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Excellence Monsieur le Président de la République,


Le CRJ (Cercle de réflexion pour jeunes) est un mouvement apolitique et à but non lucratif, créé en janvier 2007, c’est un cadre de réflexion mais aussi d’action sur les problèmes du Mali en général et des jeunes en particulier.

Suite à la tenue de notre 2ème forum au CLAEC de la commune V du 02 au 03 Août 2008 autour du grand thème: « Les impacts de la corruption sur le développement socio économique du Mali », nous venons ici vous livrer quelques impressions négatives qu’il faille corriger si nous voulons réellement que le PDES se mette en marche.

Il est important de rappeler qu’au cours de ce forum, deux jours durant, les membres du CRJ des 54 cellules de Bamako et Sikasso se sont penchés sur trois (3) thématiques principales :
1- Les causes et effets de la corruption sur le développement socio-économique du Mali;
2- Les moyens d’action de l’Etat contre la corruption;
3-Le rôle et la responsabilité de la société civile dans le phénomène de la corruption.

Nous montrons notre mécontentement face à la corruption et à la délinquance financière. La corruption qui est comme une corde au cou du Mali; la corruption qui est devenue une industrie et même l’industrie la plus profitable dans notre pays; la corruption dont les chiffres parlent d’eux-mêmes (15 milliards en 2005, 103 milliards en 2006, 20 milliards en 2007), la corruption qui a mis à genoux notre économie…


Excellence Monsieur le Président de la République,

La tenue de cette activité a été motivée par le fait que la jeunesse, notre jeunesse est mécontente mais aussi et surtout par le fait qu’il réside aujourd’hui un manque de transparence aiguë dans la gestion des ressources publiques sans dire que l’impunité est aussi devenue la chose la mieux partagée dans notre pays.

Des études nous ont montré récemment de façon évidente que c’est la construction de structures d’habitation qui constitue actuellement le moteur de l’économie à Bamako. Ces mêmes études ont révélé que 85% de ces maisons appartiendraient à des fonctionnaires dont le revenu annuel connu environne 1 million de nos francs.

Ainsi la seule conclusion crédible est que ces réalisations douteuses sont financées par de l’argent ayant une origine non déclarée.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Même si beaucoup de nos compatriotes semblent remettre en cause les méthodes de vérification du BVG, nous restons et demeurons convaincus que ses investigations montrent que la corruption, la délinquance financière et le népotisme constituent des causes de la précarité et de la misère des populations de notre pays.

Nous soutenons donc avec force toute stratégie qui permettrait de créer une plus grande légitimité autour de l’institution du Vérificateur Général pour qu’il continue à dénoncer les crimes financiers. Si la corruption continue toujours à battre son plein, c’est parce que notre démocratie souffre de l’immaturité de la société civile et des hommes politiques avec comme corollaire l’absence totale de contre pouvoir pour influencer les décisions des dirigeants.


Excellence Monsieur le Président de la République,

En date du 15/04/ 2008 le CRJ a organisé une marche pour protester contre la vie chère mais celle-ci plane toujours sur nos têtes et l’alibi génial est trouvé pour expliquer ce phénomène : c’est le prix du pétrole qui a augmenté et le Mali n’est pas producteur.

Pendant ce temps, des forts taux de taxation sont maintenus pour supporter le train de vie de dirigeants qui préfèrent manger le jambon d’Europe et le riz Oncle Ben’s. En même temps nous remarquons le décalage énorme existant entre les discours et la réalité du marché. Le riz exonéré n’est pas vendu à 310 F CFA selon nos enquêtes de terrain.

Aujourd’hui, le choix de Monsieur le Premier Ministre est de privilégier l’initiative riz avec 40 milliards de nos francs : c’est énorme! La suite et les conséquences ne seront donc pas surprenantes car cette initiative ne présente qu’une seule pierre de l’édifice de la vie chère mais aussi parce que nous n’avons pas encore intégré la donne de la CMDT.

