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amed.jpgLes informations de l’AFP, abondamment relayées par RFI, dans ses bulletins successifs de samedi 26 avril, et impliquant le ministre de l’Energie, Hamed Sow, dans « une fraude présumée » à l’époque où il était Directeur Général du Centre de développement des entreprises (CDE) à Bruxelles, sont fausses, fantaisistes et dénuées de tout fondement. Elles participent à une vulgaire entreprise de vengeance personnelle et n’ont d’autre objet que de nuire à sa personne.

C’est le point de vue développé par l’intéressé, qui insiste sur deux points dans l’entretien que nous avons eu avec lui le même samedi. Primo : il n’y a jamais eu de prêt du CDE à FITINA (ce n’est pas sa vocation) mais des dons pour couvrir des études de faisabilité et l’assistance technique. Ceux-ci ont totalisé la modique somme de 75 250 euros, soit moins de 50 millions de F CFA et non les 720 000 euros abusivement annoncés, entre 2001 et 2003, période où il n’était pas encore Directeur Général de l’institution.

Secundo : s’agissant des 3,7 millions d’euros prêtés par la BEI à FITINA, Hamed Sow ne pouvait pas les avoir favorisés n’étant ni de près ni de loin lié à la gestion de cet établissement. En tout état de cause, c’est sur la base d’une double expertise menée par un Cabinet allemand et un autre américain, que la banque a financé l’achat des équipements. Elle est donc seule comptable de ses faiblesses de gestion, à supposer qu’il y en ait une.

Courte queue se paie par courte queue, dit l’adage. Du temps où il était Dr Général du Centre de Développement des Entreprises (CDE) le Directeur Hamed Sow, qui s’était fixé un objectif de moderniser cette institution issue de l’Accord de Cotonou, à vocation de soutenir les efforts d’industrialisation des Etats ACP grâce à l’appui de l’Union européenne, avait relevé de son poste de Chef du Département informatique Terry Batterby, pour contre performance avérée. Mais on ne s’attaque pas impunément à un Sujet de Sa Gracieuse Majesté la Reine d’Angleterre, surtout lorsqu’on est un ressortissant d’un Etat sahélien, classé parmi les plus pauvres du monde et j’en passe…

Sir Batterby – c’est son droit – avait lancé une contre-offensive, épuisant l’une après l’autre toutes les voies de recours, administrative et juridique, prévues par les statuts et le règlement intérieur du CDE pour se maintenir à son poste. En vain. Pour finir, il a actionné l’ultime levier encore disponible : l’ouverture d’une enquête de l’Office de lutte anti-fraude (OLAF) sur la gestion du CDE par Hamed Sow, qu’il accuse d’avoir utilisé ses fonctions directoriales pour obtenir des aides financières massives en faveur de certaines entreprises sénégalaises et maliennes – dont FITINA – dans lesquelles il détiendrait des intérêts personnels. C’est cette pratique qui est désignée sous le vocable de  »conflit d’intérêts ».

L’OLAF a déposé son rapport d’enquête le 11 avril dernier. Il est frappé du sceau de la confidentialité, ce qui peut expliquer nos tentatives infructueuses de nous en procurer une copie. Nos multiples recherches sur le site de l’OLAF même, de la Commission européenne, de la Banque européenne d’investissement (BEI) n’ont, en effet, rien donné. Alors question : pourquoi tant de précaution à le rendre si peu visible s’il est aussi accablant pour notre compatriote, comme on s’évertue à le seriner à l’opinion internationale ?

Hamed Sow, avec qui nous nous sommes entretenus au téléphone, le même samedi 26 avril, est catégorique. De ce qu’il sait de ce rapport, il ne met nullement en cause sa gestion du CDE. Aucun grief, de quelque nature que ce soit, n’est porté contre les actes qu’il a posés durant les deux années et demie qu’il a passées (janvier 2005-juillet 2007) à la tête de l’institution. L’unique passage où allusion est faite de son personnage serait ainsi libellé :  »Tout au plus, il pourrait y avoir un conflit d’intérêts par le truchement de proches qui auraient pris des actions dans FITINA, une entreprise de filature bénéficiaire de subsides du CDE ».

Comme tout cela est prudemment, précautionneusement énoncé avec usage surabondant du conditionnel et ce style ampoulé à souhait ! Comme si l’on voulait marcher sur des œufs, mais sans les casser. Mais qu’à cela ne tienne ! Ces quelques lignes évasives sont largement suffisantes pour Sir Terry Batterby pour entraîner son ex-patron, qui lui a fait perdre un job lucratif, dans sa chute. Avec le concours d’un très respecté membre de la Chambre des Lords, dont l’influence, dit-on, s’exercerait loin au-delà des frontières du Royaume uni de Grande Bretagne, une opération de lobbying de grande ampleur est lancée en direction des institutions européennes, particulièrement la Commission et la BEI. Objectif : les amener à se démarquer de la gestion de Hamed Sow.

C’est ce qui a été fait le vendredi 25 avril et l’opération, pour bénéficier d’un large écho en Europe et dans les Etats ACP, a reçu la bienveillante complicité de l’AFP et de sa caisse de résonance RFI, deux organes parapublics français dont on connaît la démesure et l’outrance chaque fois que l’Afrique est concernée. Mais cette fois, ils ont eu tout faux ainsi que le confirme l’analyse de la dépêche de l’AFP datée du 25 avril et exploitée, toutes les trente minutes par RFI, aux premières heures du samedi 26 avril.

