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Depuis deux semaines, rien ne va plus entre transporteurs maliens et sénégalais. Et si rien n’est entrepris par leurs autorités respectives, le transport voyageur entre les deux pays risque de s’interrompre.

Pourtant, la construction des infrastructures routières entre Bamako et Dakar avait été saluée de part et d’autre. Car elle a soulagé la population des deux pays, qui voient ainsi la fin de leur calvaire. En effet, le seul moyen de transport-voyageur était le train. Dans ce cas, il fallait une à deux semaines pour joindre Dakar ou Bamako.

Les raisons de cette brusque tension

Notons que la plupart des passagers sont des commerçants. Selon la convention en matière de transport-voyageur, les transporteurs des différents pays sont libres de transporter qui ils veulent, à condition de respecter les textes du pays de destination. Ainsi, les véhicules sénégalais peuvent embarquer, à tout moment et en tout lieu, les passagers maliens vers Dakar. Idem pour les véhicules maliens.

Mais il s’est avéré que depuis un certain temps, les véhicules sénégalais sont devenus vétustes et ne répondent plus aux normes sécuritaires et hygiéniques pour les passagers. Contrairement aux transporteurs maliens, les transporteurs sénégalais sont incapables de renouvéller leur parc automobile . Du coup, pour venir au Mali, les passagers sénégalais ont commencé à bouder les véhicules de leur pays au profit des véhicules maliens.

Sentant leur faillite, voire leur disparition totale, les transporteurs sénégalais ont décidé de bloquer les véhicules maliens à Dakar. Selon eux, tant que leurs véhicules ne sont pas chargés, ceux des Maliens ne vont pas bouger. Mais l’autre exigence qui finit par agacer les transporteurs maliens exerçant sur le tronçon Dakar-Bamako, c’est qu’à chaque chargement des véhicules maliens, les Sénégalais réclament une caution de 50 000 FCFA.

Ainsi des mesures sont envisagées, c’est-à-dire interdire les véhicules sénégalais de franchir la frontière malienne. Ce qui obligeait les passagers sénégalais à être coupés du marché malien, ou bien à embarquer à partir de la frontière, ou tout simplement par la voie ferrée. Ce qui risque de jouer négativement sur les affaires des commerçants des deux pays, même si les dégâts sont estimés énormes du côté des Sénégalais.

Au cas où cette crise de transport s’intensifiait, elle se repercutera sur les autres domaines : passagers, citernes, bagages… Rappelons que plusieurs compagnies maliennes sont concernées, ainsi que des citernes et des camions. DE nos sources, il ressort que les cars et autres véhicules du Sénégal sont boudés par les Sénégalais qui ne s’y sentent pas en sécurité, contrairement aux cars et véhicules maliens.

Selon la législation sénégalaise, après 7 ans, tous les transporteurs sont soumis à un renouvellement complet de leur parc autonomobile. Or il s’est avéré que la plupart des gros transporteurs sénégalais sont en faillite, voire en dérive. Pour n’avoir pas pu supporter la concurrence malienne, les Sénégalais, sous la bannière de leur syndicat, ont décidé de prendre des mesures discriminatoires envers les transporteurs maliens. Et la réaction malienne se profile à l’horizon.

D’ailleurs, une lettre d’avertissement aurait été envoyée au Sénégal. Les transporteurs maliens en appellent à l’union et à la resserrement des rangs, pour mettre fin à cette pratique illégale des Sénégalais.


Les deux Etats interpellés

En tout cas, cette tension est loin d’arranger la population des deux pays. Pour cela, l’Etat sénégalais doit interpeller ces transporteurs, en vue de mettre fin à leur pratique illégale.

Quant à l’Etat malien, il doit attirer l’attention des autorités sénégalaises sur les actions néfastes que veulent entreprendre les transporteurs sénégalais.

A noter que les compagnies de transport Gana, Bani, Sonef, Mandé et Diéma sont les plus visées du fait qu’elles répondent surtout aux critères universels du transport moderne. Espérons que la partie sénégalaise reviendra à de meilleurs sentiments, avant qu’on en arrive à des mesures de riposte brandies par les Maliens.

Sadou BOCOUM

08 Juillet 2008