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Pour atteindre son but B.C. n’a pas hésité à s’attirer la confiance de la commerçante et de l’apprenti chauffeur.L’inoubliable Ali Farka Touré, l’un des plus grands chanteurs maliens des temps modernes, conseille à ces concitoyens, dans le morceau « Bakoy Terey » (amitié) de refuser certaines amitiés. Il nous met en garde particulièrement contre la fréquentation des drogués, des alcooliques invétérés, des voleurs et des inconnus.

La dame H.N, apparemment, n’a jamais écouté et médité cette chanson du rossignol de Niakunké. Car si elle connaissait la fameuse chanson, elle ne serait pas tombée dans le piège que lui a tendu la demoiselle B.C, la semaine dernière. H.N. est l’épouse d’un policier. Pour aider son mari dans la gestion de la famille, elle s’est lancée, ces derniers temps, dans le commerce transfrontalier entre le Sénégal et le Mali. Elle voyage entre Bamako et Dakar.

Elle a pris l’habitude d’aller vendre du basin teint à des clientes sénégalaises. Après avoir récupéré son argent, elle achète divers objets de femme qu’elle vient revendre dans son pays à d’autres épouses de policiers. La semaine dernière elle a quitté le Mali et passé quelques jours dans la capitale sénégalaise. Après avoir placé ses tissus, elle a acheté plusieurs articles.

Elle a entassé les marchandises dans un gros sac et pris le chemin du retour dans l’un des cars qui sillonnent la ligne. Dans le même véhicule se trouvait B.C., la fille d’un sous-officier de l’armée de l’air. Au cours du trajet, la jeune fille a vite compris que sa voisine est une femme d’affaires. Elle supposait que le gros sac trimbalé par celle-ci à l’embarquement devait contenir une fortune.

Elle s’employa alors à lier amitié avec sa voisine. Elle parvint sans difficulté à ses fins. Tout au long du trajet, elle s’est attachée à la commerçante. Elle n’hésitait pas à se mettre à son service lorsque le besoin se faisait sentir. Ne se doutant de rien, H.N. accepte cette disponibilité bien à propos de la demoiselle. Elle finit par s’ouvrir à elle. La commerçante lui expliqua les belles affaires qu’elle réalisait sur le trajet. B.C. de son côté était convaincue qu’elle avait tapé dans le mille. Elle a mis dans ses bottes une femme riche.

Elle escomptait tirer un grand profit de cette nouvelle amitié, soit en se mettant au service de la femme d’affaires, soit en lui volant des marchandises. L’esprit du mal l’a vite emporté sur celui du bien. La malicieuse B.C. opte pour la seconde hypothèse. Elle décida de voler le sac de la commerçante. Mais elle avait besoin d’une complicité pour réussir son coup. L’apprenti du car, à ses yeux, était la personne la mieux indiquée pour se joindre à son mauvais dessein. B.C. s’intéressa au jeune homme.

Elle parvint très vite à le séduire par ses atouts féminins. Par ailleurs, elle resserra les liens avec son amie commerçante au cours du reste du trajet. Elle a été perspicace. Aucun des deux ne se doutait des motivations cachées de fille satanique. L’élégante dame avait même proposé à l’apprenti une sortie nocturne à Bamako. Le jeune avait accepté ce cadeau avec empressement. Le voyage s’est poursuivi normalement jusqu’à Kati. Au poste de police, B.C. profita du manque d’attention de la commerçante H.N. pour descendre du bus. Elle s’adressa à l’apprenti et lui demanda de lui faire descendre ses bagages.

Elle montra le sac de la femme du policier. Le jeune homme le lui a remis. Il ne pouvait savoir que le bagage réclamé n’appartenait pas à la jeune fille B.C. Une fois en possession du sac de la commerçante, B.C s’empressa de prendre un taxi et de rejoindre Hamdallaye. Mais dans la précipitation, elle avait oublié son propre sac de voyage. Le bus entra dans la gare de Bamako. Mais contrairement aux autres passagers, H.N la femme du policier chercha en vain ses bagages.

L’apprenti se souvint alors de cette demoiselle qui lui avait promis une soirée dans les nuages. Il comprit sur le champ la supercherie. Il garda cependant un petit espoir de la retrouver puisqu’un bagage enregistré sous son nom était resté sur le carreau. Il mit le colis non réclamé dans le magasin.

La commerçante tout naturellement a piqué une vive colère. Elle ne comprenait pas que son bagage fut égaré en cours de route. La compagnie de transport lui présenta les excuses. Les responsables lui promirent de continuer les recherches. Si ces investigations ne donnaient rien, la compagnie serait dans l’obligation de rembourser le dommage subi. La mort dans l’âme, la femme du policier s’en était allée chez elle.

Dans les locaux de la compagnie

Deux jours plus tard, la voleuse B.C. se présenta à la gare pour réclamer son sac de voyage. L’apprenti lui répondit que le colis était gardé dans les locaux de la compagnie. Mais il intima à BC de rendre le bagage indu elle lequel elle a disparu à Kati. Tant que cette condition n’était pas remplie BC ne pouvait pas retirer son sac. La demoiselle se mit à dénigrer l’apprenti.

Elle ne tolérait pas qu’une fille belle comme fut accusée de vol par un vulgaire apprenti de car. Les responsables de la compagnie ne perdirent pas de temps lorsque l’apprenti les informa de l’arrivée de la suspecte n°1. Ils conduisent B.C au commissariat du 10e arrondissement. Elle a été prise en charge par l’inspecteur Maky Sissoko dit le Lynx. Dans un premier temps, elle nia tout de façon catégorique. Mais pour lui rafraîchir l’esprit, elle a été placée en garde-à-vue. Elle est restée à l’ombre toute la matinée.

À la tombée de la nuit elle demanda à parler à l’inspecteur enquêteur. Elle lui avoua qu’elle avait pris le sac de la commerçante avec la complicité d’un certain Ousmane Keïta. Ce dernier se serait proposé d’aller vendre les marchandises et de revenir procéder au partage du butin. Mais depuis son départ de Kati, cet homme n’a plus refait surface. Les policiers n’ont pas cru cette explication.

Ils gardèrent la fille en lui faisant clairement savoir qu’elle restait la suspecte n°1. À ce titre elle allait être déférée dans les 72 heures si elle ne disait pas la vérité. Aux environs de 23 heures, B.C comprit que les carottes étaient cuites. Elle fit appel à l’inspecteur pour lui annoncer que le bagage qu’elle avait volé à Kati se trouvait chez elle, dans la chambre à coucher.

Des agents envoyés par le chef BR sont revenus avec le sac de la commerçante. Pas une seule pièce n’avait été enlevée du contenu parce que le bagage était bien cadenassé. Elle voulait sûrement s’assurer que son plan avait marché. Elle a compté sans l’honnêtété l’apprenti qu’elle pensait avoir sous sa botte.

L’affaire a pris fin dans une atmosphère sans animosité. B.C. étant la fille d’un militaire et H.N. la femme d’un policier, chacun a joué le jeu et la fille n’a pas été inquiétée.

Gamer A. Dicko

L’Essor du 05 Août 2010.