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‘’ C’est inadmissible que des êtres humains puissent être interpellés n’importe comment”

Un atelier d’échanges sur l’amélioration des informations relatives au départ et à l’arrivée des expulsés et des refoulés sur le territoire malien a eu lieu, hier, au Centre d’information et de gestion des migrations (Cigem), sis à l’ACI 2000. L’atelier a regroupé des cadres de la Délégation générale des Maliens de l’extérieur (Dgme), de la police des frontières, de la police de l’air, de la protection civile, de la gendarmerie nationale et des acteurs de la société civile. A l’occasion, le directeur régisseur du Cigem, Abdoulaye Konaté nous a accordé une interview.


Le Républicain : Quelle est la problématique posée par l’information relative au départ et à l’arrivée des expulsés et des refoulés sur le territoire malien ?

Abdoulaye Konaté : La problématique de l’accueil et de l’insertion des migrants de retour se résume à deux niveaux. D’abord, au niveau des conditions de détention, des étapes du parcours pour le retour et ensuite, au niveau des conditions d’accueil et de réinsertion à leur retour. Vous savez que nos confrères expulsés ou refoulés arrivent de plus en plus au bercail dans de très mauvaises conditions.

Il est important, tel que le gouvernement nous l’a demandé, de mettre en place un cadre d’échanges, de partenariat, qui va réunir les différents intervenants du secteur autour de la même table pour dégager des solutions durables, en terme d’accueil et de réinsertion et ensuite essayer d’apporter un appui, en terme d’accueil d’aide d’urgence et de réinsertion à nos compatriotes qui arrivent dans de mauvaises conditions et le plus souvent, en détresse totale. Il s’agit également d’outiller le gouvernement à élaborer aussi une stratégie nationale, en matière d’accueil et de réinsertion des migrants de retour.

Le présent atelier fait suite aux précédents qui ont eu à plancher sur la problématique des différentes étapes du parcours, depuis le pays d’expulsion jusqu’à notre pays et puis sur les différents concepts d’ordre juridique, politique qui entourent la problématique, ensuite, sur une meilleure organisation des différents secteurs qui interviennent aujourd’hui. Il faut reconnaître que nos services publics, notamment les services de sécurité font ce travail dans des conditions très difficiles, malgré les modestes moyens. C’est l’occasion de les remercier et de les rassurer de notre partenariat et de notre appui dans cette lourde tâche.

Au-delà de la police et surtout de la protection civile qui fait beaucoup d’effort en la matière, il y a également la société civile, à travers les associations de migrants, qui également, apportent aujourd’hui, l’aide d’urgence, au niveau de ces migrants de retour.

Le cas des migrants non maliens rapatriés dans notre pays a souvent été abordé au cours de l’atelier. Que pensez-vous de cette situation ?

Ceci s’explique aujourd’hui par le problème de la sécurisation de nos documents officiels par rapport auxquels le gouvernement a déjà entrepris beaucoup d’actions, pour davantage sécuriser nos actes administratifs. Vous savez !

Dans tous les pays, il y a la fraude documentaire. Même en Europe, ça existe et cette fraude fait aujourd’hui que le Mali, en raison des facilités qu’il a à joindre les pays côtiers, a des documents, qui, de plus en plus, font l’objet de fraude. Les autorités l’ont compris et ils sont en train d’apporter des mesures idoines pour circonscrire le phénomène. Donc, nous devons tous veiller à ça, afin que tous les réseaux mafieux soient de plus en plus affaiblis, pour que l’émigration se déroule dans des conditions de plus en plus sécurisées.


Que pensez-vous des voix qui se sont élevées, dans l’atelier, contre les mauvaises conditions dans lesquelles certains pays refoulent nos compatriotes ?

C’est vraiment inacceptable que des êtres humains puissent encore être interpellés n’importe comment. C’est vraiment regrettable, mais, comme je l’ai dit, les autorités ont pris conscience de ça. Nous même, en tant que centre d’information et de gestion des migrations, en rapport avec les autres partenaires qui interviennent dans le secteur, notamment la Dgme, les services de sécurité, nous sommes en train de faire toutes ces réflexions pour mettre en place un dispositif, un cadre vraiment beaucoup plus sécurisé, qui va davantage contribuer à diffuser la meilleure information, c’est-à-dire, aujourd’hui, dès que, l’un de nos migrants est en difficulté quelque part, qu’on puisse tout de suite disposer de l’information et prendre les mesures nécessaires pour qu’il soit dans de meilleures conditions de détention et ensuite, que de meilleures conditions d’accueil et d’insertion lui soient réservées.

Propos recueillis par Baba Dembélé

08 Mai 2009