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C’est arrivé à Bagadadji le week-end dernier

Le grand quartier populaire de Bagadadji a été secoué, le samedi 8 novembre, par une bagarre rangée entre les jeunes de Bagadadji et les vendeurs de drogue. Seule l’intervention musclée des éléments du GMS a pu départager les protagonistes. Certaines sources pensent qu’il s’agit d’une lutte entre les dealers pour le contrôle de Bagadaji.

Bagadadji est l’un des plus vieux quartiers du district de Bamako, qui abrite les Touré, l’une des trois familles fondatrices de Bamako et aussi le Grand marché.

Malheureusement, ce quartier populaire est réputé être la plaque tournante de la drogue. Tout simplement, c’est ici le centre de transit de tous les trafics : drogue, armes, contrebande de cigarettes. Et pour les connaisseurs de la drogue, il reste toujours sur place un résidu destiné à la consommation locale. Aussi, certaines familles de Bagadadji se sont-elles complètement investies dans la vente de la drogue qu’elles considèrent comme le meilleur raccourci pour s’enrichir.

A cause des multiples opérations coups de poings menées par l’Epervier du Mandé et ses éléments en direction des fumoirs, la vente se pratique désormais dans la rue.

Or, ces fumoirs ont toujours existé à Bagadadji et personne ne les avaient jamais touchés. Après leur casse, les jeunes de Bagadaji sont même allés féliciter l’Epervier du Mandé. Exaspérés par la situation qui prévaut, désormais, dans ce quartier où, à partir de zéro heure, les drogués barrent complètement la rue Patchanka vont jusqu’à agresser les paisibles citoyens, les jeunes du quartier ont déclenché l’opération ‘’Kokadjé’’ le samedi 8 novembre dernier. Celle-ci, selon les jeunes, visait à nettoyer Bagadaji de tous les dealers.

La colère des jeunes de Bagadadji s’explique par le fait qu’après le grand nettoyage des dealers opéré par l’Epervier du Mandé à Bagadadji, soldé par l’arrestation notamment par l’arrestation de «Pablo Escobar», Ousmane Dramé dit Lô et de Dougar, trois caïds du coin, un autre dealer de haut vol, Sacko, fait venir à Bagadadji ceux de Missira à qui il louait sa propriété pour la vente et la consommation de drogue. C’est ainsi qu’aux environs de 10 heures, selon les témoignages recueillis sur place, les jeunes, armés de fouets et de gourdins, se sont attaqués aux familles Sacko et Dramé.

Mais la réaction des dealers fut la plus inattendue, car ils n’ont pas hésité à riposter par des coups de feu. B. Touré affirme que «les assaillants se sont dispersés pour se livrer au jet de pierre. Acculés, les dealers ont fait appel aux loubards de Bakaribougou et de la Zone industrielle. Seuls les loubards de Médine se sont abstenus de venir en renforts quand ils ont appris que c’était une affaire de drogue. Aussi, avec l’arrivée de tous ces drogués, clients du coin, c’est tout Bagadadji qui s’est embrasé, une scène donnant lieu à une véritable bagarre de rue dans laquelle les armes à feu étaient utilisées». Une bagarre qui n’a pris fin qu’avec l’arrivée des éléments du GMS. Les protagonistes furent dispersés à coup de gaz lacrymogène.

Mais plus malin que les dealers on meurt. En effet, ceux-ci auraient, alors, indiqué aux policiers la famille Touré comme étant celle des Sacko. Sans attendre de midi à quatorze heures, les éléments du GMS se sont rués dans la concession en bouleversant tout et en blessant le jeune Siné Touré sur leur passage. Les jeunes affirment que c’est cette tournure qui les a révoltés et qui les a poussés à livrer la bagarre contre les policiers. A la grande satisfaction des dealers.

Le Commissaire divisionnaire, Ismaïla Coulibaly, du 3e arrondissement a déclaré que «la police est allée sur les lieux pour rétablir l’ordre». Pour lui, seule la police est habilité à mener des opérations contre les dealers. «Sur quelle base les jeunes ont-ils agi, alors qu’il y a des autorités compétentes? Ce n’est pas logique qu’une partie de la population quitte son domicile pour aller s’attaquer aux voisins», a-t-il conclu.

Selon certaines sources, les attaques de samedi 8 novembre contre les familles Sacko et Dramé se résument, en réalité, à une lutte entre dealers pour le contrôle de Bagadagji après le vide créé suite aux nombreuses arrestations opérées par la police du 3e arrondissement. Les dealers de la place ne voient pas d’un bon œil l’intrusion de leurs concurrents de Missira sur leur territoire. Ces derniers manipulent les jeunes, qui ingénument croient lutter pour une bonne cause.

Pierre Fo’o MEDJO

11 Novembre 2008