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Pendant que d’autres soldats montent en force, assistés des forces internationales, pour assurer la stabilité dans les régions du Nord, des militaires indisciplinés s’amusent à gaspiller les munitions à des fins inutiles. Ces petits mutins n’ont-ils pas raison de demander d’être récompensés de la même manière que leurs complices dans un Mali où le crime est souvent gratifié ?

Le truculent capitaine désormais général pittoresque et sa clique de soldats mal dressés se sont donnés encore en spectacle, lundi dernier. En effet, la soldatesque, avec à sa tête le capitaine Konaré, aurait subitement, pour une histoire de grades, décidé d’en finir avec le nouveau général. Victimes, selon eux, d’une injustice dans un système totalement tordu, plusieurs des putschistes amateurs du 22 mars dernier n’ont pas apprécié de constater qu’au ministère de la Défense, leurs noms auraient été retirés à la dernière minute d’une liste de bénéficiaires de promotions annuelles prévues pour le 22 septembre. Une semaine après, lundi 30 septembre, à Kati, le siège du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité (Cmsrfds) est pris d’assaut par un groupe d’une trentaine de sous-officiers enragés. Il est presque 10 heures, lorsque trois militaires lourdement armés font irruption devant la porte principale du comité et ouvrent un feu de rafales de mitrailleuse. Sauve qui peut! Le colonel Mohamed El Habib Diallo, qui assure l’intérim à la tête du Cmsrfds, et qui se trouvait à ce moment dans la cour en discussion avec des vendeurs de véhicules d’occasion, court rapidement vers son bureau.

Les trois assaillants investissent le siège du comité et foncent directement vers le bureau du colonel Diallo. Selon le témoignage d’un des vendeurs de voitures d’occasion présents à Kati au moment des faits, «deux complices sortirent du local qui sert d’entrepôt et rejoignirent les trois autres assaillants dans le bureau du colonel Diallo, qui est contraint de les suivre dehors. Pendant qu’il tente de prendre la fuite, un autre qui ne faisait pas partie des soldats assaillants lui tire dans les jambes avec un pistolet, le blessant avant de l’emmener dans un endroit tenu secret du poste de commandement». Ces faits sont fort dégradants, voire honteux. Cependant, ces sous-officiers, qui n’ont aucune déontologie militaire, même dans ces conditions de médiocrité et d’injustice flagrante, ne doivent pas être les seuls à être blâmés dans la mesure où les autorités de la transition sont allées au bout de leur logique : faire l’apologie du crime en nommant Sanogo président d’un comité de haute importance, en le bombardant général quatre étoiles. Tout est parti de là. Il n’y a quasiment rien d’étonnant à voir le reste de la bande de Sanogo demander sa part de récompense.

Sanogo ne se gêne pas de porter ce galon de général qu’il ne mérite aucunement. En effet, en sa qualité de soldat butor, il ne manquait pas de brailler que 70% du putsch était pour la cause du Nord, 30% pour la lutte contre la corruption, le redressement de l’Etat, de l’éducation et patati patata… Pourtant, lui et ses camarades n’ont jamais osé monter au front pour ramener la paix et la sécurité. Au contraire, les mutins ne se gêneront pas pour troubler la quiétude des habitants de Kati et de Bamako avec un impressionnant arsenal militaire, que le gouvernement laisse à leur portée malgré la dissolution de leur comité, uniquement pour obtenir des grades. En clair, dans cette histoire de troubles au camp militaire de Kati, les sous-officiers indisciplinés sont loin d’être les seuls fautifs.

D’abord, le Président intérimaire, Dioncounda Traoré, n’a pas rendu service au Mali en nommant Sanogo général. Au contraire, il a préposé une sorte de haute trahison envers l’Etat, en couvrant d’or celui qui a commis un acte jugé de crime imprescriptible par la Constitution. En effet, nous ne sommes pas loin du crime de haute trahison, lorsque les responsables chargés de gérer les affaires publiques ne sont captivés que par l’esprit du privilège, la volonté de se servir de l’Etat au lieu de le servir en s’octroyant, dans la totale démesure, des avantages au grand détriment du peuple désabusé. Ensuite, dans ces conditions, l’actuel président, IBK, faute de ne pas pouvoir dégrader Sanogo, ne doit pas céder aux caprices insensés de mutins.

Rokia DIABATE

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Kati de nouveau sous la terreur : pourquoi IBK doit sévir

Cette ville garnison, située à environ 15 kilomètres de Bamako, a été de nouveau le théâtre de manifestations militaires, obligeant le président Ibrahim Boubacar Keita à rentrer plus tôt que prévu de sa visite en France.

