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vieux.jpgIl faut noter que Farima et Awa sont à la recherche d’époux tandis qu’Amina, seconde épouse d’un polygame quarantenaire, est en perpétuel compétition avec sa co-épouse pour obtenir les faveurs de leur conjoint commun. Elle est donc en quête de « connaisseurs susceptibles de la protéger contre les mauvais sorts jetés par la sorcière de son mari » et l’aider « à conserver l’amour de son mari et à obtenir de ce dernier, beaucoup d’argent ! ».

Belle opportunité donc pour les trois femmes. Elles décident de fédérer leurs efforts. Farima paye pour l’essence de la voiture d’Awa. Amina offre d’héberger le saint homme que toutes trois nourriront.

Les voilà lancées à l’assaut de la colline de Kati. L’homme ne se fait pas prier. Il embarque avec les jeunes femmes. Une fois arrivée au domicile d’Amina, on le restaure, lui apporte de l’eau chaude dans les toilettes et le loge dans une pièce propre.

Afin de remercier ses hôtes – car cet homme n’est pas un ingrat – et avant toutes demandes de la part de celles-ci, l’homme leur promet une grosse surprise pour témoigner sa gratitude.

« Je vais faire de vous, des femmes riches, mes filles ! Je vais faire pour vous, ce que je n’ai encore accepté de faire pour personne ! »

Il n’en fallait pas plus pour que les trois amies commencent à rire avec le vent.

Il leur demanda, à chacune, d’apporter un sac vide. Amina présenta son sac à main. L’homme rit et lui apprit que plus le sac serait grand, plus il pourrait contenir de l’argent. Amina s’empressa d’appeler le boy et lui enjoigna de faire descendre de l’armoire la grande valise qu’elle avait ramené de son denier voyage d’Europe. Elle la vida de son contenu et l’apporta à l’homme providentiel. Des feuillets blancs, pliés en 4, furent distribués aux amies. Elles devaient les mettre dans les sacs qu’elles fermeraient ensuite et placeraient sous leurs lits. Personne ne devait entrer dans ces pièces durant le reste de la soirée. Et surtout, aucune curiosité ne devait les pousser à ouvrir ces sacs avant d’être de nouveau réunies le lendemain matin.

Les femmes suivirent à la lettre les consignes du vieil homme. Elles appelèrent enfants, neveux et domestiques pour leur faire passer toute envie de pénétrer dans leur chambre à coucher.

Une nuit de rêve

vieu.jpgDe bonheur le lendemain, Amina se leva pour faire sa première prière de la journée. Chaque fois qu’elle baissait la tête pour rendre grâce au Créateur, la jeune femme jetait un coup d’œil sous le lit. La pensée de sa fortune prochaine, ainsi que les projets élaborés au cours de la nuit, notamment une visite chez son bijoutier pour, enfin, acquérir tous ces bijoux si longtemps convoités, lui dessinèrent un large sourire. Lorsqu’elle sortit sous la véranda, sa petite bonne lui apprit l’absence du vieil homme.

« Comme tu peux être sotte, toi ! Bien entendu qu’il n’est pas dans sa chambre puisqu’il est sur le toit de la maison avec les Djinns. » répondit Amina.

Toute la maisonnée étant au fait de la future bonne fortune.

Après déjeuner, Farima et Awa, leurs sacs sous le bras, arrivèrent presque en même temps. Les femmes s’enfermèrent à double tour et procédèrent religieusement à l’ouverture des besaces.

Inutiles de préciser qu’elles n’y trouvèrent que ce qu’elles y avait mis la veille : un papier plié en 4 sur lequel elles avaient inscrit les montants qu’elles souhaitaient obtenir.

Omnibulées par leur future richesse, même le poids léger des sacs ne leur avait pas mis la puce à l’oreille…

Heureusement pour elles, le vieil homme ne s’était pas montré gourmant, se contentant du gîte et du couvert, plus quelques billets pour tracer la route.

Malheureusement pour nous toutes, cette histoire n’est pas une blague.


Saran | 01 Mars 2007