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Pour la résolution définitive de la rébellion au nord Mali, ATT a choisi la voie du dialogue. Une option que nie le porte parole de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC), Hama Ag Sid’Ahmed qui dénonce la duplicité des autorités de Bamako, auxquelles il impute la responsabilité de « l’escalade militaire ». Le ratissage de l’armée après la libération des 22 derniers otages a provoqué une nouvelle recrudescence de la violence marquée par des affrontements sanglants, des prises d’otages. Dans ce contexte, une sortie de crise est-elle encore possible par le dialogue ?

Depuis le 13 mars 2008, le rebelle malien Ibrahim Ag Bahanga, dont les bases se trouvent dans la zone de Tinzaouaten, au Nord Est de Kidal, a mis fin à la trêve qu’il avait lui-même décrétée, il y a six mois (mois de carême dernier). Pour marquer sa bonne foi, il avait remis aux notables (les négociateurs de AIR-Nord), une partie des otages qu’il détenait.

Aujourd’hui, la trêve du Ramadan est bien finie. Deux semaines après avoir remis les 22 derniers otages, le chef rebelle qui a fait du nord de Kidal son fief, fait encore parler de lui en reprenant les hostilités contre l’armée malienne qu’il ne veut pas sentir dans cette zone.
La semaine dernière a été particulièrement sanglante et éprouvante pour les autorités maliennes qui n’avaient pas fini de faire l’apologie du dialogue, après la libération des derniers otages.

Depuis la reprise de la rébellion le 23 mai 2006, le président de la République a choisi la voie du dialogue qui a conduit à la signature de l’Accord d’Alger. Ce qui n’a pas empêché l’ancien rebelle Ibrahim Ag Bahanga, revenu dans l’armée, de reprendre le maquis en août 2007, posant des mines antipersonnelles, tuant et prenant des otages civils et militaires. Son prétexte est le retard pris dans l’exécution de l’Accord d’Alger. Il a donc estimé qu’il n’y a que le langage de la force qui est entendu par les autorités de Bamako.

Le président Amadou Toumani Touré n’a, pour autant, pas changé d’option malgré le tollé général au sein de la société malienne. Pour le Chef de l’Etat, il n’a que des Maliens en face. Par conséquent, il a maintenu l’option du dialogue pour obtenir la libération de 22 militaires maliens, le 10 mars dernier, après 8 mois de détention par le rebelle de la zone des montagnes de Zakat, située au nord-est de Kidal.

ATT n’aura pas fini de savourer les félicitations qui ont fusé de toutes parts, suite à l’aboutissement de son option pour une culture de la paix, qu’Ibrahim Ag Bahanga s’est trouvé le moyen de faire prisonniers 33 autres militaires de l’armée malienne dont un Commandant.

Aujourd’hui, les illusions se sont dissipées, le bilan des accrochages du jeudi 20 mars au samedi 22 est assez lourd. Selon le porte parole de l’ATNMC, Hama Ag Sid Ahmed qui a accordé une interview à El Watan, un journal algérien paru le 23 mars 2008, « les combats ont duré deux jours. Le bilan de ces opérations est connu : plusieurs morts et une quarantaine de blessés du côté de l’armée malienne, 33 militaires prisonniers dont un commandant, quatre chars détruits, deux camions et cinq autres véhicules brûlés, quatre véhicules récupérés sur l’armée. Du côté du mouvement, nous déplorons un mort et trois blessés. Nous constatons malheureusement que les hostilités ont repris dans le nord du Mali ».


Les rebelles revendiquent le dialogue

Les rebelles d’Ibrahim Bahanga, organisés au sein de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC), considèrent le ratissage de l’armée comme un acte de provocation. Les autorités maliennes, pour obtenir la libération des 22 derniers militaires détenus par l’ATNMC, ont dû promettre un allègement du dispositif militaire au Nord de la région de Kidal.

Au lieu de cet allègement attendu par les rebelles, les otages libérés ayant regagné Gao le 11 mars 2008, « dans la journée du 13 mars 2008, le colonel Djidji du commandement de la région de Kidal s’est déplacé de Kidal vers la zone de Tinzaouaten (au Nord-est de la région de Kidal) avec une compagnie de 14 véhicules, et a commencé un large ratissage de la zone des montagnes de Zakat à 30 km de Tinzaouaten », précise un communiqué de l’ ATNMC en date du 15 mars. On sait la suite : les affrontements sanglants dans la zone entre cette compagnie de ratissage et les éléments de Bahanga.

