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Nos opérateurs économiques peuvent à nouveau charger à partir du port de Banjul et transiter par le Sénégal en toute quiétude.C’est fait. Le corridor Bamako-Banjul est ouvert à nouveau, à la grande satisfaction de nos opérateurs économiques, des transporteurs et chargeurs. Mais aussi des autorités portuaires de Banjul, des transitaires et transporteurs gambiens. Cette réouverture longtemps souhaitée par les opérateurs économiques et transporteurs de notre pays, particulièrement ceux de la Région de Kayes est effective depuis vendredi dernier.

La cérémonie d’ouverture a eu lieu à Badiara, dernier poste frontalier entre le Sénégal et la Gambie. C’était en présence du directeur général des douanes du Sénégal, Mamadou Matar Cissé, du commissaire général des douanes, impôts et domaines de la Gambie (Revenue Authority), Ansuman Trawally, du directeur général des douanes de Gambie, Mamadou Kaba Tembadiara. Notre pays était représenté par le président du Conseil malien des chargeurs, Babalaye Daou, le chef de bureau des douanes malienne au port de Dakar, Ibrahim Coulibaly, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Kayes, Diaby Doucouré et d’autres opérateurs économiques de la 1ère Région.

Beaucoup d’avantages.

Pour véritablement apprécier l’importance de ce corridor, un petit rappel s’impose. Pays enclavé, le Mali doit pratiquement son approvisionnement correct aux importations. Pendant des décennies, le port d’Abidjan était le principal port d’approvisionnement et de transit de nos marchandises. Malheureusement, l’éclatement de la crise ivoirienne en 2002 a eu des répercussions directes sur le marché national avec la rupture de stocks des produits de première nécessité, les hausses de prix, la rupture des exportations, bref c’est l’économie nationale dans son ensemble qui a été secouée.

Pour éviter que de pareille situation ne se reproduise dans l’avenir et assurer l’approvisionnement correct, régulier du marché, notre pays s’est doté d’une politique de diversification de ses accès maritimes. Cette politique a permis la signature avec la plupart des pays côtiers de la sous-région, des accords de coopération en matière de commerce, de transport et de transit maritimes. Aujourd’hui, en plus du port d’Abidjan, le pays utilise les ports de Dakar, Lomé, Tema, Conakry, Cotonou et Nouakchott.

Au terme de ces accords, ces pays consentent l’installation sur leurs territoires respectifs de services publics maliens chargés de la gestion globale des trafics d’importation et d’exportation. Il s’agit des Entrepôts maliens en Côte d’Ivoire (EMACI), des Entrepôts maliens au Sénégal (EMASE), des Entrepôts maliens au Togo (EMATO), des Entrepôts maliens en Guinée (EMAGUI), des Entrepôts maliens au Ghana (EMAGHA) et des Entrepôts maliens en Mauritanie (EMAMAU). En plus de ces différents ports, les opérateurs économiques de la Région de Kayes exploitent timidement le port de Banjul qui offre pourtant beaucoup d’avantages.

Plus proche de notre pays aussi bien par la distance que par la culture, la Gambie partage également la même langue malinké. Selon les commerçants exploitants ce corridor, les marchandises du port de Banjul reviennent moins chères que celles des autres ports de la sous-région. La Gambie applique un taux de droit maximal de 18% et un taux minimal de 0%.

Ces mesures procèdent d’une stratégie essentielle visant à assurer la disponibilité de l’offre de biens et de services sur le marché à des prix compétitifs. En conséquence, les prix des marchandises importées sont relativement plus bas en Gambie que dans les autres pays de la sous-région. Ce qui constitue un avantage non négligeable pour ce port et contribue à la promotion des échanges commerciaux notamment dans le secteur de la réexportation, principalement vers des pays comme le nôtre via le Sénégal.

Malheureusement, en 2005, les échanges commerciaux entre notre pays et la Gambie s’étaient subitement interrompus suite aux nombreuses difficultés rencontrées par nos opérateurs économiques, transporteurs lors de la traversée du territoire sénégalais. Cinq années plus tard, le Mali, le Sénégal et la Gambie ont décidé de donner un nouveau souffle à cet important corridor.

