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Le Républicain : Vous venez de terminer une rencontre du Comité technique du PRODESS II. Que représente cette rencontre pour vous ?

Monique Kamphuis : Cette année, je suis le chef de file des partenaires techniques et financiers du PRODESS. C’est le programme de développement socio-sanitaire qui est exécuté par le ministère de la santé et le ministère du développement social, de la solidarité et des personnes âgées.

Chaque année, on a une réunion du Comité technique du PRODESS.

Ce qui veut dire qu’à cette rencontre participent tous les directeurs des départements nationaux.

C’est une rencontre qui est présidée par les secrétaires généraux des deux ministères en présence des directeurs nationaux de la santé, des directeurs administratifs et financiers, des directeurs régionaux, des directeurs des hôpitaux et des partenaires techniques et financiers et la société civile.

C’est l’occasion où on présente les acquis, les progrès faits en 2007 et on nous montre les plans pour 2009. Tous ces plans doivent aboutir à des résultats qui sont convenus dans le programme du PRODESS.

Donc chaque année, on établit des objectifs fait des taux cibles. Par exemple le nombre de personnes couvertes par les mutuelles de santé, des accouchements assistés, la consultation prénatale, les enfants qui seront vaccinés.

Au cours des débats, on a été presque unanime à dire qu’il faut un changement dans le processus d’exécution (agir surtout sur le terrain). Quelles sont, selon vous, les lacunes du processus d’exécution ?

Au Mali, on a presque 12,5 millions de personnes dont la plupart habitent en dehors de Bamako. Bien sûr la ville de Bamako est grande (il y a presque 2 millions). Mais la plupart d’entre elles habitent dans les régions.

Et là il faut des moyens financiers, des ressources humaines, les équipements dans les structures sanitaires pour pouvoir répondre aux besoins de la population pour améliorer son état de santé, réduire les maladies, faire des maternités à moindre risque. Pour ça, on demande que les ressources disponibles au PRODESS soient distribuées plus équitablement entre les régions.

Maintenant, il y a une grande partie, plus de la moitié des ressources qui sont utilisées au niveau central. Je ne compte pas les centres de santé à Bamako. En dehors de ces centres de santé, il y a 50 % des ressources qui sont destinées au niveau central.

Ça n’améliore pas la qualité, ça n’augmente pas l’offre des services dans les régions.
Nous avons demandé qu’il y ait plus de ressources destinées au niveau opérationnel, dans les régions, dans les centres de santé de référence, dans les hôpitaux régionaux, pour les CSCOM.


Etes-vous optimiste quant à l’atteinte des objectifs assignés au PRODESS ?

Beaucoup d’indicateurs ont montré qu’il y a des progrès. Par exemple, les accouchements assistés ont augmenté ; les consultations prénatales ont augmenté ; la couverture vaccinale a augmenté. Ce sont des progrès importants. Le nombre des infrastructures a augmenté. Donc l’accès de la population aux soins s’améliore.

Mais il y a encore des problèmes financiers pour la population qui les empêchent d’avoir accès à ces services de santé. Pour certains, c’est encore trop cher pour payer les accouchements, les consultations et surtout les médicaments.

Ce qu’on n’a pas atteint pas comme objectif, c’est le taux de la planification familiale qui était ciblé à 15 %. Selon les données du ministère de la santé, ce taux se situe dans les 4 ou 5 %. Mais dans les enquêtes, on sait que c’est un peu plus élevé. Quand même ça reste trop bas. Ça ne bouge pas vraiment. C’est toujours dans les 7 %, la population qui utilise les méthodes de planification moderne. Il y a une énorme fécondité. Au Mali, il y a environ 7 enfants par femme.

Ça veut dire que chaque année, il y a à peu près 300 ou 400 milles personnes qui s’ajoutent à la population au Mali. Si on veut améliorer notre accès à la santé, il faut plus de ressources humaines, plus de médecins, plus d’infirmiers. Et on ne peut pas former ou recruter autant de personnels, augmenter le budget dans ce laps de temps.

On risque de reculer avec les résultats qu’on a actuellement. Il faut prendre ces préoccupations plus au sérieux. Ça ne veut pas dire qu’on ne veut pas qu’il y ait beaucoup de Maliens, mais on veut beaucoup de Maliens qui soient en bonne santé, qui aient accès à l’éducation, à la santé et tout.

Une grande partie du succès du programme dépend de la maîtrise de la croissance démographique.


Propos recueillis

par Seydou Coulibaly

12 Juin 2008