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Le vendredi 30 mars 2012, nous avons passé une journée à Kati, pour voir comment cette ville marche, cela 8 jours après le coup d’Etat. Parce que tout est parti de Kati par une manifestation de colère, une mutinerie, la casse des magasins d’armes et la révolte générale des militaires. La suite vous la connaissez. Kati la ville garnison est actuellement la ville présidentielle, car le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo y à installé son QG avec les autres militaires qui ont fait le coup dEtat.

C’est précisément au poste de commandement (PC) du groupement des blindés de Kati, que se trouve le chef de la junte et ses hommes, de l’autre côté de la ville. Les activités se poursuivent normalement, mais les voies d’accès à Kati sont barricadées par les militaires. Contrairement aux autres jours, le vendredi 30 mars 2012, nous avons passé la journée à Kati, parcourant les rues, les marchés, les mosquées, et le PC de la junte.

Vendredi 30 mars 2012, il est 9 h 35 minutes, nous sommes au rond point à l’entrée du camp Soundjata de Kati, nous sommes stoppés par des hommes en arme, qui nous demandent, » Vous voulez quoi ? », »C’est la presse, nous venons pour la conférence de presse du capitaine ». Ils contrôlent nos cartes de presse, le véhicule est fouillé, après on nous laisse passer, un autre groupe de militaires armés se trouvent devant nous, ils nous demandent de faire demi tour sans chercher à comprendre.

L’un des occupants de notre véhicule, dit »C’est la presse ». On nous fouille encore, puis un troisième groupe cette fois plus armé que les deux autres. Nous sommes devant le PC des blindés, un bâtiment colonial, peint en rose et couleur moutarde, dans la cour il y a des policiers armés, des gendarmes tous en gilet pare balle. Au bas du bâtiment se trouvent deux bureaux, tous occupés par des militaires, qui coordonnent les audiences du capitaine.

Les motards du cortège présidentiel, certaines voitures du parc présidentiel sont aussi dans la même cour. La presse veille au grin, en majorité des journalistes étrangers, on échange avec nos confrères des journaux Le Monde, Le Figaro, et RFI. Ils étaient tous venus pour la conférence de presse du capitaine, qui par finir s’est transformée en déclaration à la presse internationale, car seulement les journalistes étrangers étaient invités.

La presse, pardon l’ORTM et l’Essor y étaient aussi. En bons Maliens, nous avons pris sous l’arbre notre thé quotidien avec les autres confrères, avant la déclaration du capitaine. Le capitaine devait s’adresser à la presse, accorder des audiences aux diplomates de même qu’au directeur général des Douanes et du secrétaire général du ministère de l’équipement et des transports.

Amadou Haya Sanogo, a accordé dans son bureau une interview exclusive à la chaîne de télévision France 24, qui selon plusieurs militaires est sa télé préférée. Quelques minutes après, il y avait une chaude discussion entre deux militaires. L’on dit »Kidal est tombée », l’autre lui réplique, »ne dit pas ça, Kidal ne peut pas tomber, est ce que tu connais la force de frappe de Kidal, avec tout ce qu’on a là-bas ? ».
Un troisième de passage avec un grand document en main, intervient, »Oui Kidal est tombée, nous n’avons pas voulu prolonger les combats, Gamou a replié avec les armes à Gao ». Non loin de cette discussion, un jeune officier, téléphone portable collé aux oreilles, conversait avec un militaire du front. »Nous avons replié, parce qu’ils nous attaquent par différentes positions, je peux dire trois ».

Son ami dit, »comment vous allez faire maintenant », le militaire au front, »Nous allons replier avec les armes sur Gao, une bonne partie est retournée tôt le matin, leur objectif est de prendre toutes les régions du nord d’ici mardi… ».

La communication a été coupée. La tension est devenue vive dans la cour, des groupes de militaires font des va et vient, les journalistes sont dans l’attente, des personnes interpellées sont présentes, le capitaine continue son interview avec sa chaîne préférée. Par finir la journaliste de France 24 descend l’escalier, avec son cameraman, les bérets rouges, la garde nationale, et d’autres militaires sont partis voir le capitaine. Tout d’un coup les journalistes sont encerclés par des gendarmes armés, de même que par des policiers.

Le capitaine accompagné de son adjoint, Amadou Konaré descend, il s’adresse aux journalistes, et retourne dans son bureau. Il reçoit l’ambassadeur de l’Algérie, qui était à sa troisième audience, puis le directeur des Douanes, venu lui dire qu’il est difficile pour la Douane de travailler. Entre temps nous avons continué du côté des personnalités et ministres arrêtés, sans trop nous approcher d’eux, les militaires nous ont fait savoir, que leurs conditions de détention ont changé, ils sont deux par chambre sur des lits séparés, le problème des moustiquaires a été géré, ils ont des médecins, les chefs religieux ont pu leur rendre visite, l’AMDH et Amnesty international aussi.

Comme l’accès ne nous a pas été autorisé, nous avons quitté ce côté, de la ville, pour aller vers le centre de Kati, où tout marche bien, les populations vaguent à leurs occupations, seule peur ici ce sont les fouilles dans les maisons, car certains objets du palais de Koulouba ont été volés, donc les militaires fouillent dans certaines familles. Au marché la vie continue normalement.

Bintou Ba vient de Yélékebougou avec des pommes de terre, des choux, des tomates, comme elle bon nombre de femmes de Kati, connaissent le capitaine Sanogo. Même si la ville est encerclée par des chars, des canons et des BRDM, avec de petits barrages de militaires, la population de Kati se dit plus sécurisée, »Nous sommes en sécurité, depuis le coup d’Etat, jusqu’à présent ça va à Kati, maintenant le président du Mali est chez nous, c’est l’histoire aussi ». Comme Amadou Bah, de Kati koko, la plupart des jeunes sont fiers de la junte.

Comme c’était vendredi, nous avons prié dans une mosquée située non loin de la mairie, l’imam a parlé de paix, de stabilité et de cohésion. Avant la prière, certains militaires parlaient des récentes nominations du capitaine, pour eux c’est une véritable promotion pour les anciens du prytanée militaire de Kati. »Le chef d’état major, qui est un homme expérimenté, il était au prytanée, le nouveau secrétaire général du ministère de la défense et des anciens combattants, tout comme le capitaine lui-même sont tous du prytanée.

Le jour du coup d’Etat, ils étaient avec beaucoup d’enseignants du prytanée militaire, même si ce n’est pas du favoritisme, le capitaine fait la part belle à ses amis et encadreurs ». Toute chose qu’il avait dit vouloir combattre. Si la ville de Kati est acquise à la junte, certaines voix s’élèvent autour du capitaine, en lui disant de faire attention, car il n’a pas pu combattre la rébellion, le favoritisme et le népotisme commencent dans son entourage.

Certains soldats qui étaient avec lui au départ ont pris leur distance, car ils n’ont plus accès à lui. De jeunes soldats qui campent devant l’ORTM se plaignent, à tout cela il faut ajouter le mépris de son entourage pour d’autres frères d’armes, qui aussi disent avoir participé à l’action collégiale, qui a porté Amadou Haya Sanogo au pouvoir. Notre tour à Kati s’est terminé au lieu d’où est partie la mutinerie des soldats, là des enfants jouent au ballon, un espace vide, non loin du PC où est logé le capitaine, Amadou Haya Sanogo pris en sandwich entre les menaces de la CEDEAO et l’avance des rebelles qui ont pris coup sur coup, Kidal, Ansongo et Bourem. Et peut être Gao qui était sous les feux, le samedi dernier.

Kassim TRAORE

02 Avril 2012