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briques.jpgN’ayant pas les moyens pour construire en ciment, notre planton résolut de construire en « banco ». Pour cela il fallait trouver un ouvrier pour la confection des briques.

Salfo venait de « jeter un caillou » sur Boulsa son village natal. En effet, Salfo venait de retirer à son frère, sa charmante et coquette jeune épouse par la plus mauvaise des manières, en lui faisant une cour assidue. Ce qui constitue un interdit dans le village. Pour cette raison, les anciens l’avaient banni de la famille. C’est ce qui l’avait contraint à rejoindre Ouagadougou avec sa complice sur la route de la Côte d’Ivoire.

Une fois arrivé à Ouagadougou, il fit la connaissance du vieux Boubacar qui lui proposa la confection de ses briques en contrepartie d’une rémunération financière. En plus, le vieux Boubacar lui donna une maison inoccupée non loin de sa concession. Le vieux Boubacar ignorait tout du passé de cet individu aux comportements hors normes.

Salfo occupa la maison avec sa complice. Salfo galvanisé par le désir de gagner de l’argent exécuta rapidement son contrat. Depuis son arrivée, Salfo ne s’est pas fait prier pour se familiariser avec la famille du vieux Boubacar. Il avait réussi à obtenir la confiance du vieux qui, à la fin du contrat des briques, lui proposa de rester chez lui autant qu’il voudra.

Le vieux planton avait prit tout en charge. Salfo et sa complice mangeaient et buvaient à leur faim, s’habillaient, dormaient chez le vieux Boubacar qui le considérait comme un des membres de sa famille. Tout allait bien pour le bonheur du vieux Boubacar. Mais comme le dit un proverbe bien connu de chez nous « Le bout de bois a beau séjourné dans l’eau, il ne deviendra jamais un caïman ».

Salfo décida de faire connaître son vrai visage. Comme il fallait s’y attendre, un jour le vieux Boubacar voulut mettre des tôles sur la toiture de sa maison qu’il avait construite. Et n’ayant pas les moyens, il décida d’acheter des tôles de secondes mains. Salfo proposa d’aider le Boubacar sous prétexte qu’il connaissait un commerçant qui vendait des tôles de secondes mains et qu’il pouvait les lui céder à un bon prix.

Galvanisé par la confiance qu’il avait en Salfo, notre pauvre planton lui remit 50 000 FCFA, l’équivalent du prix des tôles. Il le fit accompagner par l’un de ses fils pour le transport. Pour Salfo, cet argent était une manne tombée du ciel qui lui permettra d’effectuer son voyage au pays de Laurent Gbagbo.

Il fallait trouver un moyen pour tromper le fiston du vieux qui le suivait. Pour cela il le conduisit dans plusieurs concessions à la Patte d’Oie avant de lui présenter un homme comme le vendeur des tôles mais les tôles n’étaient pas encore arrivées et qu’il fallait revenir demain.

Revenu à la maison, devant la porte d’entrée du vieux Boubacar, Salfo raconta au fiston qu’il fallait rentrer chez lui voir sa femme avant de revenir voir le vieux.

Après avoir attendu en vain, notre pauvre planton se résolut à aller le chercher dans la maison située à quelques mètres de sa cour. Il trouva la maison vide. Salfo avait disparu avec les 50 000 FCFA.

Doit-on, face à des individus aussi ingrats, renoncer à persévérer dans le bien et la charité envers autrui ?


Kibsa KARIM | L’Hebdo

aout 2007