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Il y a différentes manières de faire le métier que l’on exerce. Soit on s’y prend avec conscience et honnêteté, et à ce moment là à défaut de la richesse on bénéficie au moins de la considération des autres. Soit on s’en sert comme paravent pour des activités peu avouables et il y a des chances pour que tôt ou tard la chance des voleurs vous abandonne. C’est cette vérité que méconnaissait certainement Bourama Diarra, natif de Banamba, âgé seulement de 20 ans et apprenti boucher de son état. Bourama aurait pu faire son chemin comme rôtisseur, car il commençait à avoir une petite réputation plutôt flatteuse. Mais il avait sa manière bien à lui de s’approvisionner en viande.

Le lundi 17 mars dernier, Bourama Diarra a échappé de justesse à un lynchage. Quelqu’un l’avait trouvé en train de dépecer une chèvre. Rien d’anormal pour un boucher, direz-vous. Sauf que cette chèvre avait été volée.

Bourama avait opéré en début de matinée au moment où la bête était en divagation. L’animal appartenait à un certain Sountié Togola, habitant du quartier Bolibana de Dioïla.

Ce dernier, qui exerce la fonction de planton au cercle, avait au moment d’aller à son travail détaché la chèvre et celle-ci avait profité de l’absence de surveillance pour s’échapper de la concession.

Ce fut le frère de Togola qui constata la disparition de l’animal et qui se mit aussitôt à sa recherche. Il finira par le retrouver, mais trop tard.

La chèvre avait déjà été abattue par l’apprenti-boucher. Le voleur était même en train de dépecer son butin. Bourama n’avait pas eu pitié de la chèvre qui arrivait pratiquement à terme.

Lorsqu’il a été repéré, il finissait d’extirper des entrailles de la bête trois fœtus qui étaient sur le point de venir au monde.

Le jeune frère de Togola ne se hasarda pas à affronter seul l’apprenti boucher qui avait à côté lui ses couteaux bien effilés.

Il rameuta la foule des passants en pointant du doigt le voleur. Un groupe de jeunes armés de pierres et vociférant des menaces se lança à la poursuite du larron. Il finit par lui couper toute retraite.

Bien que les partisans d’une justice sommaire ne manquaient pas, il fut décidé de conduire le malfrat et son butin à la brigade de la gendarmerie.

En cours de route, le petit groupe grossissait à vue d’œil. De plus en plus de voix s’élevaient pour proposer qu’on règle sur le champ le sort de Bourama.

Fort heureusement pour ce dernier, les partisans de la sagesse tinrent bon. Ce qui permit au délinquant d’arriver entier à la brigade.

La procédure fut vite établie par les gendarmes et Bourama Diarra a comparu un peu plus tard devant le juge de paix à compétences étendues. Il fut condamné à dix-huit mois de prison ferme.

Sans chercher de circonstances atténuantes à l’apprenti boucher, on peut cependant noter que Bourama Diarra avait été à bonne école. Il y a moins de cinq semaines, son patron, un dénommé Yacouba Dembélé, avait pris la fuite devant des propriétaires de petits ruminants furieux.

Ceux-ci avaient eu la surprise désagréable de reconnaître devant la rôtisserie que tenait Yacouba les têtes et les pattes de leurs moutons et cabris disparus.

Aliou Badara Coulibaly

L’Essor du 07 avril 2008.