Partager

La Bad manifeste son désaccord sur l’axe Sekokoto-Bafing


L’affaire du contrôle de l’axe Sekokoto-Bafin (y compris le contournement de Kita) et Bafing-Falémé n’en finit pas de faire couler de l’encre et de la salive. La contradiction entre le département de l’Equipement et des Transports et l’un des principaux bailleurs de fonds ( la Banque africaine de développement, Bad) est flagrante.

Le ministère de l’Equipement et des Transports a lancé un appel d’offres restreint pour le recrutement d’une entreprise chargée du contrôle des travaux de la route Sekoko-Bafing et Bafing-Falémé. A l’issue du dépouillement, supervisé par la direction générale des marchés publics (DGMP), le Groupement Louis Berger, la Socetec/SCET-Tunisie et AIC Projetti SPA/Cira ont été classés respectivement 1er, 2e et 3e. Eu égard à la faiblesse du diplôme de son ingénieur chef de chantier, la Bad a déclassé le Groupement Louis Berger.

Ne restaient plus en compétition que la Socetec/SCET-Tunisie et AIC Projetti SPA/Cira qui ont respectivement proposé 1,4 et 1,6 milliard de F CFA. En plus d’être le plus disant, AIC Projetti SPA/Cira a peut-être aussi commis l’imprudence de verser dans son dossier des documents contradictoires. A preuve, son ingénieur chef du mission de contrôle a pour prénom Daniel sur le CV et Dadié sur les diplômes.

C’est compte tenu de tout cela que la Bad, forte de la non-objection de la DGMP, a jeté son dévolu sur la Socetc/SCET-Tunisie, qui a été autorisée à entrer en négociations avec les autorités du ministère de l’Equipement et des Transports pour la signature d’un contrat en bonne et due forme. Avait-elle un document l’autorisant à mener entre-temps sa mission ? On l’ignore. Mais toujours est-il que l’entreprise avait procédé à des travaux de contrôle avant d’être arrêtée tout net.

Motif invoqué :

AIC Projetti SPA/Cira aurait, selon une correspondance du secrétaire général du ministère, introduit une plainte et fournit des documents complémentaires susceptibles d’inverser le cours du marché. Et au secrétaire général du MET de poursuivre : « La manière de juger la conformité et la véracité des données contenues dans ces documents est laissée à l’appréciation des experts constituant la commission de dépouillement et de jugement des offres, mise en place à cet effet par le département de l’Equipement et des Transports conformément à l’article 7 de l’arrêté n°97-1037/MFC-SG du 26 juin 1997 fixant les modalités d’application du décret n°95-401/P-RM du 10 novembre 1995 portant code des marchés publics relatif à la commission de dépouillement et de jugement des offres ».

Pour le MET, la plainte et les informations complémentaires d’AIC Projetti SPA/Cira sont recevables. Dans le même temps, il a signifié à la Bad que « l’administration n’a signé aucun contrat avec aucun candidat parmi ceux ayant déposé une offre, et la procédure de passation du présent marché suit son cours ».


Pures pertes

Tout en reconnaissant à l’administration le droit de recevoir en l’occurrence la plainte d’une entreprise et d’y donner une suite, le chef de division transport-1 de la Bad, en réponse, note que « nous avons toutefois relevé que le rapport d’évaluation des offres ne fait aucune référence sur la manière dont les documents complémentaires fournis par le groupement AIC Projetti SPA/Cira ont été examinés, ni sur les vérifications qui ont été faites pour valider lesdits documents. Par ailleurs, nous portons à votre attention que la Banque a été ampliateur d’une plainte du groupement Socetec/SCET-Tunisie« .

Cette correspondance aurait dû faire tilt et constituer une porte de sortie honorable, si la sauvegarde de l’intérêt collectif avait prévalu. Malheureusement, l’on continue peut-être quelque part de croire encore au père Noël alors que la procédure en cours est celle de la Banque africaine de développement et de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), principaux bailleurs de fonds du Programme intégré d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako-Dakar par le Sud de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), et non du Mali.

En comme un malheur ne vient jamais seul, l’absence de contrôle a conduit la société Razel-Mali, qui intervient dans la construction de la route, à fixer à 9 445 378 de F CFA/jour l’indemnité d’attente de reprise des travaux. Pour cette société, l’article 48.1 du CCAG prévoit que l’entreprise peut prétendre à percevoir une telle indemnité.

« Cette indemnité a été calculée de manière journalière, et est applicable à chaque jour d’arrêt calendaire. Elle comprend les frais d’immobilisation du matériel, les coûts du personnel d’exécution, les frais locaux et les frais généraux. Elle comprend également les frais de gardiennage du chantier » . Tous les calculs, conclut-elle, ont été établis selon les informations contenues dans les pièces du marché, en particulier la pièce F « Sous-détail des prix« .

La Covec , qui devra exécuter la plus grosse part de ce marché, n’aurait pas encore fait de réclamation d’indemnité journalière due à l’arrêt des travaux. Néanmoins, sur trois mois, c’est-à-dire pour 90 jours d’arrêt, la facture de Razel coûterait quelque 840 millions de F CFA au Trésor public, qui, dit-on, n’est pas au mieux de sa forme.

Faut-il noter que pour accompagner le Programme de développement économique et social (PDES) du président de la République, d’autres bailleurs de fonds avaient promis de construire des ouvrages d’art. Mais, vu le blocage, ils pourraient aller voir ailleurs, privant ainsi notre pays d’une réelle possibilité de renforcement du désenclavement intérieur.

La rédaction

26 Août 2008