Pourquoi a-t-elle échoué ? Est-ce les cotonculteurs ou les dirigeants qui n’ont pas joué leurs rôles? On aurait dû répondre sérieusement à cette question avant de lancer l’initiative riz. Aucun Etat africain ne peut se prévaloir d’élaborer seul une politique par la baguette magique d’une élite politicoadmnistrative déjà gangrenée par la concussion et le trafic d’influence.

Il faut accepter que le corps social du pays est formé de personnes responsables qui ont leur mot à dire sur leur propre avenir et celui du pays. La première responsabilité incombe donc aux dirigeants du pays qui doivent reconnaître les composantes réelles de la société civile, les aider à s’organiser pour formuler la vision de leur avenir : l’éthique l’exige.

Ainsi le problème de la vie chère est plus simple que le département de l’économie et du commerce ne veuille le complexifier en orientant les attentions sur les problèmes de productions agricoles et du comportement des marchés qui, il est vrai constituent des facteurs exogènes et non les seuls justificatifs.


Excellence Monsieur le Président de la République
,
Tout cela est tragiquement vrai mais vous conviendrez avec nous que le fatalisme n’est jamais bon conseiller. Là ou l’occident vaille que vaille, lutte contre le déclin, imagine des solutions, développe de nouvelles technologies, pousse sa jeunesse de l’avant, l’Afrique, trop souvent, subit et se résigne. Nous ne voulons plus d’un Mali qui subit, d’un Mali qui se résigne.

Nous sommes riches, nous disposons de matières premières et de matières grises, nous voulons alors appartenir à un Etat qui soit plus offensif dans la maîtrise de ses intérêts. Aujourd’hui, l’histoire nous a malheureusement appris qu’on peut être pauvre dans un océan de richesse.


Nous vous proposons donc nos attentes par rapport aux problèmes :

– La mémoire nous rappelle que sous ce règne, aucune sanction sévère n’est tombée sur des auteurs ou complices d’indélicatesses. Nous proposons comme Mme Eva Joly (Consultante au Mali), de passer une convention avec les magistrats et signer une charte
éthique.

Une fois les anciennes pratiques abandonnées, il faudra un travail de contrôle sur les magistrats. Il s’agit là de restaurer la crédibilité de la justice par des actions à définir tout en ayant en vue que la justice appartient à la société entière.

– Instaurer l’indépendance et donner les même statuts à toutes les structures de lutte contre la corruption afin d’exposer au sens large les malfaiteurs et mettre en place un système transparent de suivi social; – Renforcer l’éducation civique et morale des jeunes et encourager la réflexion et la sensibilisation sur les impacts de la corruption qui est un virus causant la crise du système de vie malien ;

– Tous les acteurs impliqués ou concernés doivent se mettre au même niveau d’information sur la structure de nos économies, proposer un dialogue et des principes pour le mener entre les parties prenantes, et rechercher les points à améliorer progressivement. Si cela est intelligemment réfléchi, ce sera long, mais plus constructif qu’une simple initiative riz.

– Le Suivi rigoureux des commerçants exonérés jusqu’aux derniers consommateurs et la mise en place progressive des procédures de maîtrise et des coûts (étiquetage, et contrôle permanent. . .)


Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous disons alors oui à un Mali qui s’assume, qui crée de la richesse, qui écoute sa jeunesse et lui donne des opportunités d’emplois. Le CRJ, c’est la lutte contre la sclérose qui règne dans le débat d’idées, c’est une voix qui s’élève au dessus des intérêts particuliers. Nous voulons par ces actions aider avec loyauté, audace et imagination notre gouvernement à remplir son exigeante mission.

Veuillez trouver entre ces lignes, Excellence Monsieur le Président, l’expression de tout notre engagement citoyen et de notre profonde révérence.


Bamako, le 12 Août 2008

Le Président du Bureau National CRJ

Mohamed Salia Touré

15 Août 2008