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Un Malien, avec la complicité de deux gendarmes, a escroqué 5 kg d’or d’une valeur de 55 millions de F CFA sur deux Sénégalais. L’escroc a été mis sous mandat de dépôt, mais ses deux complices gendarmes refusent de répondre à la convocation du procureur de la République près le Tribunal de la Commune I.

L’or malien brille pour les escrocs dont les exploits défraient régulièrement la chronique. Souleymane Traoré, se faisant passer pour un opérateur minier a soutiré 30 millions de F CFA, en acompte de 55 millions de F CFA pour 5 kg d’or à deux Sénégalais. L’affaire remonte à fin avril 2010. Souleymane, qui se dit promoteur de l’entreprise « Misseni Gold », a approché un Sénégalais vivant à Bamako pour lui trouver des clients dans son pays. Mor Thiam et Falou Thiam ont mordu à l’hameçon. Ils se sont montré intéressés et ont effectué le déplacement de Bamako en mai.

Souleymane leur a fait comprendre qu’il vend le métal au kilo. Il a apporté 5 kg d’or estimés à 55 millions de F CFA. Les Sénégalais qui sont des professionnels du métal précieux étaient venus avec leur matériel. Ils ont procédé séance tenante à un premier test et des analyses dans deux laboratoires différents de Bamako, qui ont tous attesté de la bonne qualité du métal.

Mais les Thiam n’ayant pas les 55 millions sur place ont convenu avec Souleymane d’aller faire provision à Dakar. Falou rentre à Dakar et revient avec 30 millions de F CFA. Souleymane propose de les conduire à Dakar dans son véhicule avec son chauffeur. Ce dernier devait retourner avec le reliquat de 25 millions de F CFA. Le métal précieux a subi de nouveaux tests qui furent tout aussi concluants et le butin soigneusement gardé dans un caisson cadenassé et la clé gardée par un Sénégalais. Souleymane avec la permission des Sénégalais a lui-même mis l’or dans le coffre, à la place de la roue de secours.

Le véhicule de Souleymane, une Peugeot 407 conduit par son propre chauffeur, a pris la route de Dakar nuitamment. L’engin a été intercepté par deux gendarmes à 1 km, à la sortie du poste de péage de Kati. L’adjudant-chef Samboura Bah du Groupement d’intervention mobile (GIM) de la gendarmerie et l’adjudant-chef Mady Oullé Dembélé de la Brigade de recherche du Camp I de la gendarmerie, qui n’étaient pas en service commandé et loin d’un poste de contrôle ont procédé à la fouille du véhicule, armés de PM. Après avoir contrôlé l’identité des passagers, ils ont ouvert le coffre et ont trouvé enfoui du chanvre indien sous le caisson contenant l’or.

Ils ont accusé les occupants de trafic d’or et de drogue et ordonné la saisie du véhicule qu’ils ont fait retourner au Camp I avec ses passagers. Mor et Falou Thiam ont passé la nuit dans le violon du Camp I. Mais ils ont été libérés le lendemain grâce à l’intervention de Souleymane, qui prétend avoir donné 370 000 F CFA aux gendarmes pour leur élargissement. Souleymane a demandé à ses deux victimes de changer d’hôtel et de quitter immédiatement le Mali. Sous le coup de la peur, Mor et Falou sont rentrés dans leur pays.

Deux gendarmes trempés jusqu’au coup

Les deux Thiam qui s’étaient endettés pour 30 millions de F CFA auprès d’un autre partenaire financier à Dakar ont été sommés de rembourser l’argent ou l’or. Ils sont alors retournés à Bamako une semaine plus tard. Souleymane, un aigrefin, a demandé 7 millions aux Sénégalais pour mettre la main sur l’or qu’il dit être confisqué par les gendarmes. Pour montrer sa bonne foi et les appâter davantage, il leur a fait comprendre qu’il a payé lui-même 4 millions F CFA et qu’ils doivent à leur tour apurer un reliquat de 3 millions de F CFA.

Les deux Sénégalais, qui ont été déplumés dans cette affaire n’ont même plus leurs frais d’hôtels. Ils sont hébergés par un Malien, qui a vécu plus de 40 ans au Sénégal. Leur salut est venu de leur consulat, qu’ils ont contacté en juin dernier. Le consulat a approché le colonel Sidy Oumar Touré, chef du service d’investigation judiciaire du Camp I.

Le colonel qui a mis ses réseaux en branle a cueilli Souleymane, qui avait été appelé par ses victimes sénégalaises pour récupérer ses 3 millions de F CFA. Souleymane, dans sa déposition, a dénoncé les adjudants-chefs Sambourou Bah et Mady Oullé Dembélé. Il a indiqué avoir payé 750 000 F CFA à l’adjudant-chef Bah. Son collègue Dembélé a reconnu n’avoir perçu que 75 000 F sur l’argent de la mission douteuse.

Deux problèmes se posent : le vrai or testé plusieurs fois demeure introuvable. Il a été échangé contre du cuivre. Les deux gendarmes complices et qui ont fait des aveux dans leurs dépositions ne sont pas encore présentés devant le juge. Ils sont pourtant poursuivis suivant réquisition du procureur de la République près le Tribunal de la Commune I pour escroquerie et complicité.

Souleymane Traoré, le principal inculpé, a été mis sous mandat de dépôt, le 11 juin 2010 par le procureur près le Tribunal de la Commune I pour escroquerie.

Les deux gendarmes couverts par la hiérarchie se la coulent douce. Ils font fi des deux convocations déposées en mai avec accusés de réception à la direction générale de la gendarmerie, par le juge d’instruction en charge du dossier, Dramane Kanté.

En juin, deux autres lettres de mise à la disposition de la justice, demeurées sans suite, ont été déposées au bureau du commandant de la Brigade de recherche du Camp I et du commandant du Groupement d’intervention mobile (GIM) de la gendarmerie.

Ce n’est pas la première fois que des porteurs d’uniformes, impliqués dans des dossiers scabreux, soient couverts par la hiérarchie. Souvent, les mis en cause sont affectés par un tour de passe-passe et les dossiers classés sans suite. Samboura Bah ne serait pas à son premier coup. Son nom serait lié à plusieurs sales affaires mais il s’est toujours tiré d’affaires. Y a-t-il une justice à deux vitesses dans notre pays ? Qui parlait de modernisation de la justice ?

Abdrahamane Dicko

15 Juillet 2010.