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A Bamako, un phénomène nouveau prend actuellement de l’ampleur. Il s’agit de l’activité de groupes de petits garçons qui, la hache à l’épaule, parcourent les rues de la capitale à la recherche de bois à fendre. Gros plan sur une activité qui cache une nouvelle forme de mendicité.

Bamako connait un véritable boom démographique lié à un certain nombre de facteurs dont l’exode rural. Beaucoup de jeunes rallient les villes dans l’espoir de décrocher du travail pour, entre autres, venir en aide aux parents restés au village.

Ce sont les mêmes raisons qui ont conduit le jeunes Sagou G à quitter ses parents dans un petit village perdu entre les collines sur la route de Bankass pour atterrir à Bamako. Il avait quitté les siens la tête pleine de projets sans compter sur les réalités de la grande ville où se côtoient des gens de tout acabit.

Sagou n’a pas mis assez de temps pour se rendre à l’évidence. En effet, sa première véritable expérience, se souvient-il, c’est lorsqu’il a été embauché par un cadre pour l’entretien de sa maison. Après 6 mois passés à son service, son employeur le remercia un beau matin sans lui verser ses arriérés de salaires.

Déçu, le jeune, sans sou, décida de ne pas retourner au village, où il n’avait rien envoyé. Il fallait résister face aux dures réalités de la ville. C’est ainsi que, malgré son jeune âge, il décide de s’adonner à un métier, celui de fendre du bois pour les ménages en contrepartie d’une petite récompense.

La hache à l’épaule

Il se dote d’une petite hache et se met à l’œuvre. « Je faisais partie des tout premiers jeunes qui avaient débuté cette activité qui rapportait beaucoup à cette époque », se souvient-il. Depuis, poursuit-il, la situation a changé, Bamako étant devenue progressivement une ville où les populations ont recourt de plus en plus à l’usage du charbon de bois et du gaz butane.

Au départ menée par quelques uns, l’activité de coupe de bois, a pris aujourd’hui des proportions beaucoup plus importantes. Mais ce qu’il faut regretter dans cette situation, c’est surtout le fait que ce sont des enfants dont l’âge varie entre 13 et 14 ans, qui ont investi le secteur. Cela est d’autant plus anormal que nous sommes dans un pays où la protection des droits de l’enfant, de même que la lutte contre le travail des enfants, sont de mise avec la signature de la convention international des droits de l’enfant (CDE).

Les associations de lutte contre le travail des mineurs sont-elles au fait du développement progressif d’une telle activité? On en doute. Car, elle ne s’interrogent même pas sur les raisons profondes de cette activité liée, sans doute, à la pauvreté et la déperdition scolaire. Ils sont ainsi un bon nombre d’enfants qui se baladent à travers Bamako avec une hache l’épaule.

« Garibou » malgré eux

Si au tout début de l’activité, beaucoup de ménages utilisant le bois de cuisine, avaient recourt aux fendeurs de bois, force est d’admettre que l’activité a au fur et à mesure perdu en intensité, à cause d’un certain nombre de facteurs. D’abord, dans leur plus grande majorité les ménages à Bamako utilisent aujourd’hui largement le charbon de bois. Puis est venu s’y ajouter l’usage des réchauds à gaz. Le bois étant devenu de moins en moins consommé, l’activité de ces petits garçons, fendeurs de bois, s’en est retrouvée peu rentable.

Ne trouvant pratiquement plus de bois à fendre, ces enfants, par réflexe de survie, sont entrain de se reconvertir dans une certaine forme de mendicité déguisée. La pratique est bien connue à Bamako ces temps-ci. Ces petits enfants, haches suspendues à l’épaule, abordent les passants au niveau de grandes avenues et aux feux tricolores. La mine serrée et affichant un air de fatigue, ils avancent et tendent la main aux usagers en quête d’une pièce de monnaie.

Pendant la journée, ils peuvent ainsi gagner une somme importante de la part des simples passants. Mais, au fil du temps, la pratique semble se transformer en une courte échelle pour gagner de l’argent. Il nous est revenu que la pratique semble tellement marcher que l’information arrive très vite à d’autres petits restés au village. Ceux-ci se munissent d’une petite hache et de quelques baluchons pour venir tenter l’aventure dans la capitale.

Vu l’ampleur que ne cesse de prendre le phénomène, plusieurs de nos concitoyens qui faisaient œuvre de charité à ces jeunes, ont commencé à se montrer méfiants.

« Oh ! Ce sont des enfants qui ne veulent pas travailler et trompent tout le monde », lance sèchement un passant rencontré au centre ville. Pour ce jeune employé de commerce, il s’agit d’une astuce à laquelle ces jeunes ont recours pour tromper la vigilance des gens. Même raisonnement du coté de B. Diarra qui jure de ne plus se faire avoir par ces enfants, adeptes de la vie facile.

Pourtant, c’est un avis tout à fait contraire que donne Lamine Traoré, un apprenti chauffeur. Pour lui, si ces enfants ont une hache, cela prouve toute leur envie à travailler. Leur malheur, conclut-il, c’est qu’ils se sont retrouvés dans une ville où leur activité est devenue peu rentable en raison des changements opérés dans la manière de vivre des populations.

Appel à l’éveil des consciences

Pris en otage dans une ville où la condition des couches fragiles n’est pas encore inscrite à l’ordre des priorités, le phénomène de ces petits garçons, soupeurs de bois par option et mendiants par instinct de survie, mérite toute l’attention de notre société et au premier chef celle des associations et ONG défendant la cause des enfants. Parce que, de toute évidence, nous sommes face à un phénomène imposé par les difficiles conditions de la grande ville, de moins en moins encline à se soucier du mauvais sort qui s’abat sur les personnes en situation de détresse.

Le Mali est connu pour être un vieux pays de solidarité et d’entraide de sorte que toute bonne action tendant à aider ces enfants à mieux s’insérer, mérite le soutien et l’accompagnement que cela nécessite. Parce que, dans la difficile situation actuelle qui est la leur, ces enfants peuvent très vite tomber dans les filets d’un de ces nombreux réseaux d’exploitation d’enfants.


OUMAR DIAMOYE

04 Septembre 2008