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Ce n’est pas un canular, ni une farce, l’association dénommée Action pour l’Environnement et la Santé (AES) créée le 18 avril 2008 et basée à Djélibougou en commune I du district de Bamako, vient d’assigner en justice les sociétés minières du Mali à titre de réparation des dommages causés aux personnes, à leur cadre de vie (air, terre, eau flore et faune) ainsi qu’à elle-même.

L’affaire sera jugée sur le fond, le 28 mai, par le Tribunal de la commune II.

Face à cette situation inédite, les protagonistes du secteur minier visés par les attaques de l’association ont organisé, le mardi 20 mai, une conférence de presse à l’hôtel Laico El Farouk (ex-Kempinski) pour prendre à témoin l’opinion nationale et internationale sur cette affaire saugrenue et donner, par la même occasion la bonne information.

La conférence était animée principalement par Mahamadou Samaké dit Sam, Directeur exécutif de Randgold Mali et Ibrahima Kantao, Secrétaire général du Conseil National des Opérateurs Miniers du Mali (CNOM) et Abdoulaye Pona, Secrétaire général de l’Union Nationale des Opérateurs Miniers du Mali (UNOMIN).

L’association, défendue par Maîtres Cheick Oumar Konaré, avait demandé au Tribunal de commettre un huissier et un expert pour aller évaluer, sur place, «l’ampleur des dégâts». Cette requête a été examinée hier par le Tribunal.

Au cours de l’audience, la demi-douzaine d’avocats des opérateurs miniers conduits par Me Harouna Toureh a soulevé des exceptions, notamment quant à l’incompétence de la cour à juger l’affaire. Le délibéré sur cette question a été renvoyé au mardi 27 mai.

Plantant le décor, le Directeur général de Randgold Mali n’a pas manqué de marquer sa surprise devant cette histoire à dormir débout, même s’il admet que Randgold, en tant que sujet de droit, ne saurait se dérober au procès. L’activité minière ne saurait s’opérer sans causer des dommages sur l’environnement, il s’agit, cependant, de limiter ces dommages à leur plus simple expression.

Ce qui explique les contrôles internes réguliers sur la qualité de l’eau, de l’air, les contrôles extérieurs diligentés par l’Etat. Sans compter, en amont, l’étude d’impact environnemental qui est une condition sine qua non pour l’installation de toute compagnie minière au Mali.

S’agissant du mercure et du cyanure, les substances les plus incriminées par l’association, le directeur de Randgold Mali a, d’abord, expliqué qu’aucune mine en exploitation n’utilise le mercure et que pour le cyanure dont le seul nom sème l’effroi, son utilisation, qui remonte à une cinquantaine d’années, est parfaitement maîtrisée.

A preuve, le produit qui intervient dans la procédure de l’extraction chimique de l’or est conservé à l’usine dans des tanks et des travailleurs le manipulent à longueur de journée sans préjudice pour leur santé, tout simplement parce les normes de sécurité sont respectées. Les initiateurs de cette procédure ne se sont-ils pas inspirés du rapport hyper médiatisé de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) ?

Cette Fédération, qui a dressé un sombre tableau sur les sociétés minières en Afrique, spécialement au Mali, 3e producteur du continent, se muant en justicier des temps modernes, sait-elle au moins qu’avant l’arrivée de SEMOS à Sadiola l’eau était pratiquement imbuvable, car pour l’avoir bue il fallait s’attendre à un éruption de boutons sur son corps? s’est interrogé le Directeur de Randgold Mali.

S’agissant des prétendus cas de fausses couches, que la mine de Sadiola aurait engendrés dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres, la réponse de Sam est cinglante : comment ces « ravages » sont-ils commis à une quarantaine de km alors qu’à la mine où vivent 700 travailleurs et leurs familles aucun cas de fausses couches n’est enregistré ? Au demeurant, le tableau brossé par l’AES et ses avocats est apocalyptique.

« L’utilisation industrielle de produits hautement toxiques comme le mercure, le cyanure et les sulfures a eu pour conséquence d’affecter la qualité des ressources en eau des zones minières et, singulièrement, de la nappe phréatique et des cours d’eau.

L’eau du fleuve Sénégal est sauvagement et illicitement détournée par certaines sociétés, privant ainsi les populations et les animaux d’une ressource essentielle à leur survie et aggravant la vulnérabilité aux maladies liées au manque d’eau.

Les mêmes méthodes, pratiques et produits industriels néfastes ont affecté gravement la santé de nombreuses personnes travaillant dans les mines ou résidant à proximité des unités minières» » tels sont quelques morceaux choisis du terrible réquisitoire monté contre les compagnies minières opérant au Mali.

