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« Il vaut mieux vous rendre à l’aéroport ce soir (Ndlr : hier mercredi). Au cas où il y aura de la place dans l’avion vous pourrez partir. Mais les chances sont minces, car les avions sont bourrés et aucune réservation n’est fiable à 100% ». Larges sourires de circonstance aux lèvres, les hôtesseS de la compagnie Air France, ont passé une bonne partie de la journée d’hier à répéter inlassablement ces consignes aux nombreux clients désireux d’avancer leur départ pour échapper à le fermeture totale de l’aéroport de Bamako-Sénou, prévue pour aujourd’hui et demain.

Les perturbations que connaît plate-forme de Sénou pour cause de travaux d’urgence sur la piste d’envol constitue un sacré casse-tête pour les compagnies et les agences de voyages, contraintes de chercher des solutions palliatives pour gérer les passagers.

A mots souvent couverts, les responsables d’agences et des compagnies aériennes approchés critiquent le caractère imprévu de la décision des autorités en charge du dossier. « Ça nous cause énormément de torts et de désagréments« , lâche franchement Yacouba Bagayoko, le chef d’agence de Afric Tours Services.

« On n’a pas fini de gérer les conséquences du récent mouvement DE grève du personnel d’Air France, qu’il nous faut enchaîner sur la fermeture partielle et parfois totale de l’aéroport pour une semaine. Vous conviendrez avec moi qu’une telle décision ne doit pas se prendre sur un coup de tête. Il fallait aviser au moins trois mois à l’avance, les partenaires transporteurs aériens. Nous sommes contraints de gérer moults désagréments. Il faut rembourser les frais des billets aux passagers bénéficiaires de réservations sur la période. Certaines compagnies ont été formelles avec nous. Elles dégagent toutes leurs responsabilités dans les opérations de remboursement. C’est dire donc qu’un billet émis par nous pour le 1er novembre où il n’y a pas de vol, va en plus du remboursement, provoquer une perte sèche oscillant entre 55 000 Fcfa et 100000 Fcfa, selon les tarifs des billets« , assure le chef d’agence à ATS.

Chez les compagnies aériennes, on s’est enfermé dans un silence radio. Le responsable local de Air Sénégal a ainsi indiqué, par le biais de sa secrétaire, n’être guère disposé à parler de cette affaire extraordinaire.

FRAIS DE SEJOUR SUPPLEMENTAIRES :

A Air France et dans d’autres compagnies, on assure n’être pas la voix autorisée pour commenter le problème. Mais hors micro et sous le couvert de l’anonymat, les critiques sont vives. « Qui va prendre en charge, les frais de séjour supplémentaires de nos clients qui sont réservés sur les vols retour pendant cette période ?« , s’interroge le responsable d’escale d’une compagnie aérienne.

« On peut bien gérer nos clients qui sont sur place, mais pour le cas de ceux qui ont nos billets et qui devaient revenir par exemple le 4 novembre, c’est autre chose. Les billets qu’ils ont utilisé partiellement ne sont pas remboursables dans la plupart des cas. Il y aura des clients qui vont peut être comprendre. Mais d’autres vont certainement porter plainte contre l’agence, la compagnie et celles-ci vont se retourneront contre l’État« , poursuit-il.

Tous nos interlocuteurs sont unanimes pour critiquer l’effet coup de massue de la mesure. « Pourquoi avoir attendu tout ce temps et nous parachuter une décision, sans solution de rechange ? » s’interrogent-ils, en estimant que des concertations auraient du réunir tous les acteurs du transport aérien et l’entreprise en charge des travaux. Il fallait avertir tout les partenaires au moins 6 mois avant les travaux, dit-on encore.

D’autres estiment très dangereux de permettre même l’ouverture partielle de l’aéroport. « Il fallait au préalable, une réunion de travail, entre l’entreprise et les transporteurs aériens, sur les détails des travaux. On aurait dû convenir d’une heure pour retirer le matériel des travaux de l’aéroport. C’est très important.« , assure un interlocuteur.

PAR LA ROUTE :

Air France a radicalement tiré les conséquences de l’épisode et s’est officiellement lavé les mains du problème. Dans une correspondance adressée à ses différents partenaires, la compagnie française annonce ainsi que « l’aéroport de Bamako-Sénou est fermé du 1 au 6 novembre pour l’ensemble des compagnies aériennes. Cette décision est un cas de force majeure, qui ne relève pas de la compétence des compagnies. C’est la responsabilité de l’État malien. Reportez donc les réservations….. Et par ailleurs, il n’y aura pas de prise en charge de l’hébergement par la compagnie« .

Certaines compagnies ont imaginé une solution originale : transporter par la route leurs passagers à Ouagadougou où ils pourront prendre l’avion pour leur destination. Mais là, le problème est qu’il faut d’abord que le passager adhère au principe de ce transfert épuisant et ensuite qu’il accepte de payer les frais supplémentaires qui en résultent.

Personne, au bout du compte, ne conteste donc la nécessité des travaux dont la piste a visiblement besoin. Mais personne, non plus, parmi les compagnies aériennes et les passagers rencontrés, ne comprend (et ne digère) l’urgence dans laquelle le chantier s’est installé.

M. N. TRAORÉ – L’Essor


1er novembre 2007.