par la Zambie. Instructeur CAF à partir de 1994, le technicien compte également à son actif une place de quatrième d’Afrique obtenue en 1995 par les sélections nationales juniors (les Aiglons) et cadettes (les Aiglonnets).

Comme joueur, Mamadou Keïta « Capi » n’a connu qu’une seule équipe : le Stade malien avec lequel il a remporté un titre de champion en 1971 et une coupe du Mali l’année suivante (1972). Sélectionné 24 fois en Équipe nationale, l’ancien international et ancien sélectionneur des Aigles a été désigné meilleur gardien de but de la CAN 72 que notre pays a perdue face au Congo (3-2).

Chevalier de l’Ordre national (1991), Officier de l’Ordre national du Mérite (1994) et Commandeur de l’ordre national du Mérite (2003), Mamadou Keïta « Capi » était marié et père de 5 enfants. Dors en paix coach !


S. B. TOUNKARA



AU REBOND: L’HOMME QUI NE LÂCHAIT RIEN


Capi aimait les défis. Et a su en relever certains majeurs
Il y avait un feu qui brûlait en Mamadou Kéita, celui de la passion de gagner. Capi n’aimait rien faire qui ne soit sans difficulté, ni enjeu. Il progressait par défis successifs et fit preuve très tôt de ce goût du challenge.

Il abandonna ses premières amours footballistiques (il jouait alors attaquant) pour choisir de devenir gardien de but. Une option périlleuse, mais qui exécutée avec acharnement le mena jusqu’à la cage des Aigles et lui fit participer à l’une des plus belles aventures et à l’un des plus grands drames du football malien, la Coupe d’Afrique des nations de Yaoundé 72.

Capi démontrait à son poste une qualité que résume bien la formule mise en vogue par Lilian Thuram : il ne lâchait rien. Il avait compensé sa taille modeste par un courage physique peu commun, mais aussi par une très grande lucidité dans la lecture du jeu qui lui faisait gagner grâce à sa faculté d’anticipation ce que le déficit de centimètres et de kilos lui avait refusé.

Cette intelligence tactique, très vite révélée, ne pouvait que l’amener à la profession d’entraîneur. D’autant plus qu’il cultivait une propension naturelle à être un meneur d’hommes, ainsi que le souligne le surnom qui l’a suivi jusqu’au bout. En tant que coach, Mad’ Kéita laissera certainement une image contrastée. Il y avait d’un côté le tacticien brillant, formidable « monteur » d’équipe, concepteur d’incroyables plans de bataille et battant sachant communiquer à ses troupes son mental d’acier.

L’autre face de la médaille révélait un entraîneur ombrageux, peu porté sur l’autocritique et capable par orgueil de persister dans un choix discutable. C’est certainement ce second côté qui a empêché Mamadou Kéita de faire un parcours à l’exacte hauteur de sa belle intelligence. Le regret nous en restera lorsqu’on se souvient des défis qu’il a relevés en rebâtissant l’Alliance de Bouaké, le Stade malien de Bamako ou l’AS Biton de Ségou.

Cependant la vraie mesure de sa science Mad’ Kéita l’avait donnée en 1993 lorsque appelé à la rescousse et l’impromptu il réussit au terme de deux matches-couperets à qualifier les Aigles pour le tournoi final de Tunis. Dans la foulée et avec une sélection pourtant peu nantie en grands talents individuels, Capi nous fit accéder aux demi-finales, s’attirant au passage l’hommage d’un autre maître tacticien Arrigo Sacchi, inspirateur du Milan AC des Gullit et Van Basten.

Les fortes personnalités comme Kéita sont à accepter avec leurs qualités certes, mais aussi avec tous leurs défauts. Car il faut se souvenir que les seconds sont souvent le carburant des premières. Sans l’orgueil qui en faisait parfois un écorché vif, « Coach » (comme il aimait que les joueurs l’appellent) n’aurait certainement pas eu cette science de la gagne que tous lui reconnaissent.

G. DRABO

L’Essor du 11 avril 2008.