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Inutile de décrire l’angoisse et l’anxiété des Maliens, toutes classes sociales confondues au regard des voyants financiers qui ont subitement viré au rouge. L’heure semble au raclage des soutes tant l’argent se fait rare au trésor public. Pourtant, il faut bien l’intégrer dans nos analyses; s’il y a aujourd’hui une rareté criante de liquidité dans les caisses de l’Etat, cela s’explique tout simplement par des pratiques peu orthodoxes érigées en religion que certaines décisions non moins discutables de l’Etat sont venues tout simplement édulcorer.

Les exos sur certains produits d’importation, qu’une plus grande optimisation de nos ressources propres pouvait contrebalancer, ont fini par fragiliser l’un des maillons les plus efficients de notre économie à savoir les douanes qui n’arrivent plus à honorer leurs engagements budgétaires.

L’Etat, à travers des initiatives de développement telle que la construction d’infrastructures socio-économiques dont la pertinence reste à démontrer, a sérieusement engendré des coupes sombres dans le budget national. Sans qu’il ait compensation à hauteur du préjudice financier. Ajoutés à cela, les dommages et intérêts consécutifs à des procès perdus que celui-ci est amené à verser à des tiers. Au titre des services de l’assiette, seuls les impôts arrivent à tirer les marrons du feu. Sinon, tout le reste n’est que grisaille. A l’aune de ces données macro-économiques, il importe donc que l’Etat revoie à la baisse son train de vie, en termes de dépenses en carburant, électricité, eau, communication, etc. Qu’une moralisation soit faite dans les procédures de mandatement. Car, il semble que c’est à ce niveau que se resserre sur l’appareil d’Etat, la toile des réseaux de la corruption par voie de surfacturation. C’est donc tous ces facteurs de déperdition financière mis ensemble qui font, qu’aujourd’hui, la dette intérieure cumulée oscille autour de 200 milliards de nos francs.

Mettant ainsi dans le pétrin, des centaines d’opérateurs économiques ne voyant l’argent que dans leur rêve. Cet état de fait, convenons-en, n’est pas sans conséquence sur les activités professionnelles qui tournent désormais au ralenti. Certains entrepreneurs ont tout simplement mis la clé sous le paillasson déclarant une banqueroute, histoire d’échapper à une imposition qui ne s’impose guère. Face donc à une telle «crise financière» le trésor public n’a d’autres choix que de pratiquer le système de programmation. Ainsi, il espère contenter le maximum sans jamais atteindre la satisfaction générale. Malheureusement à ce niveau également, il faut faire le pied de grue ou actionner les «réseaux» pour diligenter le dossier.

Face à cette situation, que peut donc faire l’Etat ? Beaucoup. Il faut tout d’abord renoncer à l’image du Mali où tout est possible.
Ainsi, pour mieux montrer sa volonté de coercition, l’Etat doit se faire violence en donnant absolument dans la diète et à renoncer pour le moment à certains projets budgétivores afin de stabiliser la balance. Dans le même temps, il doit pouvoir convaincre des créanciers extérieurs très à cheval sur certaines conditionnalités de la dette qui sont loin d’arranger les affaires de l’Etat malien. C’est trop demander à un pays comme le Mali, en manque aujourd’hui de liquidité, d’investir sa dette dans des infrastructures socio-économiques.

C’est à ce niveau que le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale et celui des finances doivent rivaliser d’imagination et faire preuve de persuasion dans les négociations ayant trait aux renoncements de dettes savamment enrobées sous le vocable de dons. Afin que cette masse monétaire puisse renflouer les caisses de l’Etat à un moment où celui-ci semble dans les cordes.

Tout bien considéré, on peut dire, en un mot comme en cent, que notre sort est donc entre nos mains. Pour peu qu’on y mette de la volonté seulement de la volonté.

Amadou Sangho

02 décembre 2008