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Abou Sangaré, quarante huit ans et père de trois enfants est originaire de Kayes. Il a longtemps travaillé dans les différentes mines de sa région sans faire fortune. Malheureusement, depuis quelques années, il est au chômage pour avoir été compressé. Il est par la suite venu s’installer à Magnambougou avec sa femme Bintou et ses trois enfants…

En septembre 2006, Abou Sangaré a croisé, Awa Sow, l’une de ses cousines qui vit à Johannesburg, en Afrique du Sud. C’était dans un bus de transport public, alors qu’il revenait de la ville. Il se trouve que celle-ci est une ‘’veuve joyeuse », puisqu’elle a hérité de son feu mari de deux villas construites sur place à Bamako et qu’elle continue de gérer les affaires de l’illustre disparu en Afrique du Sud.

Cette rencontre fut, par la suite, le début d’une idylle entre Abou et Awa. La conquête de celle-ci tombait à propos puisque, de tous les temps, Abou a toujours souhaité aller faire fortune en Afrique du Sud.

Quelques temps après, Abou déménagea avec armes et bagages chez sa dulcinée, abandonnant ainsi sa femme et ses enfants.
A partir de ce jour, tout se passa très vite, car en un laps de temps, les deux amoureux passèrent du mariage religieux au mariage civil. Et ceci, malgré le fait que la dame soit un peu plus âgée qu’Abou.

Un beau matin, Abou annonça à toute sa famille que sitôt après son mariage officiel fixé pour le lendemain, il pense passer sa lune de miel à Kayes.
Ce n’est qu’un mois après la disparition d’Abou que sa femme Bintou a découvert qu’il est parti non pas à Kayes, comme annoncé, mais plutôt à Johannesburg.
Elle qui supportait mal le mariage spectaculaire de son mari ne put gober l’aventure de ce dernier en Afrique du Sud. Suivant le conseil d’une de ses confidentes, Bintou sollicita les services d’un marabout installé à Ségou.

Le travail devant durer dans le temps, le vieux marabout confia à la dame un jeune talibé. Celui-ci devait vivre dans la maison prier continuellement au chevet du lit de son mari. L’effet attendu était le retour d’Abou à Bamako.
Le jeune talibé logé dans la maison d’Abou et gracieusement entretenu par la dame se mit donc très activement au travail.

Cela faisait six mois, jour pour jour, qu’Abou se trouvait en Afrique du Sud. Grâce à sa longue expérience en matière d’extraction d’or, sa femme lui avait trouvé un emploi. Alors qu’il avait déjà commencé à envoyer de l’argent à sa famille, il commença à ressentir une certaine angoisse. Finalement il devint très susceptible et nerveux en même temps.

A l’heure du dîner, à cause d’une petite discussion avec Awa, Abou décida de rentrer chez lui au Mali. Toutes les nombreuses médiations échouèrent devant sa détermination de rentrer au pays. N’en pouvant plus, Awa paya son ticket d’avion, or c’était tout ce qu’Abou attendait.
Sans crier gare, il sauta dans le premier avion et rentra les mains vides à Bamako. Un beau matin, il débarqua chez lui, avec pour seuls bagages une valise et un petit poste radio.

Pendant ses premiers jours à la maison, Abou demanda au sujet du jeune homme qui se trouvait sous son toit. La dame lui dit que c’était un parent à elle qui doit incessamment retourner au village. La réalité est que le petit talibé n’attendait plus que l’argent du travail bien fait.

Trois semaines plus tard, Abou qui ne comprenait pas pourquoi il a brusquement quitté Johannesburg, abandonnant ainsi son salaire, vint voir son marabout. Celui-ci lui apprit que le petit qu’il garde sous son toit est un talibé spécialement envoyé par un grand marabout de Ségou pour provoquer son retour au Mali.

Abou, dans tous ses états, rentra en catastrophe chez lui. Il demanda à sa femme de le rejoindre dans sa chambre, et leur court entretien se termina par une bonne bastonnade. Lorsqu’il s’empara de son fusil, Awa cria au talibé de fuir, avant de tenter d’empêcher son mari de sortir de la chambre.

Le temps qu’Abou se débarrasse de sa femme, le talibé avait réussi à ramasser son petit paquet d’habits à la hâte avant de prendre la clé des champs. Malheureusement, il oublia ses gris-gris sur le tapis de prière. Et ce fut là une preuve palpable et irréfutable pour Abou Sangaré qui, par la suite, provoqua une réunion de famille.

Sa décision était prise: répudier sa femme et repartir en Afrique du Sud.

Pierre Fo’o MEDJO

29 novembre 2007.