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Le procès des responsables et militants du mouvement populaire du 22 mars (MP22) s’est ouvert ce mardi 25 juin. La tension qui sous-tend ce dossier a contraint le président du tribunal à exiger la tenue de l’audience sans public.

Il s’agit du jugement de quinze membres du Mouvement populaire du 22 mars (MP22) dont son secrétaire à la communication. Ils ont été cités à comparaître devant la première chambre correctionnelle du tribunal de première instance de la commune III du district de Bamako. Interpellés le 8 juin 2013 à la suite d’une tentative de marche visant à exiger la présence de l’armée malienne à Kidal, ces personnes ont été inculpées le 10 juin pour « troubles graves à l’ordre public« . Cette accusation serait liée à l’état d’urgence instaurée le 11 janvier et prorogée trois fois depuis.

Notons au passage que les cortèges et rassemblements pour les mariages ainsi que les « balanis show » ne sont pas vraiment inquiétés par la mesure.

Avant l’ouverture du procès, des dizaines de militants de l’organisation politique avaient pris d’assaut la salle d’audience. A la suite de quoi, le président de séance à décidé que le procès se tiendrait à huis-clos. Une fois sommé de quitter la salle, l’auditoire s’est mué en manifestants contestataires.

Voyant la tension monter, le président d’audience a suspendu la séance durant une demi-heure. La suite a montré que ce fut le temps nécessaire au déploiement des forces de sécurité dont des dizaines d’éléments de la police et de la garde nationale, déjà présents au tribunal pour parer au scénario prévu par la cour.

Suite à quoi, l’audience reprit et selon une source judiciaire, les avocats de la défense ont tout de suite introduit une demande de liberté provisoire.

Contacté par nos soins, Me Mariam Diawara, responsable du pôle d’avocats constitué par le MP22, nous expliquera que cette requête a été rejetée par le président du tribunal. « Nous ignorons le motif de ce refus mais en parlant, le procureur a dit qu’il ne s’opposait pas à notre demande. C’est le président du tribunal, dans sa souveraineté, qui a estimé qu’il devait la rejeter », a-t-elle déclaré à Afribone.

Dans la cour du palais de justice, le climat est resté tendu toute la matinée jusqu’au départ des prévenus. Ils ont été ramenés dans leurs cellules à la Maison d’arrêt de Bamako aux environs de 13h.

Rappelons, qu’arrêtés dans les mêmes conditions, notamment pour avoir voulu marcher le 17 juin, les responsables du forum des organisations de la société civile ont été relâchés sans inculpation après une courte incarcération.


jpg_une-1879.jpgINTERVIEW de Me Mariam Diawara, avocats et responsable du MP22 : «On essaye de piétiner les groupes qui veulent qu’il y ait un changement profond au Mali»

Afribone : Que vous inspire ce procès à huis-clos ?

Me Mariam Diawara : Le président [du tribunal, Ndlr] est souverain pour décider que le procès se tienne à huis-clos. Pour sa sécurité, il a pensé qu’il fallait que les gens évacuent la salle. Il y a eu du remue-ménage lorsqu’il a demandé à la foule de sortir, d’où le déploiement d’une forte sécurité. Bon, disons que c’est dans l’air du temps !

Nous apprenons que vous avez sollicité une liberté provisoire pour vos clients. Quelle réponse le tribunal a-t-il réservé à cette requête ?

La requête a été rejetée.

A quand donc l’ouverture à proprement dit du procès ?

Le procès est prévu pour le 9 juillet.

Quels sont vos espoirs pour la suite de la procédure ?

A proprement parler, ces accusés ne devraient pas être en prison. Je l’ai dit lors de ma plaidoirie : c’est une lutte sociale. Le droit, la loi est un phénomène social. Nous sommes à la lutte pour que notre pays puisse recouvrer sa dignité. Ceux qui étaient au pouvoir avant le 22 mars 2012, et qui ne veulent pas le lâcher, usent de tous les subterfuges pour se maintenir.
C’est ainsi qu’ils ont décrété l’état d’urgence.

Avant que l’état d’urgence ne soit prorogé dernièrement, le MP22 avait estimé, que dans la mesure où notre armée avait été empêchée d’entrer à Kidal, il fallait faire une marche pour manifester notre soutien à cette armée. Avant même que le délai [du précédent état d’urgence, Ndlr] n’expire, ils ont pris une décision sur cette décision !

Mais ce qui est à retenir et que nous ne cesserons jamais de rappeler, c’est que ce gouvernement est un gouvernement illégal et illégitime.
Tous les hommes conscients de ce pays le savent.

Donc, toute décision que prend ce gouvernement est une décision illégitime ! Pour aller à l’apaisement, nous disons à nos militants d’être patients, de faire les choses dans les règles de l’art.

Quels sont les arguments de droit à votre disposition qui peuvent permettre une marche en dépit de l’état d’urgence ?

Pour une marche, il convient de formuler une demande. Ce que nous avons fait. Si l’autorité compétente pense qu’il ne peut pas y avoir de marche, elle écrit pour dire que la marche n’est pas autorisée. Cela n’a pas été fait. Nous estimons donc que la marche était autorisée.

Nous sommes conscients que l’état d’urgence est dirigé en priorité contre le MP22, la Copam et tous les mouvements qui veulent qu’il y ait un changement profond dans ce pays. On essaye de piétiner ces groupes.


Propos recueillis par Seydou Coulibaly

AFRIBONE MALI | MEL le 25 juin 2013 à 17h00 TU