Partager

Le plus récent et plus illustrateur est le non rapatriement du corps de Sega Sissoko, sauvagement tué en Espagne, à la veille de la Tabaski par deux jeunes brigands marocains.

Pour mieux éclairer les maliens sur la situation de nos compatriotes, notre rédaction a approché les responsables du Conseil des maliens de l’Espagne, qui viennent de participer aux assises du congrès ordinaire des maliens de l’extérieur. C’était du 13 au 16 février 2009, au Centre international de conférence de Bamako. Il s’agit de Moussa Sidibé président du Conseil des maliens de l’Espagne, Abdoulaye Sissoko secrétaire général, Cheick Diarra secrétaire à l’information et de Tata Kéîta trésorier.

Sans consulat pour s’occuper de leurs problèmes surtout administratifs, plus de 20.000 maliens vivent en Espagne. Ils sont confrontés à la délivrance du passeport, de la carte d’identité et de la simple légalisation de leurs papiers.

L’assassinat du jeune Séga

Ce crime horrible a profondément touché les maliens. Parce que les autorités n’ont pas appuyé les démarches du Conseil des maliens de l’Espagne, dont le président Moussa Sidibé explique comment le jeune Sissoko a été froidement poignardé. « Venu en Espagne, Séga a eu la chance de trouver vite un travail. Il a fait deux ans et deux mois avec son employeur, dans une entreprise de construction. A la veille de la Tabaski, les maliens ont cotisé pour fêter ensemble. Séga et d’autres personnes étaient chargés d’aller payer les nécessaires. En cours de route, Séga est rentré dans une cabine pour appeler et saluer ses parents au Mali. Aussitôt sorti de cabine pour rejoindre ses compatriotes, deux brigands marocains lui ont barré le chemin en demandant à ce qu’il leur donne de l’argent. Il leur a dit qu’il n’en a pas. Les deux marocains ont commencé à le bousculer puis le fouiller. Ensuite, l’un s’est posté dernier lui pour le poignarder, avant que ses compagnons maliens n’interviennent. C’est comme ça que le jeune Séga Sissoko est mort ».

Ne sachant pas que l’africain qui a été assassiné était un malien, les journalistes espagnols ont voulu savoir davantage. Car, ils sont au courant que le Conseil des maliens de l’Espagne est toujours mobilisé, pour tout problème touchant un africain en Espagne pas seulement les maliens. C’est d’ailleurs pourquoi, selon Moussa Sidibé président du Conseil des maliens de l’Espagne, les autres frères africains se sont solidarisés avec eux pour la suite du combat. Certains d’entre eux ont même été arrêtés, lors des actions qu’ils menées en vue de demander plus de justice. « On a lutté pour qu’ils couvrent la liberté. Je peux dire qu’on n’est pas du tout protégé en Espagne par notre consul. Notre association peut aider dans le cadre du social, mais pas pour les problèmes administratifs qui relèvent uniquement de la compétence des autorités.

Après, j’ai appelé Souleymane Traoré chargé des affaires des maliens de l’Espagne, également 3è conseiller à l’ambassade du Mali à Paris pour lui informer. Ensuite, quelqu’un est venu en Espagne pour s’enquérir de la situation puis rien. Le hic c’est que le Conseil des maliens de l’Espagne composé d’une douzaine d’associations de toutes les régions du Mali, a tout fait pour que les droits du défunt Séga soient réclamés et que son corps soit rapatrié. Mais, les autorités consulaires ont gardé le silence radio sur l’affaire. Pour rapatrier son corps il faut 5.000 euros. Faute de quoi, il sera brûlé pour le mettre dans une bouteille ».

Quant à Abdoulaye Sissoko, président des maliens de Saragosse (Espagne) secrétaire général du Conseil des maliens de l’Espagne, il revient sur les difficultés administratives. « Au niveau du consul honoraire il n’y a pas du tout de satisfaction. Aujourd’hui, pour se faire un passeport, il faut débourser 170 euros soit plus de 100.000 CFA. Et pour légaliser un document il faut souvent attendre 3 mois. Nous pensons que le consul du Mali en France aggrave plutôt nos difficultés, qu’il n’en résout. En outre, il est en train de semer la division entre nous (dirigeants et les maliens de l’Espagne). Vraiment, il ne joue pas son rôle, il n’est jamais sur place. On veut un consulat du Mali en Espagne ».

Cheick Diarra secrétaire à l’information du Conseil des maliens de l’Espagne : « Nous demandons ce qui nous revient de droit. Nous partons du principe de la décentralisation qui veut que les administrés soient rapprochés de l’administration. Beaucoup d’autres maliens ont besoin des documents. Nous avons des tas de problèmes avec le consul honoraire qui ne répond pas à nos attentes. On n’est pas supérieur par rapport aux autres maliens, nous réclamons juste ce qui a été fait aux autres comme nos compatriotes vivant en France. Nous voulons qu’on nous mette dans nos droits. Depuis Paris, on ne peut pas nous gérer, cela pose beaucoup de problèmes. On ne peut laisser son travail pour aller chercher son passeport. Aussi, le coût qu’on paye au consul honoraire est très exorbitant.

Par ailleurs, si on fait des passeports au niveau du Mali, à l’entrée de l’Espagne la police nous fatigue. Elle estime que ce document ne doit pas être délivré au Mali, mais plutôt par une représentation diplomatique du pays en Europe. Particulièrement, celle implantée en France territorialement compétente. Tout le monde se plaigne de cet état de fait, mais rien n’a été fait ».

Pour sa part, Tata Kéïta le trésorier du Conseil des maliens de l’Espagne s’est appesanti sur le cas du casier judiciaire. « Il y a énormément de problèmes, je veux souligner seulement le cas du casier judiciaire. Pour légaliser nos casiers judicaires, il faut attendre souvent trois mois, un délai correspondant à la durée de sa validité. On est obligé de reprendre et de reprendre sans solution. Je demande à nos autorités de songer à résoudre ce problème, sinon ça ne va pas du tout ».

Face à cette situation qui prévaut en Espagne, un doigt accusateur est pointé sur le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Moctar Ouane. Pour la simple raison que les nominations au niveau des ambassades et consulats, relèvent de sa compétence. Les maliens de l’Espagne ne veulent pas de consul marchand appelé aussi consul honoraire, mais un consul de carrière qui connait la portée de sa mission. Celle qui n’est nullement politique, mais plutôt administrative. Un consul a pour fonction notamment de protéger les intérêts de l’Etat et ceux de ses ressortissants, la délivrance de passeports, des titres de voyages etc.

Ahmadou Maïga

Le Guido

03 mars 2009