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L’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), à travers son président Me Brahima Koné, condamne sans réserve les massacres de la population civile guinéenne qui ne fait que réclamer ses droits les plus fondamentaux. « Le peuple guinéen a assez subi les dérives du président Conté et de son clan », explique-t-il.

Pour le président de l’AMDH, l’heure Conté est révolue, car « le signe précurseur de la fin du régime en Guinée est la révolte des jeunes, qui, au regard des expériences, est un phénomène fatal pour un pouvoir ».

A l’AMDH, on considère que les agissements regrettables du pouvoir de Conakry pouvaient être évités si le président avait appliqué à la lettre les termes de l’accord avec l’Intersyndical. « Tout ce que les Guinéens réclament aujourd’hui, c’est le changement ».

Me Koné déplore le mutisme des Etats africains qui ne font, juge-t-il, rien pour arrêter les massacres de Conté et de son clan. « Il appartient aux Etats africains de prendre leurs responsabilités et de se donner la main pour rapidement envoyer des troupes de maintien de l’ordre », suggère-t-il.

L’exemple malien prôné

A la Convention des Guinéens vivant au Mali (CGVM), le ton est encore plus dur. Là-bas, on est déterminé à lutter pour le changement et le renversement du régime du général Lansana Conté. Lancinet Sangaré, chargé à la communication de la CGVM, considère que les événements de janvier-mars 1991, qui ont ouvert la voie de la liberté et de la démocratie au Mali, devraient inspirer les Guinéens. « Toutes les couches sociales sont mobilisées pour renverser la tendance en Guinée. Seuls les jeunes et les femmes pourront conduire cette révolution ».

De l’avis de M. Sangaré, l’état de siège décrété par le président Conté le lundi 12 février n’est que « la continuation de la folie d’un président amnésique ». Mais « le peuple de Guinée ne va pas céder à la pression et au harcèlement », avertit-il.

M. Sangaré a salué l’initiative de l’Association démocratie et justice (ADJ), qui a organisé une marche de protestation et de soutien au peuple frère de Guinée, le samedi 10 février 2007. D’autres initiatives de la CGVM, tendant à informer l’opinion publique internationale de la crise en Guinée, sont à l’étude.

Amadou Waïgalo

Des Bamakois réagissent

M. Touré (membre d’un parti politique) :

« Les forces politiques guinéennes sont pratiquement à l’écart du mouvement. C’est surtout cela qui pose problème car, à mon avis, les complices du régime Conté sont les Guinéens eux-mêmes et notamment les politiques. Mais, il y a combien de Conté en Afrique ? Depuis le début des événements, avez-vous entendu une seule fois une déclaration de l’Elysée ou d’un Etat africain quelconque ? C’est pour vous dire que les responsabilités relèvent d’un système mafieux qui dépasse le peuple frère de Guinée ».

Mamadou Sidibé (fonctionnaire) :

« Les Guinéens ont une fois encore l’occasion d’écrire une page de leur histoire, après que le président ait été, auparavant, arrêté et relâché pour des motifs que j’ignore. L’état de siège décrété par le général Conté est une occasion pour une armée républicaine, soucieuse de la protection des populations, de faire un coup d’Etat. J’espère, pour les Guinéens, qu’une initiative allant dans ce sens permettra de décanter la situation. Sinon, Conté est prêt à tout pour se maintenir ».

Souleymane Sylla (étudiant) :

« La situation en Guinée est regrettable, mais un régime en déclin a tout simplement besoin d’un coup de pouce pour mourir. Donc, les Guinéens ont intérêt à ne pas baisser les bras. Il est évident qu’il y aura d’autres morts et blessés, mais la liberté est au bout du tunnel. De toutes les façons, un pouvoir n’existe pas sans un peuple. Conté est plutôt digne d’un roi des siècles passés et non un chef d’Etat moderne, ouvert au dialogue et au partage du pouvoir ».


Propos recueillis par A. W.

14 fev 2007.