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1-23.jpgMaïga se trouvait sur sa moto et circulait paisiblement sur la route dite de Koulikoro. Il vit brusquement un jeune homme surgir sur la voie et tenter de lui barrer le chemin. Maïga ne s’émut pas dans un premier temps. L’étrange individu était suffisamment loin de lui pour qu’il puisse l’éviter sans peine. Mais chaque fois qu’il effectuait un léger changement de direction, l’autre bougeait aussi pour se retrouver sur sa trajectoire. Au point que Maïga dut freiner en catastrophe pour éviter de percuter le quidam. Ce dernier se mit alors à lui crier dessus de la manière la plus grossière. Maïga choisit d’ignorer ces provocations. Il s’était rendu compte que le réservoir de sa moto serait bientôt à sec et il choisit d’aller se ravitailler à une station-service toute proche. Habib le suivit en le couvrant d’injures de toutes sortes.

Finalement excédé par le comportement de cet étrange personnage qui abusait de sa patience, Maïga arrêta sa motocyclette et la mit sur son repose-pied sans éteindre le moteur. Il s’avança ensuite vers son provocateur pour lui demander des comptes. Mais sans lui donner le temps de prononcer le moindre mot, Habib expédia un puissant coup de poing que Mahamadou esquiva avant de riposter. S’ensuivit une empoignade entre les deux hommes au cours de laquelle le téléphone portable du motocycliste tomba à terre. Des passants entourèrent les deux combattants pour les séparer. Maïga chercha finit par repérer son téléphone par terre. Au moment où il se baissa pour le ramasser, il entendit un changement dans le régime du moteur de son engin. Relevant la tête, il s’aperçut qu’Habib avait profité de son inattention pour enfourcher sa moto. Mahamadou oublia son téléphone, courut de toutes ses forces jusqu’à la moto qui démarrait, empoigna vigoureusement le porte-bagages arrière et déséquilibra Habib qui se retrouva au sol. La foule des curieux comprit que depuis le début Habib cherchait à provoquer un incident qui ferait diversion et lui permettrait de s’emparer de la moto. Le jeune homme fut vigoureusement empoigné et conduit au commissariat du 12è arrondissement où il fut enfermé, le temps pour lui de recouvrer ses esprits car les policiers constatèrent que le jeune homme était sous l’emprise de la drogue.

Informée, la mère d’Habib se rendit aussitôt à la police et reconnut que son garçon se retrouvait fréquemment dans ce genre de situation du fait des stupéfiants qu’il consommait sans modération. Et avant que les policiers ne puissent réagir, la pauvre dame vida tout ce qu’elle avait sur le cœur à l’encontre du père de son fils, son ex-mari. Elle fit un déballage complet sur les causes de son divorce et sur la manière dont son ex conjoint se comportait avec elle. L’inspecteur Yoro Traoré, responsable de la brigade de recherche et des renseignements du commissariat, ne pouvait que laisser son interlocutrice se libérer à travers ce réquisitoire.

Habib, qui a légèrement dépassé la vingtaine, est le fils d’un magistrat toujours en fonction. Ses parents se sont séparés depuis quelques années. Le père, selon les propos de son ex-épouse, qui jure pourtant avoir tiré à plusieurs reprises le signal d’alerte, ne s’est jamais occupé de son fils depuis la séparation du couple. Le jeune homme a donc sombré dans les excès auxquels sont exposés les jeunes Bamakois sans encadrement familial : la drogue, l’alcool et le sexe, trois fléaux aujourd’hui en pleine expansion dans la capitale.

Hier matin, Habib était toujours à la police. Le plaignant Maïga se trouvait aussi là-bas. Il déclarait avoir perdu en plus de son téléphone portable, une somme d’argent qu’il s’apprêtait à investir dans l’achat de ciment.

G. A. DICKO

Essor du 13 mai 2008