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Les sondages ne sont pas une science exacte, mais il faudrait un miracle pour que les anticipations de l’excellent observatoire qu’est Realclearpolitics aux Etats-Unis soient démenties, elles qui donnent Obama vainqueur dans 48 heures. Le Sénateur de l’Illinois passe pour devancer son rival républicain de plus de 7 points, une moyenne des onze grands instituts de sondage américains.

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L’ « effet Bradley », semble t-il , ne pourrait plus jouer contre le candidat démocrate et la marge d’erreur inhérente à tout sondage, tout en permettant de réduire l’écart ne renverserait pas la tendance. D’ailleurs, depuis 1968, c’est un fait : aucun candidat à ce stade du processus électoral n’a pu rattraper son retard ou… perdre son avance. Exit donc l’ère Bush marquée par une élection bannière, une attaque islamiste surréaliste qui a révélé la vulnérabilité de la première puissance mondiale, deux guerres ruineuses et sanglantes, et un crash financier aussi lourd de signification pour la forteresse capitaliste que l’a été la chute du mur de Berlin pour le bloc de l’Est.

Ainsi , dans quelques petites heures, l’homme le plus puissant du monde pourrait être un métis de la première génération, né sur le sol américain certes, mais tout de même appartenant, par son père, à l’ethnie kenyane des Luo, une de celles qui il y a juste huit mois réglaient un contentieux électoral à la machette. Si Obama devient le pensionnaire de la Maison Blanche, il ne pourrait y avoir meilleure preuve que la fascinante Amérique a changé, et changé dans le sens du rêve de Martin Luther King.

Mais si en dépit des tendances, le séduisant sénateur perdait, sa défaite prendrait plus d’importance que la victoire. Car elle viendrait légitimer la thèse du vote racial. Avec tout ce que ceci suppose de préjugés confirmés, de rancoeurs rentrées, et de tranchées ouvertes sous les pieds d’une nation qui se prétend égalitariste. C’est dans une large mesure pour conjurer cette éventualité, disent les spécialistes, que les risques d’un renversement de tendance sont limités.

Qu’est-ce que l’Afrique, elle, gagnerait à une victoire d’Obama dont elle porte et défend la candidature ? Son père vient de la brousse africaine et ses oncles et tantes s’échinent à produire du thé et du café que les règles iniques du commerce international dévalorisent.

Le nouveau président américain pourrait être plus attentif que ses prédecesseurs à la misère du paysannat et son engagement ici contribuerait à infléchir le dogme libéral professé par les Institutions de Bretton Woods. D’autant que les événements récents qui secouent les places financières de l’occident démontrent aisément l’extrême faillibilité de l’intégrisme du marché.

Obama pourra t-il plus ? Bien sûr, parce qu’il sera le patron du monde et qu’un patron peut beaucoup. Mais sur ce point, c’est la qualité de ses conseillers qui fera la différence. La réforme de la gouvernance internationale (dont celle de l’ONU) s’imposera en tout cas au sénateur de l’Illinois, même si pour l’instant, il a été très sobre sur sa politique extérieure, et plus spécifiquement sur sa politique africaine.

Au-delà de l’Afrique cependant, ce sont sur les sujets relevant du registre « non partisan », comme on dit au pays de l’oncle Sam qu’Obama est attendu. Entre autres, la politique sécuritaire , la signature des accords de Kyoto, l’adhésion américaine à la Cour Pénale Internationale et la volonté de résoudre la crise du Moyen-Orient sans faire du babysitting pro israelien. S’il change l’Amérique sur ces points, il changera le monde. Et c’est tout ce que l’Afrique demande.

Adam Thiam Journaliste

03 Novembre 2008