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Les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté ont décidé d’étendre la transition sur une période de 12 mois et de caler le mandat de ses organes, notamment du président de la République par intérim, du Premier ministre et du gouvernement sur la même période. La conférence a aussi confirmé le déploiement d’une force pour aider le pays à reconquérir son intégrité territoriale

Le sommet extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui s’est achevée vendredi à Abidjan a pris des décisions importantes sur notre pays et la Guinée Bissau qui subissent une crise politique et sécuritaire profonde. Pour ce qui est de notre pays, les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO ont décidé d’une transition de 12 mois au cours desquels l’élection présidentielle doit être organisée pour choisir un nouveau président.

Ils ont décidé également d’étendre le mandat des organes de transition, notamment le président par intérim, le Premier ministre et le gouvernement sur cette période de 12 mois pour assurer, dans la limite des pouvoirs qui leur sont conférés par la Constitution, la continuité de la gouvernance du pays. En outre, les dirigeants de la CEDEAO ont exhorté toutes les parties prenantes concernées à s’engager résolument dans la mise en œuvre de la feuille de route jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle et la restauration de l’unité et de l’intégrité territoriale du Mali. Ils ont demandé que les autorités de transition garantissent non seulement le droit de retour au Mali de l’ex-président Amadou Toumani Touré et de toutes autres personnalités forcées de quitter le pays, et assurent leur sécurité une fois au pays.

Le sommet a aussi exhorté les autorités de transition à prendre toutes les mesures pour déployer, durant la période de transition, les services centraux de l’administration dans tout le pays en particulier dans le Nord. Il a salué la libération des personnalités qui avaient été arrêtées à la mi-avril et demandé au CNRDRE (Comité pour le redressement de la démocratie et le rétablissement de l’Etat) d’honorer scrupuleusement son engagement pris dans le cadre de l’Accord-cadre en respectant l’ordre constitutionnel et en se soumettant aux autorités civiles de la transition.

A cet égard, il a été demandé aux membres du CNRDRE de retourner dans les casernes et de se consacrer à leur mission régalienne de défense du territoire. Par ailleurs, la CEDEAO a menacé de sanctions le CNRDRE et ses membres « pour toutes actions arbitraires et unilatérales dont ils seront auteurs ».

Sur la rébellion au Nord du pays, en dépit de la prétendue déclaration unilatérale de cessez-le-feu par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) le 5 avril 2012, le sommet a constaté, avec préoccupation, la poursuite des atrocités au Nord « perpétrées par les rebelles, les groupes terroristes et les autres réseaux de criminalité transnationale organisés transformant ainsi le territoire occupé en une grande zone de banditisme et d’insécurité aigue avec des conséquences humanitaires graves ».

Les dirigeants de la CEDEAO ont dénoncé l’occupation continue des régions de Kidal, de Gao et de Tombouctou par les rebelles. Ils ont réaffirmé leur attachement à l’unité et l’intégrité territoriale du Mali et réitéré leur détermination à assister le gouvernement du Mali dans la restauration de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, conformément aux dispositions pertinentes des protocoles de la CEDEAO.

Avec effet immédiat.

La conférence a réaffirmé la proposition de médiation de la CEDEAO en vue d’un règlement négocié de la crise au nord. A cet égard, elle a renouvelé sa confiance au médiateur Blaise Compaoré et l’a encouragé à persévérer dans ses efforts de médiation en concertation avec les pays du champ (Algérie et Mauritanie) jusqu’à la restauration de l’unité et de l’intégrité territoriale du Mali. Le sommet a aussi salué et entériné le souhait exprimé par le président nigérian Goodluck Ebele Jonathan de se joindre aux efforts du médiateur Blaise Compaoré dans la résolution pacifique de la crise au Mali.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont instruit la commission de commencer, avec effet immédiat, le déploiement de la force en attente de la CEDEAO conformément au mandat approuvé. Ils ont réaffirmé leur engagement à aider le Mali et les pays membres limitrophes à faire face aux conséquences humanitaires de la rébellion.

En conséquence, la conférence a instruit la commission de prendre toutes les mesures nécessaires pour mobiliser les ressources, assister les populations affectées, protéger les corridors, ainsi que les acteurs et les biens humanitaires en consultation et en collaboration avec les pays du champ et les partenaires. La conférence a aussi demandé à la Commission de mettre à disposition une dotation dont le montant sera déterminé au titre de fonds de roulement initial conformément au rapport du comité des chefs d’Etat-major.

Sur la situation politique et sécuritaire en Guinée Bissau, la conférence a réaffirmé le principe fondamental de « tolérance zéro » pour la prise ou le maintien du pouvoir par des moyens non constitutionnels ainsi que le rôle apolitique des militaires dans une démocratie tels que consacrés par le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.

Le sommet a condamné fermement le coup d’État du 12 avril 2012 perpétré par le commandement militaire et ses associés et dénoncé l’interruption du processus de l’élection présidentielle ainsi que la détention du Premier ministre et du président par intérim par la junte. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont réitéré la dénonciation de l’accord du 17 avril 2012 établissant « un soit disant conseil national de transition » et réaffirmé que la CEDEAO ne reconnaîtra aucune transition anticonstitutionnelle.

Ils ont demandé également la restauration immédiate de l’ordre constitutionnel. La conférence a exhorté toutes les parties prenantes à s’en remettre à la médiation de la CEDEAO visant à s’accorder sur les modalités d’une transition consensuelle vers la tenue d’élections dans un délai de douze mois en tenant compte de l’engagement écrit pris par le commandement militaire le 16 avril 2012 d’accepter le retour à l’ordre constitutionnel selon les modalités à définir avec l’assistance de la CEDEAO.

Le sommet a aussi instruit à la Commission de déployer, avec effet immédiat, un contingent de la force en attente de la CEDEAO en Guinée Bissau. Il a averti le commandement militaire que s’il n’acceptait pas toutes les demandes de la conférence dans les prochains 72 heures, la CEDEAO imposera, avec effet immédiat, des sanctions ciblées sur les membres du commandement militaires et leurs associés ainsi que des sanctions diplomatique, économique et financière sur la Guinée Bissau sans exclure des poursuites de la Cour pénale internationale (CPI).

lundi 30 avril 2012,

Envoyé spécial,

Madiba Keïta

Essor