Partager

Le Premier ministre Modibo Sidibé a un an à la tête du gouvernement. Avec un gouvernement aussi hétéroclite que fratricide, sa tâche n’a pas été de tout repos.

Nommé Premier ministre par le président de la République le vendredi 28 septembre 2007 suite à la présentation, le jeudi 27 septembre 2007 par Ousmane Issoufi Maïga, de la démission du gouvernement dirigé par lui depuis mai 2004, Modibo Sidibé est rompu aux arcanes du pouvoir.

La carrière politique de l’inspecteur général de police Modibo Sidibé commence lorsque sa route croise celle du président du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP), ATT, dont il devient, à 39 ans, le directeur de cabinet, avec rang et prérogatives de ministre.

jpg_pm.jpg
Travailleur et discret, Modibo Sidibé a toutes les qualités pour occuper un tel poste stratégique au sein du nouvel organe exécutif du Mali post-événements de mars 1991. Bardé de diplômes (il est docteur en sciences pénales, criminologue et détenteur de plusieurs autres diplômes supérieurs, dont un DEA en théorie politique), Modibo Sidibé a l’estime de la classe politique, si l’on en juge par les timides sorties de l’opposition contre lui.

Malgré tout, Modibo Sidibé n’a pas eu droit, à son arrivée, à un round d’observation. Sitôt nommé, il a eu à affronter les étudiants, les enseignants, les syndicats, la vie chère, la hausse du pétrole…

Il a passé, le plus clair de l’an I à la Primature, à jouer au sapeur-pompier, à parer au plus pressé. Les solutions souvent trouvées n’ont pas été franchement originales, mais elles ont permis, en demi-teinte, de franchir certain cap difficile, sans trop de casse.

Modibo Sidibé a joué à l’équilibriste. Reconnu comme homme de dossier, docte et intelligent, il s’est échiné à cacher tout cela, à cause d’un environnement qui ne voit pas ses faits en valeurs…

Par ailleurs, le gouvernement dont il a la charge est loin d’être un groupe uni et homogène. Il y a ceux qui se réclament de lui, les « ministres citoyens et les ministres PDES » qui affirment fièrement ne rendre compte qu’au président et tous les tirs au flanc tapis à Koulouba et qui font tout pour saper l’action du gouvernement.

Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’avoir le compte-rendu du conseil des ministres de ceux qui y ont participé, et les détails. Son gouvernement ignore superbement ce que signifie la notion de solidarité gouvernementale. Loin d’être une excuse qu’on lui trouverait, ce préalable permet de comprendre et d’expliquer beaucoup de ratages du gouvernement.


« L’Initiative riz » en exemple

A l’actif de Modibo Sidibé, on peut citer : la gestion des crises scolaires et universitaires ; des crises syndicales et céréalières. Dès son arrivée, la crise scolaire que Pinochet avait jugulée refaisait surface. Il y a vite trouvé une solution et, malgré tout, les examens ont pu avoir lieu, les enseignants ayant mis de l’eau dans leur vin. Le Forum national sur l’éducation qui n’avait pas, au départ, l’assentiment de tous les acteurs ( la Coses menaçait de le boycotter), a fini par remporter l’adhésion de tout le monde.

Avec la signature d’un protocole, l’UNTM a fini par renoncer à des grèves. Mais, le plus gros « chantier » a été la vie chère. Si l’on doit compter les « manœuvres », le gouvernement a réussi à faire en sorte qu’au Mali, les braves citoyens ne battent pas le pavé comme on l’a vu ailleurs. En plus, le gouvernement a pu faire en sorte que les hausses soient amorties. On ne peut pas franchement parler d’une réussite pour ce qui concerne les exonérations ou les magasins témoins, mais le côté bénéfique a été… « l’Initiative riz ».

Modibo Sidibé, homme de dossier, pratique et pragmatique (comme on l’a connu lors de sa vie publique de 1992 à 2002), a posé avec cette initiative un acte qui l’oblige à se dévoiler. Avec cette initiative, il joue son avenir. En effet, le projet qui se présente plus comme un appel à repenser notre système de production présente un grand défi. Le jugement tient moins au résultat prévu (1,5 million de tonne en saison et contre-saison) qu’à l’adhésion populaire. Et, visiblement, avec le débat suscité, la démultiplication dans la sous-région, cet aspect est concluant.

« Notre ambition va au-delà de la réduction de la pauvreté. Il s’agit par des choix pertinents de forcer le destin du Mali et d’en faire un pays émergent » , affirmait-il devant les députés, le 14 décembre 2007, lors de sa Déclaration de politique générale (DPG).

Dans cette même DPG, il se proposait de mettre l’accent sur des aspects comme la restauration dans l’administration, et le respect « des valeurs de base », le respect du bien public, la rigueur et la probité ; la responsabilisation des cadres, afin qu’ils exercent les pouvoirs qui leur sont impartis, avoir le souci de leurs carrières, de leurs résultats et mérites dans l’équité et la justice.

Si un an après, il est trop tôt pour tirer un bilan définitif, il faut quand même reconnaître que malgré le silence pesant, malgré les querelles de palais qui débordent, Modibo Sidibé tient sa ligne.

Alexis Kalambry

29 Septembre 2008