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Notre histoire d’aujourd’hui s’éloigne des sentiers habituels et ce que nous souhaitons très fort, c’est qu’elle ne signale pas l’émergence d’un phénomène nouveau. Notre récit ne met pas en scène une travailleuse saisonnière, ni une étudiante. Mais un homme que recherche activement le commissariat du 11e arrondissement sans cependant de réel espoir de le retrouver pour le moment. La partie connue de cette histoire (qui garde encore une part d’énigmes troublantes) a commencé mercredi dernier à l’école de Sabalibougou, située près du marché à bétail du quartier.

Les enfants venaient juste de sortir en recréation.
Un petit groupe de bambins de la première année s’était constitué pour se rendre auprès d’une vendeuse de nourriture, dont l’étal se trouve près de la route de l’aéroport. Les gosses sortirent ce qu’ils avaient comme menue monnaie pour se payer diverses gourmandises.

Pendant qu’ils faisaient leurs achats, une fourgonnette s’arrêta près d’eux et un homme richement habillé en sortit, tenant en mains un petit sachet de plastique contenant des pièces de monnaie. Il héla les mioches et se mit à leur distribuer des jetons.

Cette manne inespérée ne passa pas inaperçue. Un deuxième groupe d’enfants courut se joindre au premier et il fut lui-même grossi par quelques jeunes mendiants. Le quidam retira de sa poche d’autres pièces qu’il se mit à donner à la troupe qui se pressait autour de lui.

Lorsque ses « munitions » furent épuisées, le bienfaiteur informa les enfants qu’il allait chercher d’autres jetons et qu’il serait bientôt de retour. Il s’engouffra dans sa fourgonnette à l’intérieur de laquelle étaient installés d’autres enfants.

Puis il parut changer d’avis, ressortit et invita un des gosses, Modibo Koïta – âgé de 7 ans et élève de la première année – à se joindre aux enfants qui étaient assis dans la voiture.

Le garçon entra en toute confiance dans le véhicule et s’assit à côté des inconnus. Ses camarades regagnèrent leur classe, mais n’informèrent pas leur maître de ce qui s’était passé.


La force du bouche-à-oreille :

L’inconnu et les enfants qu’il avait à bord de sa fourgonnette se dirigèrent vers le rond point du Buffle à Daoudabougou, puis foncèrent au marché de Sabalibougou.

Le conducteur gara son véhicule dans une ruelle située non loin du marché et invita Modibo Koïta à le suivre. L’homme prit le garçon par la main et entra avec lui chez un commerçant bien connu du quartier.

Le quidam fit asseoir sur un escabeau l’enfant qu’il présenta comme son fils. Il expliqua au commerçant qu’il venait de tomber en panne sèche. Il lui fallait 5000 francs pour se payer du carburant.

« Son » garçon resterait dans la boutique jusqu’à ce qu’il vienne rembourser son emprunt. Cela prendrait un peu de temps, expliqua l’automobiliste, parce qu’il lui fallait aller chercher de l’argent à son service, situé dans les parages du Grand marché de Bamako.

Le commerçant tendit à son interlocuteur la somme demandée et invita l’enfant à s’installer confortablement en attendant le retour de « son » père. L’emprunteur tourna les talons et de ce moment, personne ne l’a plus revu. Du moins parmi tous les protagonistes de cette histoire.

Pendant ce temps, à la fin des cours tous les collègues du petit Koïta étaient retournés à la maison. La famille du kidnappé constata que l’absence du bambin se prolongeait de manière inexplicable et commença à s’inquiéter.

Le père, la mère et tous les frères se mirent à la recherche du petit. Sans rien trouver. Sa mère se rendit dans une famille dont l’enfant était le meilleur ami de son fils.

Le gosse relata à la dame toute la scène de la récréation et indiqua que son copain avait embarqué dans la voiture d’un inconnu. La femme hurla de désespoir. En bonne Bamakoise, elle avait eu connaissance de l’horrible sort réservé à des enfants enlevés il y a quelques années.

Le père, mort d’inquiétude, se rendit précipitamment au commissariat du 11è arrondissement pour y faire une déclaration.

Les policiers entamèrent aussitôt les recherches, en interrogeant tous les amis de Modibo Koïta. Ceux-ci ne purent donner qu’une très vague description du kidnappeur et de son véhicule.

Devant la minceur des indices, les enquêteurs n’avaient d’autre choix que de procéder à un ratissage aussi serré que possible dans la zone dans l’espoir de tomber au moins sur le véhicule.

Ils n’eurent pas cette chance. Mais l’histoire trouva son dénouement par la force du bouche à oreille. Le récit du désespoir de la mère de l’élève enlevé fit le tour du quartier.

Le commerçant à qui l’enfant avait été « confié » l’apprit donc. Il reconduisit le petit Modibo chez lui et expliqua aux parents dans quelles circonstances le gosse était arrivé à sa boutique. Inutile de dire qu’il fut fêté plus que chaleureusement dans la famille du petit élève.

Mais pour les policiers du 11è arrondissement, l’affaire n’est pas close pour autant. Certes, le petit Modibo a été retrouvé sain et sauf. Certes, on s’est aperçu que l’homme n’avait pas eu de mauvaises intentions à son égard, même s’il s’est comporté de manière très cynique en se servant de l’enfant d’autrui pour réussir son escroquerie.

Mais quid des autres gosses qui se trouvaient dans la fourgonnette ? Étaient-ils des enfants de l’homme ? Ou d’autres innocents qui devaient lui servir de monnaie d’échange ?

Et dans ce cas là, est-ce que ses opérations suivantes seraient aussi inoffensives pour les petits que celle réalisée en utilisant le petit Modibo ? Voilà autant de questions encore sans réponse.

Des questions qui ont incité les policiers à poursuivre leurs recherches. Ils ont demandé que leur soit communiquée toute information sur le comportement suspect d’un homme au volant d’une fourgonnette.

Mais ils ne se font pas d’illusions excessives sur ce genre de coup de sonde.

G. A. DICKO

17 mars 2008.