«Au moment où nous pensons que la situation se décrispe après notre geste de libération des derniers 22 prisonniers militaires et où certains responsables maliens parlent de retrait de l’armée de la ville de Kidal et de dialogue dans les prochains jours, nous constatons à notre grande surprise que l’armée malienne commence de vastes ratissages dans les zones du Nord-Est où se trouvent les bases du mouvement. Pendant que les autorités du Mali tendent une main au dialogue, l’autre main mène une escalade militaire. Comment croire à un dialogue sincère et constructif ? », s’interroge la rébellion dans ce même communiqué.

Le même jour, le président du FDR et du Collectif national pour l’organisation d’une conférence nationale sur le Nord, Tiebilé Dramé en visite à Paris, tirait la sonnette d’alarme sur les antennes de Rfi: «Je pense que la libération des derniers otages est une bonne chose… Maintenant après cette libération, il faut aller de l’avant. Ce n’est pas parce qu’on a libéré les otages que les problèmes sont réglés, loin s’en faut. Il faut s’attaquer aux problèmes. Il faut, bien entendu, que nos autorités et les protagonistes de la dissidence se parlent. Mais, il faut qu’à l’intérieur du Mali, les forces essentielles du pays se mettent à parler de la crise du Nord pour trouver des solutions, pour avancer, pour tourner définitivement la page de cette difficulté que notre pays connaît depuis les années 60 et qui se complique. Il y a urgence donc à s’attaquer aux racines du mal du Nord du Mali, et qui ne concerne pas que le Mali. Il y a lieu que tous ensemble nous parlions».

Le président du Parena (Parti pour la Renaissance Nationale) Tiebilé Dramé est connu pour sa parfaite maîtrise de la question du Nord Mali. Au-delà du Conseil national que son parti a consacré à la crise en produisant un Mémorandum, en sa qualité de président du FDR, il a initié et organisé le 30 décembre 2007, un atelier sur « la crise dans l’espace saharo- sahélien », auquel ont participé l’Etat malien, les partis de la majorité, des délégations du Niger et de la Mauritanie, les représentants de la rébellion, ainsi que la société civile.
Infatigable dans le combat pour l’unité et le développement de la nation malienne, Tiebilé Dramé qui a été ministre des Affaires étrangères sous la transition démocratique, puis ministre des zones arides et semi arides sous le président Alpha Oumar Konaré, a mis en place le 27 janvier 2008 un Collectif multipartisan pour organiser une concertation nationale sur la question du Nord.

La crise du Nord vient de connaître une recrudescence au moment où il prépare cette concertation nationale pour la paix dans cette partie de notre pays. Et parmi les invités à Bamako, figure le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga. D’où l’appel à lui lancé le 15 mars dernier par le porte parole de l’ATNMC, Hama Ag Sidahmed : «L’ATNMC prend à témoin Tiéblé Dramé, président du FDR et du Collectif national pour la paix, qui doit organiser prochainement un Forum de concertation nationale sur le Nord, pour qu’il mobilise les forces essentielles du Mali afin de ramener le gouvernement de ce pays à une table de négociation. Et puisqu’il y a «urgence à s’attaquer aux racines de la crise du Nord au Mali», nous apportons notre soutien au projet porté par le président Tiéblé Dramé de la tenue d’un Forum de concertation nationale dans les prochaines semaines».

Les options possibles

Le porte parole a été plus explicite dans le communiqué du 15 mars 2008: «L’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement interpelle les autorités maliennes, la facilitation algérienne, la Libye, la France, la Communauté européenne et la communauté internationale : si dans la semaine, on ne voit pas le retrait de ce nouveau dispositif militaire opérationnel déployé dans le Nord Est de la Région de Kidal, le mouvement en tirerait alors toutes les conséquences et ne saurait être tenu pour responsable de la reprise des hostilités».
Aujourd’hui, on ne peut que constater les dégâts, l’insécurité, la violence, l’unité du pays menacée et le développement de la nation compromis.

Cette recrudescence, à laquelle nous assistons, était donc prévisible. A moins que nos autorités aient changé d’option sans le dire. ATT a-t-il abandonné la voie du dialogue et de la négociation, seuls passages pour une véritable culture de la paix ? Si l’on reconnaît qu’on a en face des frères égarés qui ont pris les armes, il n’y a pas 36 solutions, mais seulement deux : mater en prenant partie pour la violence, ou négocier par le dialogue. Si on retient que la signature d’un accord n’a pas empêché les rebelles de reprendre les armes, il est également de notoriété publique que la rébellion malienne avait été copieusement matée sous la première République. Ce qui ne l’a pas empêché de renaître sous la deuxième et la troisième République avec différents chefs rebelles.