Faux, lorsque la dépêche de l’AFP évoque, dès le chapeau  »une affaire de fraude présumée impliquant le ministre malien de l’Energie, Hamed Sow ». A notre connaissance et jusqu’à plus ample informé (et nous n’avons aucune raison de croire plus en l’écrit de l’AFP qu’en la parole de Hamed Sow) le mot  »fraude » n’apparaît nulle part dans le rapport de l’OLAF et Hamed Sow n’est nullement mis en cause, surtout pas de façon péremptoire et explicite comme nous l’avons vu.

La dépêche de l’AFP écrit ceci :  »La BEI…avait accordé, fin 2001, un prêt à FITINA pour l’achat d’équipement pour la filature de coton à Bamako. Mais FITINA est soupçonnée par l’OLAF d’avoir acheté des machines moins chères à une société en France pour empocher la différence ». Nous avons enquêté à Bamako, auprès de FITINA, pour découvrir que l’affaire ne s’est pas déroulée aussi simplement.

Les équipements de FITINA ont été acquis après une double expertise menée par les Cabinets ARPHI Sarl, au 20 route de Luttenbach, BP 38 F.68140 MUNSTER (Allemagne) et le Cabinet LOWEL GLOBAL HLD 6000 Fairview Road, Suite 1200 Charlotte NC 28210 USA. C’est sur la base de cette double expertise et avec son plein aval que la BEI a financé l’opération. Une banque aussi sérieuse que la BEI peut-elle débourser 3,7 millions d’euros sans suivre, de bout en bout, l’usage qui en a été fait? Et attendre sept ans pour se rendre compte que les équipements n’ont pas été acquis au montant décaissé ? Voilà qui va écorcher son image.

Mais il y a plus grave : l’AFP écrit que  »M. Sow est soupçonné d’avoir favorisé les prêts à FITINA, société dans laquelle il avait des intérêts… »

Réponse de Hamed Sow :  »C’est me faire trop d’honneurs que de croire, un seul instant, que j’ai pu, à travers les fonctions que j’ai assumées au CDE, influencer la BEI pour prêter de l’argent à une entreprise malienne. J’ai toujours cru que partout au monde les prêts étaient accordés aux clients par un comité de crédits après étude scrupuleuse des dossiers. C’est à la limite une insulte pour la BEI d’annoncer qu’elle peut accorder des prêts sous des pressions extérieures ».

Faux encore, lorsque l’AFP écrit:  »M. Sow a démissionné en 2007 de son poste de Directeur Général du CDE, après l’ouverture d’une enquête de l’OLAF ».

La réalité est que M. Sow a démissionné de son poste en juin 2007, avec toutes les félicitations du Conseil d’administration pour le travail remarquable de modernisation qu’il y a notamment accompli (voir texte intégral du communiqué officiel de CA du CDE dans L’Indépendant n°1940 du lundi 21 avril) et que l’enquête de l’OLAF sur sa gestion a commencé seulement en septembre 2007, soit trois mois plus tard. Et ce n’est qu’en décembre suivant que les limiers de l’OLAF ont entamé leurs investigations au Mali, pour ne découvrir rien de substantiel.

Mais le plus dur, pour la crédibilité de l’AFP et de sa sœur jumelle RFI, reste à venir. Voici ce que l’une et l’autre annoncent:  »Quant à la Commission européenne qui a aidé FITINA via le CDE, elle estime à environ 720 000 euros les montants accordés par ce biais dont seulement une partie a été payée… »

Réponse du Dr Sow :  »le CDE n’accorde jamais de prêt, mais des subventions qui ne sont jamais supérieures à 300 000 euros ». Même sur une période de dix ans, a-t-il tenu à nous préciser.


Dans le cas de FITINA, nous avons les bons chiffres. Les voici
:

– Le 16 janvier 2001, deux virements ont été effectués par le CDE dans le compte de FITINA pour  »assistance technique » d’un montant de 13 500 euros et 6 500 euros.

– Le 19 septembre 2003, FITINA a reçu du CDE 36 750 euros pour le financement de l’étude de faisabilité d’une unité d’emballage.

– Enfin, le 17 décembre 2003, l’entreprise a reçu du CDE 18 500 euros au titre de l’assistance technique.

Au total, ce sont donc 75 250 euros qui ont été donnés – c’est le cas de l’écrire – par le CDE à FITINA. On est bien loin des 720 000 euros pompeusement et abusivement annoncés par RFI dans ses bulletins successifs du samedi 26 avril 2008.

Au surplus, quand ces dons étaient faits, Hamed Sow n’était pas encore Directeur Général du CDE, mais un modeste fonctionnaire sans influence. Il ne deviendra le patron dont la voix compte qu’en janvier 2005, trois ans après les faits.

Moralité : ni la BEI, dont il n’a jamais participé aux instances de décision et qu’il ne pouvait influencer d’aucune manière, ni la Commission européenne, induite en erreur pour moins de 50 malheureux millions de F CFA, n’ont de grief sérieux contre Hamed Sow. Ces deux honorables institutions gagneraient donc, pour préserver leur réputation, à abandonner Sir Terry Batterby à ses obsessions vengeresses pour emploi perdu et s’atteler à plus important : la bonne marche de coopération entre le Mali et l’UE.

Saouti Labass HAIDARA

28 avril 2008