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Moussa Ba s’était démené pour se rendre insoupçonnable. Mais il en avait fait un peu trop.

Lorsqu’on examine objectivement les choses, on se rend compte qu’il n’y a aucune raison pour que baisse à Bamako la fréquence des vols à la tire.

Tout d’abord, parce que cette activité ne requiert aucune habileté particulière de la part de ceux qui la pratiquent. Il ne faut à ceux-ci que du flair pour détecter la victime et une bonne vitesse d’exécution.

La deuxième raison de la persistance du phénomène que les dames restent des cibles plus qu’intéressantes.

Malgré que se multiplient les mises en garde contre ce type de délinquance, nos sœurs n’arrivent pas à se défaire de leur habitude de fourrer un peu de tout dans leurs sacs, depuis de l’argent liquide jusqu’à parfois des bijoux de valeur. Les voleurs ont à Bamako leur zone de prédilection, dont fait partie la zone de l’immeuble UATT à Niamakoro. Un confrère n’a pas hésité à parler d' »épidémie » pour caractériser la prolifération des délits en ces lieux là qui sont devenus depuis quelque temps tristement connus. Cette mauvaise réputation suscite d’ailleurs des affaires extrêmement bizarres.

Comme celle qui vit récemment un homme (dont nous taisons volontairement le nom) se présenter au 7è arrondissement et y faire une déclaration de vol de sac. Vol qui se serait produit, selon le plaignant, devant le magasin de Fatou Mariko situé en face de l’immeuble UATT. Jusque là rien de vraiment extraordinaire, sauf que le bonhomme avait dans sa déclaration indiqué le plus sérieusement du monde aux policiers que son sac contenait la faramineuse somme de 34 milliards de nos francs ! Comment un tel pactole qui aurait rempli une valise de bonne taille a pu tenir dans un simple sac à main, voilà ce qui a failli faire tomber à la renverse les policiers.

Mais comme ceux-ci ne pouvaient mettre d’emblée en doute la parole du plaignant, ils lancèrent une enquête de vérification qui ne donna rien. A bout d’inspiration et n’ayant pas trouvé un moindre début de preuve, ils établirent une déclaration de vol pour le plaignant. L’homme a porté plainte contre X et les policiers ont encore dans leurs registres cette affaire qui révélera peut-être un jour ses mystères.

Entretemps, un autre cas s’est présenté aux mêmes policiers et qui a été plus facile à élucider. Cette fois, c’est la propriétaire du magasin indexé plus haut, Fatou Mariko, qui se retrouve au centre des événements. Le 27 mars dernier, alors qu’elle était au mariage de sa petite sœur elle s’était fait chiper son sac à main. Dans pareilles circonstances, une gêne certaine s’installe dans l’assistance, car beaucoup peuvent se sentir visés. Mais ce jour là, la période d’incertitude ne dura guère. Les soupçons se concentrèrent assez vite sur un jeune homme dont l’hyper activité avait été remarquée par tous.

Peu d’argent, beaucoup de papiers

Le dénommé Moussa Ba (son identité fut facilement établie) s’était plié en quatre pour mettre à l’aise les invités, au point que la plupart de ceux-ci l’avaient pris pour un membre de la famille. Il était difficile de tirer une autre conclusion tant on avait vu Moussa au four et au moulin.

Mais ce fut justement sa trop grande visibilité qui le desservit au moment ou les gens commencèrent à s’identifier les uns et les autres. Très rapidement, il fut établi que Moussa Ba n’était pas un proche de la famille, encore moins un membre de celle-ci. Aussitôt ce qui avait été admirable chez lui devint suspect. L’un des membres de la famille conduisit le jeune homme au commissariat du 10è arrondissement où l’inspecteur Macky Sissoko et ses éléments le prirent en charge.

Pressé de questions, Moussa eut une réaction étrange. Au lieu de se disculper pour l’affaire du mariage, il interpella Fatou Mariko sur le fameux mystère des 34 milliards. « La fois où le sac d’un monsieur a été volé devant ta boutique, lui dit-il, j’étais présent. J’ai l’impression que les voleurs étaient des apprentis de ton client« . La volonté de noyer le poisson était trop manifeste pour ne pas agacer les policiers.

Qui reprirent leur interrogatoire, mais en durcissant le ton, cette fois-ci. Ba comprit qu’il était préférable pour lui de cracher au plus tôt le morceau. Il reconnut qu’il avait volé le sac de Fatou Mariko. Après l’avoir chipé à sa propriétaire, il était sorti de la foule pour le remettre à des complices qui se trouveraient du côté de l’autogare de Sogoniko.

Macky Sissoko et ses hommes questionnèrent alors la dame sur le contenu de son sac à main. Elle répondit que s’y trouvaient une somme de 500.000 francs, des bons dont la valeur totale s’élève à 300 millions de nos francs, des bijoux en or et en argent et quelques menues babioles que trimbalent toujours les dames dans leurs sacs. Lorsque Moussa Ba entendit cette énumération, il contredit vigoureusement Fatou Mariko. Le sac de cette dernière, assura-t-il, ne contenait qu’un peu d’argent et beaucoup de papiers.

Le jeune homme était incapable d’indiquer le montant exact de somme se trouvant dans le sac, mais c’était beaucoup moins que ce qu’indiquait Mariko. Ba indiqua aussi que ses camarades s’étaient contentés de prendre le liquide et de jeter au loin le sac avec les papiers dont ils ne pouvaient tirer aucun profit.

L’adjudant chef Diakaridia Dembélé et l’adjudant Paul Togo, tous de la brigade de recherche et de renseignements du 10è arrondissement à Niamakoro, insistèrent pour obtenir les noms des complices de Moussa Ba. Ils expliquèrent au jeune homme qu’il risquait gros à vouloir porter seul le chapeau. Le voleur livra donc les noms de Youssouf alias Roy (bien connu des policiers), de Mamady et Mahamadou, (deux éléments très « actifs » au niveau de la gare routière de Sogoniko).

Roy a été vite appréhendé et séjourne présentement à la prison centrale de la capitale alors que Mamady et Mahamadou restent introuvables. A son arrestation, Roy a corroboré exactement le récit fait par Moussa Ba. Il a affirmé que le sac ne contenait qu’une petite somme d’argent et beaucoup de paperasses. Après l’avoir vidé, ses complices et lui s’en étaient débarrassé en le balançant quelque part sur un tas d’ordures.

L’audition de Moussa Ba et de Roy avait été terminée en début de semaine dernière. Les deux malfrats avaient été conduits devant le procureur près le tribunal de première instance de la Commune VI. Aux dernières nouvelles, ils ont été mis sous mandat dépôt et ont rejoint la maison centrale d’arrêt de Bamako.

G. A. DICKO

L’essor du 14 avril 2008.