Ce lundi 30 septembre 2013, de nombreux Bamakois étaient de nouveau en alerte, choqués par la recrudescence de la violence qui avait repris au camp Soundiata Keita de Kati. En effet, des soldats mécontents, des dizaines selon nos sources, y ont semé la terreur en procédant, depuis le matin jusque tard dans l’après-midi, à des tirs en l’air (PM et FM). Selon nos informations, ces éléments, qui seraient proches du Capitaine Amadou Konaré et du Colonel Youssouf Traoré (deux figures de proue de l’ex-Cnrdre), estimeraient avoir été délibérément écartés de la liste des militaires qui ont récemment bénéficié de promotion exceptionnelle, alors qu’ils auraient participé aux évènements de mars 2012.

Dans leur furie, les militaires mécontents enlèvent et séquestrent le Colonel Mohamed Cheick El Habib Diallo, ancien Secrétaire particulier du patron de l’ex-junte, en l’occurrence le Général Amadou Haya Sanogo, alors capitaine. Le Colonel Diallo, qui aurait pris des balles au niveau du genou et de la cheville, lors de ces évènements, est accusé d’être, en complicité avec l’ex-président du Comité militaire de réforme des forces de défense et de sécurité, à l’origine du «malheur» des «mutins» qui entendraient avoir eux aussi leur part du «gâteau».

Pendant ce temps, le chef de l’Etat était en visite en France, après son séjour de New York où il avait pris part, quelques jours auparavant, à la 68ème session ordinaire de l’assemblée générale des Nations Unies. Ibrahim Boubacar Keita a dû rentrer précipitamment à Bamako, le 1er octobre, abrégeant ainsi son séjour français, initialement prévu du 29 septembre au 3 octobre.
Le même jour, les militaires révoltés avaient été reçus par le ministre en charge de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga, qui aurait réussi à baisser les ardeurs de la fronde. Mieux, le ministre de la Défense et des Anciens combattants, rapportent nos sources, a obtenu la libération et l’admission du Colonel Diallo à l’hôpital militaire de Kati. Toutefois, SBM n’aurait pas, pour le moment, pris d’autres engagements allant dans le sens de la satisfaction des doléances des «mutins».

Voilà qui vient tomber, tel un cheveu dans la soupe, dans le plat du processus de réconciliation nationale que le gouvernement, conformément au vœu du président IBK, a priorisé depuis sa prise de fonction, il y a quelques semaines. En effet, l’incident du dimanche 29 septembre est d’autant inadmissible qu’il vient ainsi saper les efforts que les nouvelles autorités posent de manière presque quotidienne pour recoudre le tissu social malien et permettre notre vivre-ensemble. En témoigne la récente réception par IBK des responsables des trois groupes armés ainsi que la vague de libération de présumés terroristes. Pire, ces nouveaux troubles entament le moral de nombre de nos compatriotes qui fondent un réel espoir en les nouvelles autorités pour amener l’ensemble des Maliens à ne parler que d’une seule voix, et faire face aux projets de développement. Mais quelque soit sa détermination, Ibrahim Boubacar Keita pourrait difficilement réaliser ce vœu s’il ne tient pas une démarche ferme face à de tels comportements récurrents des «meneurs» du coup d’Etat du 22 mars 2012.

Car les récents évènements intervenus à Kati peuvent s’expliquer en partie par la mollesse du pouvoir de transition qui s’est non seulement caractérisé par son laxisme dans la gestion des différentes crises traversées par la grande muette depuis le contre coup d’Etat du 30 avril 2012, mais surtout par leur inconséquence en se montrant bien trop généreux dans l’octroi des grades. Lui IBK, qui n’entend pas se faire «bousculer» ou «trimbaler» dans la gestion du dossier de la réconciliation qui lui est tant cher, se doit de crever l’abcès en prenant cette fois-ci les décisions qui s’imposent afin de dissuader d’éventuels fauteurs de troubles. C’est à ce prix qu’on pourra espérer mettre un coup d’arrêt à ces manquements qui, non seulement ternissent l’image de notre pays, mais, bien pire, compromettent le processus de la réconciliation nationale, surtout quand on sait que ces actes sont le fait de ceux-là mêmes qui sont censés être des acteurs clé de ce processus.

Il est d’autant souhaitable qu’il sévisse. Lors de la cérémonie de son investiture, le 4 septembre dernier, il a promis que nul, sous son règne, ne saurait être au dessus de la loi. Tiendra-t-il parole ?
En tout cas, beaucoup de nos compatriotes saluent déjà le langage de la fermeté que le président de la République tient dans la gestion de la question du Nord et veulent bien que cette fermeté prévale face aux évènements récents de Kati. Il faut d’ores et déjà dire que les propos du président de la République depuis Paris présagent la rigueur qu’on attend de lui dans ce dossier. «Chacun sera obligé de savoir raison garder, Inch’Allah», avait-il dit au micro de l’Ortm, tout en rappelant que la recréation était déjà terminée.

Bakary SOGODOGO

Le Prétoire du 3 Octobre 2013