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Celui qui regarde le ciel du fond d’un puits n’en voit qu’un pan. C’est dire que ce qui nous est donné de voir varie en fonction de nos différents angles de vision : en fait, tout dépend de là où nous nous situons.

En tant qu’observateur de la scène sociopolitique, nous ne pouvons avoir qu’une vision réduite du Mali, mais pas une vision réductrice. Alors, de là où nous sommes et selon notre angle de vision, quel Mali avons-nous sous les yeux ces derniers temps ? Un Mali à trois dimensions.

Première dimension : un Mali accroché à son coton avec l’énergie du désespoir.

Deuxième dimension : un Premier ministre indéboulonnable.

Troisième dimension : des déclarations de soutien au Chef de l’Etat en réponse à ceux qui ont trouvé à redire sur son adresse à la Nation.

Concédons que chacune de ces trois dimensions est importante. Mais que la vie de tout un pays y soit suspendue, cela pose problème. Pourquoi ? Parce que d’une part, les priorités du Mali et des Maliens dépassent cette courte liste de préoccupations. Parce que d’autre part, il y a, autour de ces trois dimensions, une débauche d’énergie que rien ne justifie.

Parce qu’enfin, les actions engagées ou qui s’engagent nous paraissent de circonstance. N’ayant pas pris leur essor à partir d’une réflexion prospective, ces actions n’embrayent pas sur notre avenir commun.
« L’artillerie lourde » déployée par le Mali sur la question du coton est à la hauteur des enjeux, compte tenu de la place actuelle de cette denrée dans l’économie du pays. Une campagne perdue aurait eu des conséquences incalculables. Mais tout ce qui se fait sur et à partir du coton nous conduit à réagir plutôt qu’à agir.

Nous colmatons plus que nous ne construisons vraiment. C’est un Mali acculé qui se bat et se débat bec et ongle tout en laissant des problèmes de fond en suspens. Ne devons-nous pas plutôt nous soucier de produire sur place une partie de nos intrants ? Il est dit que sur ce plan, le Mali reste encore une exception au regard des autres pays producteurs de coton de la sous-région.

Ne devons-nous pas nous préoccuper de diversifier nos sources d’approvisionnement en produits phytosanitaires ? Ne devons-nous pas nous obliger à créditer notre coton d’une valeur ajoutée par la transformation de tout ou partie de la matière première en produits finis « made in Mali » ?

Par-dessus tout, il y a la question de notre agriculture qui est à engager en termes de relève paysanne, avec de jeunes agriculteurs modernes, la législation foncière, la mécanisation et la diversification des filières, l’établissement des bases d’une agro-industrie…Tant que nous ne manifesterons pas notre présence sur ces créneaux de réflexion et d’action, il n’est pas sûr que le coton d’aujourd’hui garantisse la prospérité de demain.

Par ailleurs, il est inédit et encourageant que le Chef abandonne le calme feutré de ses bureaux pour se retrouver assez souvent dans les champs. Cette présence constante sur le terrain du premier d’entre nous est tout à l’honneur de nos producteurs primaires. Pourvu que le nombre de cadres techniques, que tout dispose et prédispose à être sur le terrain, n’y voient pas une excuse pour continuer à se loger dans les ministères. C’est peut-être parce que le Président fait bien et mieux dans les champs que ces techniciens jugent plus sage d’en faire autant, mais dans des bureaux. Qu’ils prennent exemple sur nos télévisions : elles ne se signalaient que peu dans les zones rurales et elles y ont dépêché depuis des envoyés spéciaux, caméras au poing.

Au sujet des diverses manifestations de soutien, il y a lieu de s’interroger. Pourquoi soutenir le Chef de l’Etat suite à son adresse à la Nation ? N’aurait-il pas été plus judicieux de soutenir plutôt les idées du Chef de l’Etat ? Dans le soutien au Chef de l’Etat, l’action se réduit à organiser des prières et des marches, à déployer des banderoles et à se fendre en déclarations. Mais dans le soutien aux idées du Chef de l’Etat, on aurait été amené à organiser des débats, des émissions d’approfondissement et de clarification des idées, des sessions de formations de militants.

Ce faisant, on se serait situé dans l’axe de notre Constitution qui stipule que « les partis politiques concourent à l’expression du suffrage ». C’est clair, à moins que nous soyons différents des pays normaux, justifiant de ce fait que ces jours derniers, nous paraissons plus résonner que nous ne nous prêtons à raisonner en marchant sur la tête.

Le Fouineur

Le Combat du 22 Août 2012