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Le Prétoire: quel jugement portez-vous sur la déclaration sortie de la rencontre de Ouagadougou ?

Je pense qu’il s’agit d’une déclaration minimaliste, qui permet de ne pas revenir avec rien. En réalité, la situation est trouble parce que les acteurs n’ont pas pu s’entendre. Et beaucoup d’intérêts autres que le Mali ont primé sur l’essentiel. Cet accord ne fait que reprendre des choses qui avaient déjà été dites. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Ce qui est important, c’est qu’il faut que cet accord, puisque l’ordre constitutionnel est maintenu, entre dans le cadre de la Constitution sinon cela signifierait qu’il y a deux lois au Mali et cela signifierait également que la Constitution de la République du Mali pèse peu face à des accords étrangers. Nous avons adhéré à toutes les initiatives de la Cedeao qui est un organe malien, en même temps qu’il concerne tous les autres pays de la région. La médiation de la Cedeao doit être un facilitateur. La médiation ne peut pas mettre en question les acquis maliens. Mais faute d’une position commune du Mali, on en arrive à cet état de fait.

Le prétoire : pensez-vous que l’équipe gouvernementale qui doit assurer la transition sera capable d’apporter un dénouement à la situation dans le Nord ?

Tout dépend des ambitions qui animent cette équipe. S’il s’agit d’occuper des fonctions ministérielles justes pour préparer son propre avenir, la question du Nord est consommée et la question du Mali même est consommée. De la durée de la transition va dépendre des actions qu’elle peut entreprendre. La première des choses c’est qu’il ne faut pas que ce soit une transition qui traîne en longueur. Parce que d’aucun pourrait s’installer dans le confort de la fonction, plutôt que dans l’intérêt de la nation. Pour ce qui concerne la partition du pays, je pense que la Cedeao avait dit, qu’une fois l’ordre constitutionnel rétabli, qu’elle enverrait des troupes, afin de faire face aux rebelles. Etant donné que l’armée malienne n’était pas en mesure de le faire.

Or, aujourd’hui, de tous les scénarios que l’on voit, il s’agit de plus en plus d’aller vers l’autonomie ou même l’indépendance dans le cadre d’une fédération des zones nord du pays et tout cela se fait sans qu’il y ait un mandat réel de l’Etat. Parce que l’Etat malien n’existe pas aujourd’hui. Et le simple fait de rétablir l’ordre constitutionnel, mais l’ordre institutionnel veut dire qu’il y ait des institutions qui fonctionnent. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’institutions au Mali, à même d’engager le Mali sur des questions qui déterminent sa destinée à long terme. Et c’est pourtant ce auquel nous on assiste aujourd’hui. Et je ne suis pas sûr que cela soit légitime.

Le prétoire : trouvez- vous normal le fait de disculper la junte militaire, alors qu’il y a retour à la Constitution de février 1992 ?

Moi je ne trouve jamais normal de légitimer un coup d’Etat. A moins que l’on mette la Constitution de côté et que l’on dise que toute personne qui n’est pas contente peut se lever, prendre une arme et attenter à la démocratie. En dehors de ce cas, je ne vois pas comment on peut légitimer un coup d’Etat. Maintenant, il se trouve que l’on a une classe politique qui ne prend pas ses responsabilités.

Donc à partir du moment où l’on a une classe politique qui ne prend pas ses responsabilités, je ne vois pas comment les mutins également vont soudainement devenir plus conscients et dire nous allons retourner dans nos casernes. Alors que les personnes qui devraient le faire ont déjà démissionné.

Rokia Diabaté

Le Prétoire du 20 Avril 2012