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Un immeuble à usage commercial en construction s’est effondré vendredi à N’golonina faisant trois morts et plusieurs blessés dont deux graves, selon un premier bilan provisoire. Le drame s’est produit en présence du propriétaire du chantier, un commerçant du nom de Barou Niangadou, qui s’est aussitôt éclipsé.

Le bâtiment s’est écroulé comme un château de cartes aux environs de 10 heures, au moment où un maçon et une dizaine d’ouvriers étaient en plein travail. Si certains ont pu s’en tirer avec quelques égratignures, d’autres, par contre, sont restés sous des tonnes de béton. Aussitôt le drame survenu les habitants de N’golonina qui se sont précipités sur le site. Certains se sont joints aux agents de la Protection civile pour secourir les victimes. Le dégagement des premiers corps et d’un blessé des décombres a semé un véritable émoi dans la foule.

Une femme dont le mari et les deux frères se trouvaient coincés sous les gravats a fondu en larmes avant de s’évanouir. Elle a été évacuée à l’hôpital par les éléments de la Protection civile. Un sexagénaire n’a pu supporter le choc lorsqu’il a appris que ses deux fils figuraient parmi les victimes. Il s’est mis à courir dans tous les sens, comme un fou.

D’après les rescapés, le bâtiment s’est effondré sur les ouvriers au rez-de-chaussée, alors qu’ils étaient en train de retirer les poteaux soutenant la dalle de béton. Ceux qui étaient sur le toit ont eu le temps de sauter a terre. Djoumè Diallo, un ressortissant de Kadiolo, qui était parmi eux, témoigne : « nous étions huit ouvriers sur le toit quand nous avons vu que les différentes parties du bâtiment se détachaient les unes les autres. Moi, je me suis blessé au pied lorsqu’un battant est tombé sur mon passage. C’était vraiment horrible. Il y avait la poussière partout et on voyait à peine« .

Abdoulaye Traoré, le gardien du chantier, le visage couvert de poussière, est lui aussi sorti indemne de la tragédie. « Le bâtiment s’est écroulé au moment où j’arrosais les briques. Je me suis enfui pour échapper au drame. Je suis consterné de n’avoir pu rien faire pour mes camarades coincés sous les gravats« , s’indignait-il.

Plusieurs ministres et élus municipaux sont venus pendant que les recherches se poursuivaient. Après des longues heures de fouille, une victime a pu être extirpée des décombres. Elle était encore en vie au moment où le véhicule des sapeurs pompiers la transportait à l’hôpital.
Les rescapés sont unanimes à imputer l’effondrement du bâtiment à un défaut de construction.

L’ingénieur chargé de la construction aurait abandonné le chantier pour ne s’être pas entendu avec le propriétaire. « Lorsque l’ingénieur a rompu le contrat, c’est le maçon qui a repris les rênes. Il exécutait tous les ordres du propriétaire. Rien n’était pratiquement contrôlé. Les ouvriers qui ont eu le courage de dénoncer le défaut de construction ont été immédiatement renvoyés par le patron. Il était le seul maître des lieux, alors qu’il ne connaît rien en matière de construction« , a expliqué un des ouvriers.

Un autre assure avoir avisé son patron que son chantier était mal bâti. « Les fers qui ont été utilisés ne sont pas destinés à la construction d’un immeuble. Je peux dire qu’aucune norme de construction n’était respectée sur le chantier, mais le propriétaire fermait les yeux sur tous les défauts, son seul souci étant de finir son immeuble« , a-t-il déclaré.

Le ministre du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme dont l’expertise est reconnue dans le domaine de la construction, a confirmé que le chantier n’avait pas respecté les normes de construction. « C’est parce que les normes de construction et les mesures de sécurités n’étaient pas respectées que les travaux ont été arrêtés sur ce chantier plusieurs fois par la brigade. Mais le propriétaire s’est entêté à poursuivre les travaux« , a déploré Mme Gakou Salimata Fofana.

Le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile a déploré, pour sa part, la tragédie, soulignant qu’une enquête judiciaire sera ouverte pour situer les responsabilités et punir les coupables. « Ce qui vient de se passer est très regrettable et démontre une fois de plus que les gens ne respectent pas les normes de construction. Ce cas est identique à celui survenu à Niamakoro et nous interpelle à prendre des mesures urgentes pour qu’un tel drame ne puisse plus se produire. Une enquête sera ouverte et la justice fera son devoir. Le propriétaire du chantier a fui lorsque le bâtiment s’est effondré. La police fera son travail pour le mettre à la disposition de la justice« , a assuré le général Sadio Gassama.

Les recherches se sont poursuivies pour trouver les autres victimes qui étaient toujours coincées sous les décombres.

M. KEITA – L’Essor

17 Mars 2008.