Un réquisitoire terrible, mais qui, à en croire toujours de le Directeur exécutif de Randgold Mali, n’a rien à voir avec la réalité.

Les entreprises incriminées par AES et ses avocats, dont plusieurs multinationales, ont pour noms Morila SA, SEMOS SA, Yatela SA, Somika SA, Avnel, Iamgold SA, Randgold Resources, Randgold Exploration, Tambaoura Mining Corp. SA et Segala Mining Corp. SA.

Pour ce qui est de l’association, il a été donné aux journalistes d’apprendre, lors de la conférence, qu’elle a été créée le 18 avril et c’est le 6 mai que le récépissé lui a été délivré et c’est le 12 mai qu’elle a esté les compagnies minières en justice. A croire qu’elle a été créée pour les besoins de la cause.

D’autant qu’elle n’a pas hésité à réclamer la faramineuse somme de 150 milliards de FCFA pour les communautés soit disant martyrisées et pour elle-même, tout à but non lucratif qu’elle est. C’est ce qu’a soutenu, en tout cas, avec un certain humour, Sam, car l’affaire n’est pas sans amener, par moment, le sourire aux lèvres.

Le principal conférencier, n’a pas manqué d’attirer l’attention sur le fait que l’association ne recèle en son sein aucun membre avec le profil d’expert en environnement ou dans les questions minières.

Présidée par un certain Alhassane Camara, commerçant de son état domicilié à Moribabougou, se compose également d’un enseignant à la retraite, d’une ménagère et d’une secrétaire.

Tout se passe alors comme si l’association est tentée par l’argent facile. « Nous allons nous battre, dans les règles de l’art, car nous n’entendons pas payer l’argent facile à qui que ce soit » de marteler le Directeur de Randgold Mali.

Le décor planté par Sam, ce fut au tour du Secrétaire général du Conseil National des Opérateurs Miniers du Mali (CNOM) pour enfoncer le clou.

« Cette nouvelle forme d’agissement doit être dénoncée avec la plus grande rigueur, pour éviter à notre pays de basculer dans une ère d’anarchie et de lutte pour le gain facile, amenuisant ainsi les efforts déployés par les autorités successives de notre pays pour créer un climat favorable à l’investissement privé qui ont fait de notre pays une destination sûre » a déclaré Ibrahima Kantao.

En effet, a poursuivi l’orateur, la relecture des textes législatifs et réglementaires applicables aux secteurs productifs en général et au secteur minier en particulier ont permis la découverte et l’exploitation des gisements d’or, inaugurant ainsi l’entrée de notre pays dans le cercle des grands producteurs en Afrique.

Ceci a permis d’améliorer notre balance commerciale, de créer des emplois, d’apporter des contributions substantielles au Trésor public, d’améliorer les conditions de vie des populations dans les zones minières, de développer les activités connexes.

« Il convient de rappeler à ces nouveaux types d’agitateurs que la mise en exploration d’un gisement au Mali est précédée d’importants travaux de recherche pendant de longues années (8-10 ans) et qui nécessite d’énormes ressources financières (10-15 milliards de FCFA) de la présentation d’une étude de faisabilité à l’Administration des Mines qui comporte, entre autres, (Art.78 du Décret n° 99-255/P-RM du 15 septembre 199) : l’évaluation des réserves ;

la méthode de traitement du minerai , la note d’impact socio-économique du projet ;


la note exposant la comptabilité du projet avec le respect de l’environnement et les mesures envisagées pour la protection de l’environnement, la protection et la réhabilitation des lieux .

Au Mali l’expérience a montré que l’investissement requis pour arriver à la production du premier lingot est compris entre 50 et 150 milliards de FCFA environ » a précisé Ibrahima Kantao.

Le demandeur réalise également une étude d’impact environnement à soumettre au Département de l’Environnement a poursuivi Ibrahima Kantao.

Ces études font l’objet de réunions interministérielles regroupant toutes les administrations impliquées dans la gestion du secteur minier et les promoteurs.

C’est seulement lorsque les différents départements sont convaincus que toutes les éléments qui concourent à la réalisation du projet dans les règles de l’art et en conformité avec toutes dispositions d’ordre public sont réunis, qu’il est recommandé au gouvernement l’octroi du permis d’exploitation.

Au cours de l’exploitation, les agents de l’administration chargée des Mines, en liaison avec le ministre chargé de l’Environnement, assurent une surveillance permanente du site par des visites régulières.


Yaya Sidibé

22 Mai 2008