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Bittar-Trans, Bani-Tranport, Balanzan-Transport, Binké-Transport… Et l’on oublie les transports anonymes. “Ils sont tous les mêmes ! ”, clame un citoyen. Et leur politique est très simple : transformer du vieux en neuf, faire du nouveau à partir de l’ancien. Aussi, si le gouvernement entreprenait subitement un contrôle plus poussé sur les cars de nos compagnies de transport Inter-urbain, nombre d’entre elles allaient fermer boutique et mettre la clé sous le paillasson, et pour causes.

De nos jours, la plupart, sinon tous les cars assurant le transport des populations à l’intérieur du pays sont amortis, et cela, depuis belle lurette. C’est dire qu’ils ne sont plus aptes à rendre effectivement ce genre de service, vu l’état défectueux de nos routes.


Une pratique à bannir

En plus du risque énorme qu’elles prennent en entassant pêle-mèle les pauvres usagers et leurs bagages, les compagnies de transport manquent tout simplement de respect et de considération envers leurs clients. Sans compter que ces derniers sont obligés d’endurer les caprices des chauffeurs et des apprentis.

Dès que les cars quittent les gares de nos compagnies respectives, ils se transforment en Sotramas, libres de s’arrêter n’importe où et n’importe quand, dès qu’un client éventuel lève la main, comme en auto-stop. La pratique, ou du moins la tactique ou la ruse, est très simple : on remplit les cars d’une dizaine de bidons de 20 litres, voire plus, lesquels constitueront, plus tard (c’est-à-dire au cours du trajet) des sièges pour les clients d’occasion.

La pratique n’est aucunement irritable en soi, du moment que lesdits clients d’occasion acceptent eux-mêmes de voyager dans ces conditions. Mais ce qui est irritant, voire révoltant, ce sont plutôt les négociations et autres marchandages sans fin qui se mêlent de ladite pratique. Et gare au passager qui s’aviserait de lever le petit doigt ou de rouspéter : il se verra tout de suite conspué, voire insulté par le dit chauffeur, sinon son apprenti “sorcier” en quête de prébendes.

Quid de l’état des véhicules?

Physiquement parlant, il est très mauvais, voire piteux. Et c’est bien dommage que le plus souvent, le contrôle technique se limite seulement à la vérification -et quelle vérification !- de l’état du moteur, des roues et du système de freinage. Car au delà du seul aspect technique, il faut surtout s’intéresser à l’état physique général des véhicules de transfert inter-urbain.

En effet que voit-on le plus souvent? Un véhicule à la carosserie peinte avec des couleurs attrayantes, bref, une vue d’extérieure alléchante, mais combien trompeuse. Car le toit, l’intérieur et les sièges de nombre de nos compagnies de transport sont aussi crasseux que défectueux et inadaptés.

Le pire, c’est qu’on ne rencontre ces véhicules que sur les axes inter-urbains, c’est-à-dire à l’intérieur du pays. Paradoxalement, pour le transport international, toutes nos compagnies possèdent des véhicules physiquement et techniquement adaptés et acceptables, avec souvent quelques grains de luxe : télé, vidéo, climatiseur… Comme pour signifier que pour les voyages à l’intérieur du pays, les usagers sont des moutons qu’il faut entasser dans des cars-charrettes (et excusez du terme), sans se préoccuper un tant soit peu de leur confort. Quant à leur sécurité…

Ce qui offusque le plus autant qu’il surprend, c’est le cas de deux compagnies, pourtant dites “géants maliens” de transport, en l’occurrence, de Bittar-Trans et de Bani-Transport, appartenant respectivement aux Présidents Directeurs Généraux Jeamille Bittar et Youssouf Traoré. Leur cas est plutôt offusquant, non pas parce que les autres font mieux qu’eux, mais surtout à cause du titre qu’ils occupent actuellement au sein de la société malienne, en plus de celui de PDG.

En effet, Bittar est le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM). Et Youssouf Traoré est le président du Conseil Malien des Transporteurs Routiers (CMTR). Mais on aurait dit que ces nouvelles charges ont amené ces deux hommes à délaisser complètement leurs compagnies respectives de transport.

Autant Bittar manque de parc de véhicules dignes de ce nom -en tout cas, pour ce qui concerne le transport des usagers à l’intérieur du pays-, autant Youssouf Traoré ne s’illustre pas mieux que lui en la matière.

Pendant que les cars de Bittar tombent en panne sur nos axes routiers, ceux de Youssouf Traoré font souvent plus de cinq heures de temps d’horloge pour rallier San. Ce qui est bien dommage pour de telles compagnies pourtant réputées rapides et fiables.

Et si, dans tout cela, on respectait encore plus les usagers et passagers qui, on a beau ou… maux dire, font quand même la fortune, sinon le bonheur les propriétaires de compagnies?…

Adama S. DIALLO