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Daouda Ongoïba étrenne un nouveau type de banditisme dans la capitale, le rapt

jpg_Sans_titre-1-22.jpgC’est la fin de cavale pour Daouda Ongoïba. Ses frasques avaient, l’an dernier, défrayé les chroniques de faits divers de la capitale. L’affaire était d’importance pour que les journaux n’en fassent pas leurs choux gras. Certains observateurs avaient à l’époque craint un incident diplomatique parce que les faits se sont passés à un moment où certains de nos compatriotes accusaient à tort un pays ami d’être de mèche avec nos frères du Nord en rupture de ban.

Les plus perspicaces ont tout simplement mis son action au compte du banditisme urbain qui touche toutes les grandes villes du monde. Un troisième groupe dont des policiers mis sur les traces du malfrat avait même estimé que le jeune homme était un maniaque qui s’attaquait de jour comme de nuit à des citoyens dans le seul but de leur extorquer leurs biens.

Ils ont vu juste. En réalité, Daouda Ongoïba n’est qu’un bandit comme tant d’autres qui peuplent la pègre de la capitale. La Rue Princesse était le QG de ce délinquant très audacieux.

Les faits pour lesquels il avait été appréhendé et écroué remontent au mois d’avril 2007. Ce jour là un aéronef en provenance d’un pays ami atterrit, en début de nuit, à l’aéroport international Bamako Senou. L’équipage avait droit à quelques heures de repos. L’un des pilotes avait choisi, pour se remettre d’aplomb, un bar de la rive droite. Là, il occupa une table avec des amis qu’il venait tout juste de connaître sur place. Avec ses hôtes, le pilote commanda à boire et le petit groupe se mit à bavarder de tout et de rien.

Il y avait de la musique douce et les lumières tamisées du hangar où le petit groupe avait pris place pour boire et apprécier les déhanchements des belles de nuit ajoutaient quelques notes plus intimes à la petite fête. Après avoir avalé quelques bières, le pilote sentit le besoin de se distraire un peu plus. Il fit signe à une jeune fille de nationalité étrangère et se retira avec elle pour discuter du prix de la passe. Pendant qu’ils étaient en négociation, un homme surgit on ne sait d’où et s’adressa au blanc avec un air menaçant.

Daouda Ongoïba en plus de sa machette tenait dans son bras droit une bouteille de bière. Il ordonna à l’homme de vider ses poches s’il ne voulait pas mourir. Ce dernier hésita et voulut convaincre l’agresseur de ne pas gâcher sa vie pour quelques billets dont il ne tirera aucun profit.

Daouda Ongoïba est un dur. Pour couper court à ce qui lui semblait être du bla-bla, il intima l’ordre à la péripatéticienne de débarrasser le plancher. Et la mit en garde contre toute dénonciation. « Je te connais très bien. Je n’aurais pas besoin de te chercher longtemps pour te faire la peau. Prends ton sac et disparais. » avait-il aboyé en direction de la jeune femme. Cette dernière obéit et se retira. Elle sortit sur ces entrefaites, prit un taxi et disparut dans la nuit.

Elle connaissait trop Ongoïba pour ne pas obéir ou chercher à le ramener à la raison.
Quelques instants après le départ de la belle de nuit Ongoïba baissa son arma et demanda au toubab, de lui remettre son passeport et tout l’argent qui portait sur lui. L’étranger résista et essaya une nouvelle fois de faire prévaloir les vertus du dialogue.

Ce que ne voulait pas du tout Daouda Ongoïba qui souleva la bouteille de bière qu’il assena de toute sa force sur la tête du pauvre pilote. Celui ci s’effondra et perdit connaissance entre les bris de verre. D’une plaie béante sur la tête giclait du sang qui couvrit tout le corps du malheureux. Daouda Ongoïba profita de la perte de conscience du pilote pour vider ses poches et disparaître à son tour dans les ténèbres.

Au réveil de l’étranger, il demanda le poste de police le plus proche et y alla porter plainte pour séquestration, agression et vol avec violence. Les éléments de la BR se mirent aux trousses du bandit.

Grâce à la description faite par la victime et les quelques témoins qui avaient assisté de loin à la scène, l’agresseur a été arrêté et jeté en prison. Quelques mois plus tard, il parvint, sans qu’on ne sache trop bien comment, à se faire la belle. Aussitôt dehors il renoua avec activités délictueuses en ciblant cette fois le sexe faible et les étrangers établis ou en transit chez nous.

C’est ainsi qu’il y a quelques jours il rencontra une dame très respectable du quartier de Bacodjicoroni ACI. Au moment où la femme garait sa voiture, il s’approcha d’elle et l’aida à ouvrir poliment la portière. Dès qu’elle mit le pied à terre, Daouda Ongoïba, comme dans un film, sortit son couteau et le lui posa sur la gorge en menaçant de la tuer si elle n’obéissait pas.

Elle paniqua quelques instants, mais finit vite par se ressaisir. Elle dit à son agresseur qu’il n’avait aucune chance d’échapper s’il tentait de lui faire du mal. L’homme qui est un habitué de ce genre de prise d’otage ne l’écouta point et serra plus fort le couteau contre sa gorge. Sentant la lame s’enfoncer dans sa chair, la femme cria si fort que tous les passants se tournèrent vers elle. En une fraction de seconde, ils comprirent la situation et encerclèrent le malandrin.

Daouda Ongoïba comprit qu’il ne pouvait plus s’échapper. Il tenta une autre tactique qui lui a souvent souri en pareille circonstanced : essayer de divertir la foule en prétextant une plaisanterie. Mais la femme réagit véhément. « Jamais je ne l’ai rencontré dans ma vie. Je ne sais même comme il s’appelle et s’il dit le contraire, demandez-lui mon nom », lança la dame en sanglots.

Ayant compris que les carottes étaient cuites, Daouda essaya de s’enfuirt. Mais Les assaillants ne lui donnèrent pas le temps. Ils le désarmèrent et lui infligèrent une bonne raclée avant d’appeler la police qui le cueillit dans un piteux état.

Au commissariat, Daouda Ongoïba a été vite reconnu par les hommes du commissaire Abdoulaye Danfaga. Ils l’envoyèrent au centre de santé pour les soins, avant de l’interroger et de le déférer en fin de semaine dernière devant le parquet du tribunal de première instance de la commune V.

G. A. DICKO

Essor du 26 Novembre 2008