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L’élection présidentielle met un homme face à son peuple et elle tient essentiellement à deux choses : le caractère et la situation. Si les prétendants ont leur caractère, personne ne maîtrise la situation qui varie suivant les circonstances, les évènements et les périodes.

Avec une participation forte, les Maliens ont pris la mesure de ce qui doit être l’élection présidentielle, un acte de civisme, un vote de crise, d’angoisse et de souffrance. En régime présidentiel, on abandonne le pouvoir à un seul homme choisit beaucoup plus parce qu’on ne voulait pas des autres et qui ne doit pas sacrifier le débat, mais préserver l’unité et la cohésion, qui ne doit pas baisser la tête, qui ne doit pas avoir de haine au cœur et qui ne doit pas regarder l’autre comme un ennemi ou un adversaire car il n’y a pas deux Mali qui se font face, mais un et un seul Mali uni contre la fraction et la rupture, qui ne songe qu’à rassembler et à associer les citoyens et faire avancer la cause de la légalité et l’égalité. La dignité, la simplicité et la sobriété au sommet de l’Etat pour redresser le Mali dans la justice.

Les Maliens ne veulent pas de ce monde froid ou certains ne veulent s’adresser qu’a un auditoire privilégié dans le but de nous diviser. La politique a besoin de valeur, le peuple a besoin de vérité et de clarté qui n’est pas la combinaison des appareils ni la connivence des intérêts. Ni outrage, ni laxisme, mais méthodique, pédagogue, le régime présidentiel fonctionne comme un orchestre ; le président est le compositeur, le Premier ministre est le chef d’orchestre et les ministres les musiciens. Le chef d’orchestre donne le ton et redresse le cas échéant ; en cas de fausse note ou, de cacophonie, le compositeur rectifie et donne un nouveau souffre. Les Maliens ont porté leur choix sur un homme qui a toujours servi le Mali avec passion, enthousiasme et fierté. Je veux lui souhaiter bonne chance au milieu des épreuves, ce sera difficile, mais le Mali qui est notre bien commun réussira à surmonter tous les obstacles et autres zones de turbulences.

A cet instant où tout change pour Ibrahim Boubakar Kéita, il ne doit pas s’empêcher de ne pas penser à ceux qui lui ont permis de rêver d’une autre destinée, d’une vie plus grande et d’un avenir plus passionnant. Ils auront été pour lui source de réflexion, d’espérance et même parfois de grande confiance. Eux ce sont les bâtisseurs de nos grands royaumes, les fondateurs de nos vastes empires, les héros de l’indépendance et les martyrs connus et inconnus du 26 mars 1991. Ils nous ont appris que le Mali n’est pas une ethnie, que le Mali n’est pas une religion encore moins une tribu ou un clan. Le Mali c’est la diversité culturelle et la laïcité. Monsieur le président, vous devez faire du Mali un pays allié mais pas vassal, fidèle et non soumis, fraternel mais jamais subordonné, prudent et non inquiet, tolérant mais pas peureux. Il ne faut plus que nos jeunes continuent d’avoir peur pour leur avenir. Ayons le courage de mettre l’homme au cœur du débat en acceptant de relever et de préserver le niveau de la dignité du débat politique. Nous devons comprendre que la faiblesse excessive de l’Etat est aussi dangereuse pour les libertés publiques que sa puissance excessive.

En homme averti et patient grand serviteur de l’Etat, vous devez penser à la grandeur du Mali et au bonheur des Maliens, avoir un amour du Mali plus grand encore, un attachement pour le Mali plus fort encore car les Maliens ont fait le choix de vous confier leur destin. Vous devez tenir comte des transformations en restant en contact permanant avec le Mali d’en bas car lorsque le citoyen simple entame la montée de la colline de Koulouba, il a l’impression d’aller vers des sur hommes. Mettre en place un socle de protection sociale nationale, entretenir les grands équilibres nationaux et régionaux, soulager les familles de la peine et de leur souffrance. Je pense que vous allez faire de votre mieux sinon vous sacrifier pour protéger les Maliens contre les épreuves attendues, contre l’adversité, la précarité, les vicissitudes de la vie sociale car vous avez l’amour de votre pays inscrit au plus profond de votre cœur.

Vous devez dire à votre Premier ministre : je veux le plein emploi, je veux l’amélioration du pouvoir d’achat, je veux la sécurité, la compétitivité, changer de politique, de méthode, conception de la République, d’orientation, plus de risques sociaux redressement productif, économique, industriel, moral, priorité à l’éducation, rétablir la justice, rassembler les Maliens attachés aux valeurs de la République. Je veux que le Mali rayonne partout dans le monde, qu’il soit fier de lui-même, que la jeunesse puisse porter un idéal, que les Maliens reprennent confiance et espoir. La parole de la majorité présidentielle (77,62 %) doit être élégante, agréable, intelligente et douce. Nous sommes débout et nous avons tout à conquérir. Le peuple a formulé des exigences et vous devez y répondre avec des propositions sérieuses, crédibles et avec des accents de sérénité. Certes travailler avec les meilleurs et éviter d’être sectaire, des divergences de vue, mais chacun doit comprendre que la différence est une richesse. Les pouvoirs passent, les intérêts du Mali demeurent ; des choix doivent être effectués, des priorités fixées.

Nous devons retrouver le goût de l’aventure, du risque, le sens de la responsabilité, du respect et de la solidarité, donner de l’espoir à ce qui n’en ont plus. Ne pas tomber dans un excès de politisation. Il faut que la tolérance, l’ouverture et la main tendue soient la marque de fabrique de l’exécutif contrairement au sectarisme et à la fermeture. Mettons fin à l’improvisation permanente et à la fatalité. Ne donnons pas le mauvais exemple et rompre avec la République des connivences pour rentrer dans la République des compétences c’est-à-dire une collectivité de femmes et d’hommes à égalité de droit et de devoir. C’est cela la démocratie apaisée. Faire le choix de la raison et apaiser les passions. Le pays a besoin de gens qui savent s’adresser et parler aux Maliens. Monsieur le président, vous êtes le capitaine rassurant qui peut conduire les Maliens à bon port. Evitons que les relations ne soient exécrables, que les gents soient amenés à se sentir mesquins et à recourir à des vilenies pour survivre, trafiquer, corrompre, se faire pistonner, que l’image de soi soit atteinte, valoriser plutôt le travail avec une répartition équitable du revenu national.

Le peuple mesure la lourdeur de la tâche qui vous attend. Un homme qui croit est un homme qui espère, une âme humiliée est une âme qui se radicalise. On se demande quelle personne vous étiez donc Monsieur le Président pour susciter une pareille levée de bouclier ; ce qu’on a appris de vous nous a amenés à la conclusion que vous êtes un homme de bien et que c’était justement cela qui dérangeait beaucoup de gens.

J’invite la clase politique, toute tendance confondue, à en finir avec les discours creux, promesses incantatoires, la grande braderie au nom de la politique au ras gratis, on promet tout et quand on ne sait pas promettre on prévoit une discussion et en cas d’impasse on tombe dans l’égocentrisme qui est la pire des choses qui puisse arriver à un politicien différent de l’homme politique sobre, intelligent, visionnaire ayant le sens de la responsabilité, de la justice et de l’équité. Le pouvoir est une ambition et non une obsession. Rendons grâce à Dieu et à son prophète « Paix et salut sur Lui« .

Bréhima Konaté

Les Echos du 18 Septembre 2013