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Le dimanche 28 juillet 2013, le Mali tenu un grand pari en organisant l’élection la plus incertaine de son histoire politique. Une élection qui aurait suscité plus d’engouement chez les électeurs maliens, selon les observateurs nationaux, sous-régionaux et internationaux.

L’une des particularités de cette élection réside dans l’innovation technique et technologique qu’elle a connue. Pour la première fois de son histoire électorale, le Mali a organisé une élection tribune avec des cartes biométriques, cartes Nina, issues du Recensement à vocation d’état civil (Ravec) de 2009 pour atténuer la fraude aux scrutins.

Il faut reconnaître que cette innovation dans le processus électoral a aussi ses exigences. Sur la carte Nina, la mention identifiant le bureau de vote n’y figure pas. Le citoyen ayant possédé sa carte devrait chercher à identifier le centre et le bureau dans lesquels il devrait accomplir son devoir civique. Pour ce faire, deux options se présentaient :

1. Se rendre sur le site de la direction générale des élections (DGE) en insérant les coordonnées relatives au numéro de votre carte Nina, vos nom et prénom et en cliquant sur recherche. A noter qu’à 48 h des élections, le site de la DGE était saturé et ne répondait plus aux multiples demandes des populations maliennes. Il fallait se rabattre alors sur la deuxième et dernière option technologique, l’envoi des SMS.

2. En envoyant un SMS au 36777 (Orange-Mali) ou au 36666 (Malitel) avec le message suivant : ELE espace puis n° carte Nina puis nom de famille. Par exemple pour le nôtre, nous avons : ELE 17803307001002A Sangaré puis OK. L’envoi du message coûte 10 F CFA et la réponse est automatique.

Il est clair que pour envoyer un SMS ou naviguer sur un site web, il faut au minimum avoir été scolarisé alors que le Mali enregistre l’un des taux les plus faibles en matière de scolarisation dans le monde. La plupart des électeurs se sont rendus dans les centres de vote mais n’ont malheureusement pas pu identifier leurs bureaux de vote.

Conscients de cet état de fait, certains grands partis politiques ont délégué des jeunes militants en rechargeant leurs téléphones portables pour qu’ils puissent aider les personnes n’arrivant pas à identifier leurs bureaux de vote, faute de pouvoir envoyer un SMS ou d’aller sur le site de la DGE.

Mobile et élection

En plus de l’identification des bureaux de vote, la téléphonie mobile a aussi servi aux observateurs d’être en contact permanent avec leurs structures tout en communiquant en temps réel des informations qui ont trait au déroulement du scrutin. A cet effet, le Réseau Appui au processus électoral au Mali (Apem) a doté ses 2100 observateurs nationaux déployés à Bamako et dans les capitales régionales de téléphones portables pour qu’ils relayent les informations sur le scrutin en temps réel.

A entendre le responsable de cette organisation sur l’ORTM, au soir du scrutin, cette stratégie a été un succès et a permis à son organisation d’alerter l’administration électorale sur les quelques irrégularités identifiées afin d’apporter des solutions immédiates.

C’est aussi grâce au téléphone portable que certaines radios locales, Radio Kledu par exemple, ont pu donner les premiers résultats de quelques bureaux de vote à travers leurs reporters déployés à Bamako, Koulikoro, Kayes, Ségou, Sikasso et Gao. L’administration électorale étant dans l’impossibilité de communiquer les résultats provisoires dans les 24 h qui suivent, ces radios locales, à travers leurs journalistes, jouent ce rôle pour permettre aux populations de savoir les grandes tendances.

Il faut noter que cela n’est pas sans incidence sur le processus électoral, car les résultats provisoires des villes indiquées ci-dessus ne sont pas représentatifs de l’ensemble des résultats. Pour cette élection, les premiers résultats provisoires communiqués par ces radios locales donnaient largement le candidat Ibrahim Boubacar Kéita du Rassemblement pour le Mali (RPM) en tête.

Cela a provoqué dès le soir du scrutin des sorties massives et des manifestations des militants du RPM pour fêter la victoire prématurée du candidat IBK alors que c’est le ministère de l’Administration territoriale qui est la seule institution habilitée à communiquer les résultats.

C’est pourquoi, les 4 candidats réunis au sein du FDR ont organisé une conférence de presse, le lundi 29 juillet, au siège de l’Adéma pour attirer l’attention de la communauté internationale sur les irrégularités commises lors du scrutin et sur le fait qu’un candidat veut s’autoproclamer président dès le 1er tour alors qu’eux sont convaincus qu’un 2e tour est indéniable.

A noter que le téléphone portable a servi, selon nos informateurs, de moyen de fraude pour certains partis politiques dont nous tairons les noms pour des raisons d’anonymat. Il a consisté pour ces partis d’exiger à ce que leurs militants, une fois dans l’isoloir et après avoir voté, de photographier le bulletin de vote attestant que le militant a réellement voté pour leur candidat. A sa sortie du bureau de vote, l’électeur est tenu de montrer la photo prouvant qu’il a voté pour le parti contre une rémunération variant de 1000 F CFA à 2000 F CFA.

Les médias sociaux sont des moyens efficaces pour surveiller le processus électoral et permettre aux populations d’avoir en temps réel les informations relatives au déroulement et aux résultats des élections. Néanmoins, ils sont aussi sources de fraudes électorales et peuvent favoriser les tensions entre les militants des différents partis politiques, facteurs de conflits postélectoraux.

L’administration électorale devrait prendre des mesures au préalable pour prévenir tout débordement.

Boukary Sangaré

(étudiant)

07 Août 2013