Comment ne pas se souvenir de cette déclaration du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, qui avait indiqué dans nos colonnes que dès que les otages seront libérés l’armée raserait la base des rebelles ? Ce qui semble être l’option prise par l’Etat malien, sans que l’homme du dialogue, le Général Amadou Toumani Touré, n’en dise mot. Pendant ce temps les rebelles reprennent à leur compte l’initiative du dialogue en se posant en victimes. Et sans doute s’estiment-ils en position de force ayant dans leur main le sort de 33 militaires dont un Commandant de l’armée malienne.

Dans l’interview publiée par El Watan, le porte parole des rebelles Hama Ag Sidahmed déclare : «L’ATNMC a alerté les facilitateurs et les partenaires du Mali concernés par la crise pour que les hostilités ne reprennent pas, sans résultat. Il semblerait que cela n’ait pas eu trop d’écho à Bamako. Depuis des mois, les autorités maliennes n’ont pas tenu compte des recommandations, avis et conseils du facilitateur cosignataire de l’Accord d’Alger et des autres partenaires du Mali qui l’encourageaient à une reprise du dialogue pour éviter l’escalade. Ces affrontements étaient le seul moyen qui nous restait pour nous faire entendre, après avoir crié dans le désert pendant des mois. Ils n’ont qu’une ambition : amener l’Etat malien à une table de négociations. Et puisque les autorités maliennes ne veulent plus de l’Accord d’Alger, on peut aujourd’hui aller plus loin et leur proposer un projet d’accord plus consistant, mieux adapté aux réalités actuelles. Sans doute les autorités maliennes seront-elles plus intéressées à un accord adapté, modifié, qui va plus loin que l’Accord d’Alger. Nous allons les accompagner dans ce sens».

Les condamnations des communautés touareg et arabe dans une salle climatisée de Bamako n’y changeront rien. On n’en est pas à une première. Une condamnation similaire avait eu lieu après la recrudescence de la violence en octobre dernier, donnant la fausse impression que Bahanga est lâché par les siens. Quoi de plus normal pour appeler les autorités de Bamako à la pondération et insuffler le dialogue, seule approche qui vaille pour une culture de la paix.


L’opposant Tiebilé Dramé fait l’unanimité pour le dialogue

Il y a lieu de croire que le président Tiebilé Dramé fait l’unanimité des parties en conflit pour faciliter le dialogue entre l’Etat malien et les rebelles basés dans les montagnes de Zakat.
Dans une interview qu’il a récemment accordée au journal sénégalais Wal Fadjri et reprise par des journaux maliens, ATT déclarait : «j’entretiens d’excellentes relations avec les partis de l’opposition. Ces derniers m’ont même fait (…) des propositions pertinentes dans le cadre de la gestion et de la compréhension des problèmes du Nord. J’ai d’ailleurs saisi l’idée et compte travailler avec eux».

Le président de la République et celui du Front pour la Démocratie et la République (FDR) Tiebilé Dramé se sont rencontrés au mois de février 2008, autour des problèmes du Nord. ATT a compris que ce problème a besoin de la synergie de toutes les forces politiques du pays et qu’il transcende les divergences politiques.

Par ailleurs, cette idée d’organiser une concertation nationale initiée par le président du FDR a été bien accueillie par l’ATNMC dont le porte parte parole n’a pas manqué de le prendre à témoin de l’urgence d’ouvrir une négociation. Et cela à travers un communiqué publié bien avant la prise en otage le 21 mars des militaires précipités en renfort au nord de Kidal après les accrochages du 13 mars.

Les observateurs sont presque unanimes sur la capacité de l’homme à faciliter le dialogue pour une paix définitive au Nord Mali. Il a sans nul doute le capital de confiance et les atouts nécessaires pour la bonne conduite d’une telle mission patriotique. Que pense Tiebilé Dramé lui-même d’une telle éventualité ? Se trouvant présentement à Paris, nous n’avons pu le joindre pour recueillir son point de vue.

Le président ATT va-t-il saisir cette opportunité de chercher une solution définitive à la crise du Nord Mali ?

B. Daou

25 mars 2008.