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Les contrôleurs aériens sont des agents qui assurent les services de contrôle de la circulation aérienne sans lesquels les avions ne peuvent voler, se poser et décoller en toute sécurité.

Les contrôleurs ont choisi de baptiser leur mouvement « Silence-Radio » pour contourner une note du Bureau international du travail (BIT) qui considère comme essentiels les services dont l’interruption mettrait en danger, dans tout ou partie de la population, la vie, la sécurité ou la santé des personnes. Dans cet ordre d’idée, le BIT considère le contrôle aérien comme un service essentiel.


Nouveau mouvement.

Une lettre circulaire du président de la FAPCAA, le Nigérien Moukaila Salou explique que le « Silence-Radio » durera quarante huit heures. Si les revendications de la profession ne sont pas satisfaites, un nouveau mouvement d’une durée indéterminée, sera déclenché.

Les contrôleurs n’observent que quelques exceptions dans ce débrayage qui ne dit pas son nom : les vols humanitaires, les évacuations sanitaires et les vols des chefs d’État.

Ibrahim Maïga, le secrétaire général du Syndicat des contrôleurs de la circulation aérienne au Mali, explique que ses collègues reprochent à la direction générale de l’Asecna basée à Dakar, le refus total de répondre à toutes les correspondances de leur syndicat. Créée en 2002, la fédération des contrôleurs dont le siège se trouve à Ouagadougou, regroupe les représentants des 17 pays membres de l’Asecna.

Autre grief des contrôleurs à l’encontre de leur direction générale : la violation, de leur point de vue, d’une résolution adoptée par l’agence à N’Djamena en juillet 2003. Ce texte, explique Ibrahim Maïga, issu de la rencontre du comité des ministres de l’organisation, fixe le niveau de recrutement des contrôleurs au DEUG scientifique, compte tenu de l’évolution exponentielle de la technologie.

La décision prise dans la capitale tchadienne prévoit une prime spéciale pour les contrôleurs, la mise en oeuvre de la licence des contrôleurs aériens au même titre que les pilotes. A l’issue de la même rencontre, le comité des ministres a confié à l’Asecna l’étude du statut d’ayants droit au logement.

En plus, du respect de la résolution de N’Djamena, les contrôleurs réclament un plan de carrière, la poursuite du programme d’immersion en anglais, une protection juridique. Ils critiquent l’insuffisance des effectifs ainsi que les difficiles conditions de travail.

Issa Salif Goïta, le chef du service exploitation de la navigation aérienne au Mali, un service public national, estime pour sa part qu’il n’y a pas d’insuffisance d’effectifs dans notre pays. Au Mali, indique-t-il, opèrent 29 contrôleurs sur les 398 que compte l’Asecna. C’est d’ailleurs à la demande des contrôleurs eux-mêmes, révèle-t-il, que notre pays a envoyé deux contrôleurs en Mauritanie, trois au Sénégal et un au Niger.

7 Pays sur 17.

Notre interlocuteur considère qu’exiger le DEUG barrerait la route aux multiples bacheliers qui aspirent à devenir contrôleurs aériens et révèle que 188 titulaires du DEUG et plus de 800 bacheliers se sont présentés au dernier concours du contrôle aérien organisé au Mali.

Pour faire face au « Silence Radio« , Issa Salif Goïta indique que des mesures conservatoires ont été prises. Le ministère de l’Équipement et des Transports a adressé une réquisition aux contrôleurs pour rappeler qu’ils n’avaient pas le droit d’observer une grève. Notre pays a déjà mobilisé quatre contrôleurs, des expatriés qui ont un statut diplomatique. A ce titre, ceux-ci n’ont pas le droit d’observer la grève. Il s’agit de deux Burkinabé, un Béninois et un Nigérien.

Issa Salif Goïta constate que 7 pays sur 17 ont refusé d’observer le mouvement. Le Sénégal, le Tchad, le Togo, le Bénin, la Guinée équatoriale, la Guinée Bissau et la République Centrafricaine n’ont pas adhéré au mot d’ordre du syndicat.

En cette période de grandes vacances, les désagréments de ce débrayage sont énormes. Un responsable de la direction de l’aéroport ayant requis l’anonymat, indique que cet arrêt de travail des contrôleurs aériens peut avoir des conséquences majeures : le bouleversement du planning des vols des compagnies (surtout les longs courriers), un manque à gagner énorme pour toutes les structures d’exploitation de l’aéroport de Bamako Sénou qui accueille quotidiennement un minimum d’une vingtaine de vols.

Visiblement, les contrôleurs ont bien choisi leur moment pour exercer une pression maximale sur leur direction. Les avions, surtout vers et en provenance de l’Europe, sont tous pleins d’expatriés et émigrés qui prennent leurs vacances annuelles en août.

De plus tous ceux qui avaient choisi de prendre leurs vacances en juillet sont tenus de rentrer sous peine d’être absents au poste dès ce vendredi. Autant de casse-tête qu’il faut multiplier par le nombre de pays où « Silence Radio » est appliqué.

Aujourd’hui, on aura une idée plus exacte des conséquences de cette grève mal déguisée. Hier après-midi, on savait juste que le vol quotidien d’Air France (Paris-Bamako-Paris) n’était pas confirmé. Il en était de même pour les vols de la Compagnie aérienne du Mali (CAM), d’Air Burkina, d’Air Sénégal et d’Afriqiyah Airways.


S. KONATÉ

30 Juillet 2008