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La seule chose qui vaille la peine d’être retenue de la conférence de presse de Dioncounda Traoré, président de l’Alliance pour le recul de la démocratie au Mali, est l’assurance qu’il donne qu’ATT ne briguera pas un troisième mandat. En effet, une telle éventualité fait dresser les cheveux sur la tête des politiciens de tous bords qui ont peur qu’un roitelet ne s’incruste indéfiniment à son poste et fait se soulever d’indignation tout un peuple convaincu que le pouvoir n’est pas de droit divin.

On en voit la triste illustration au Cameroun où le dictateur Paul Biya tente contre vents et marées de s’introniser président à vie comme l’ont fait naguère Papa Bok en Centrafrique et Kamuzu Banda au Malawi.

Apparemment, les événements dramatiques survenus récemment au Kenya après des élections bâclées n’ont pas suffi à atténuer la soif inextinguible du pouvoir chez nos dirigeants.

Déjà soupçonné de chercher un stratagème pour se maintenir à Koulouba, ATT ne peut que semer le doute dans les esprits en mettant sur pied une Commission chargée de réviser les textes de la Constitution sous le prétexte de faire avancer la démocratie.

Il y a effectivement matière à réflexion, eu égard aux fraudes massives qui ont émaillé les différentes élections au Mali. En fait, depuis l’avènement de la démocratie, il n’y a eu qu’une seule élection propre dans notre pays, celle de 1992.

Chat échaudé craint l’eau froide. Les 23 ans de dictature du général Moussa Traoré ont aiguisé la conscience politique du peuple malien qui ne veut plus qu’un tyranneau s’installe à ses portes. Il est fort possible qu’ATT veuille sortir par la grande porte de l’histoire en se faisant passer comme l’artisan de l’assainissement des mœurs politiques au Mali.

Mais l’appétit vient en mangeant, le pouvoir tour à tour grise et enivre et, selon Montesquieu, il corrompt absolument. Au demeurant, qui peut deviner que derrière le sourire de l’ange se cache la bête immonde ?

Que vaut la parole de Dioncounda face à la toute puissance du général ? On l’aurait peut-être cru s’il n’avait pas fait la courbette à la tête de quarante-trois partis qui se sont retrouvés dans un assemblage hétéroclite tristement appelé « Alliance pour le recul de la démocratie au Mali » dont la première motivation était le partage du gâteau républicain.

Et comme le gâteau a été mal partagé, mécontents et à défaut de le faire savoir pour ne pas heurter la conscience du maître, les membres de cette alliance étaient entrés comme des grenouilles dans une profonde hibernation.

Ils viennent de ressusciter, comme par miracle, pour faire croire à l’opinion qu’ils battent encore le haut du pavé. Pour cela, ils ont dû faire violence sur eux-mêmes pour taire leurs nombreuses récriminations contre le chef suprême.

Cependant tout le monde a droit à la politique spectacle sauf Dioncounda Traoré, lui qui se bombe la poitrine en disant qu’il est à la tête de la première force politique du pays. Une force qu’il avait pourtant mise sous le boisseau en se mettant au service exclusif d’un seul homme. Car (il faut le dire) l’Adema sera la plus grande perdante d’un troisième mandat présidentiel. Du moins si l’on en croit ses ténors qui clament haut et fort qu’ils vont reconquérir le pouvoir en 2012.

Ils pourront, certes, écraser d’un coup de patte cette nuée de moucherons qui les entourent. A condition que Dioncounda, qui a finalement eu son perchoir, se montre digne d’être un vrai chef politique.

Mamadou Lamine Doumbia

04 mars 2008.