Période test de 6 mois.

Le commissaire général des douanes, impôts et domaines de la Gambie, a expliqué les nombreuses potentialités du port de Banjul et les facilités accordées au Mali par les autorités de son pays. En plus de « l’embarcadère garanti » que le port de Banjul offre à notre pays pour l’acheminement des marchandises vers Bamako, la Gambie offre des garanties sécuritaires et sans tracasseries routières sur son territoire. « L’exploitation de ce corridor par le pays frère du Mali est un honneur pour la Gambie. Et quand on connait le volume des importations et exportations maliennes, elle profitera également à l’économie gambienne et fera la promotion du port de Banjul. C’est pourquoi, nous avons mis en place toute les stratégies pour faciliter le trafic aux opérateurs économiques maliens », a développé Ansuman Trawally.

Tour à tour, Babalaye Daou et Ibrahim Coulibaly ont remercié les autorités gambiennes et sénégalaises pour les efforts fournis afin de faciliter la reprise du trafic sur ce corridor. « La réouverture de ce corridor est la concrétisation de l’intégration sous-régionale. Cela constitue une grande satisfaction pour les opérateurs économiques de notre pays particulièrement ceux de la Région de Kaye au regard de la proximité géographique. Il y a aussi le fait que ce port n’est pas engorgé. En plus, il n’y a moins de tracasseries sur ce corridor. Et puis notre pays bénéficie de beaucoup d’avantages », s’est réjoui le président du Conseil malien des chargeurs.

Babalaye Daou a exhorté les transporteurs aux respects stricts des réglementations de la Gambie. Pour s’assurer de l’effectivité de cette réouverture, le directeur des douanes sénégalaises et son homologue gambien ont signé un protocole d’accord dont la phase test durera 6 mois a partir de la signature.

Mamadou Matar Cissé, a expliqué que la réouverture de ce corridor traduit la volonté et l’engagement des plus hautes autorités des trois pays de promouvoir les échanges commerciaux dans la sous-région. « Avec diligence et sur la base du chronogramme retenu lors des rencontres des experts de nos pays, cette signature marquera la réouverture officielle de ce corridor pour une période test de 6 mois. Les signataires du protocole d’accord doivent respecter les clauses arrêtées d’un commun accord, en vue d’assurer, avec responsabilité sur ce corridor, le développement du commerce licite des marchandises et de sanctionner également sans faiblesse, tout manquement qui sera forcément préjudiciable aux économies et à l’idéal d’intégration sous-régionale », a insisté le directeur des douanes sénégalaises.

« Les membres du comité paritaire de suivi du protocole d’accord devront, au cours de la période test de six mois s’efforcer de mettre en place un système de veille et d’alerte à même de corriger les éventuels dysfonctionnements et goulots d’étranglement qui seraient constatés le long du corridor », a indiqué Mamadou Matar Cissé.

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Le handicap de la route

Si l’ouverture de ce corridor Bamako-Banjul constitue un grand soulagement pour nos opérateurs économiques, une partie de la route reliant le Sénégal à la Gambie, notamment le tronçon reliant Bassé (ville frontalière gambienne), Badiara et Vélingara (ville frontalière sénégalaise), pose problème. Distante de seulement près de 40 km, cette route ni bitumée, ni bien aménagée depuis son abandon en 2005 par nos transporteurs, constitue le grand handicap de ce corridor. Crevassée par endroit, complètement impraticable souvent, cette partie du tronçon est un cauchemar en période d’hivernage.

De l’avis de certains transporteurs ayant fait le déplacement pour l’occasion, malgré que cette partie soit infime, elle peut entraver l’utilisation optimale du corridor. « Gare aux camions chargés qui se hasarderaient sur cette voie. Il est impérieux d’aménager cette partie du corridor ou à défaut la gratter. Sinon, dans cet état, il sera difficile à nos véhicules de fréquenter ce trajet », avertissent certains routiers.

Envoyée spéciale

D. DJIRE

L’Essor du 21 Juillet 2010.