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Hasard de calendrier ou travail d’expert du staff de communication de Dioncounda Traoré, son discours à la Nation, prononcé le lendemain de la conférence de presse donnée par le Premier ministre (à l’occasion de ses 100 jours en fonction) passait comme un char sur un terrain déblayé. Le Premier ministre avait eu l’occasion de se lâcher suffisamment sur « les politiciens qui ont enfoncé le pays dans le gouffre pendant les 20 dernières années » et dont le Président Dioncounda est un.

Il a également déclaré qu’il ne démissionnerait pas pour faire plaisir aux politiciens, pour que les politiciens viennent lui prendre sa place, que d’ailleurs il n’y a personne pour recevoir sa démission, que c’est lui le chef du gouvernement à qui on a confié la mission de reconquérir le nord et d’organiser les élections. Et c’est à lui qu’il revient le privilège de former un nouveau gouvernement, et non au président. Enfin aux politiciens de lui foutre la paix, et de le laisser travailler : ce ne sont pas eux qui l’ont mis à cette place.

Commentaire des observateurs : pur mépris du Premier ministre de la transition pour le président de la transition. Dans son adresse à la Nation, le dimanche soir, qu’il avait annoncé de longue date, si le président Dioncounda Traoré a fait cas de la fonction de Premier ministre, c’est pour dire que « ni le Président, ni le Premier ministre, ni les ministres ne pourront se présenter à la prochaine élection présidentielle ».

Le président Dioncounda Traoré a formulé des propositions de sortie de crise comprenant la création de nouvelles institutions de la transition : un Haut Conseil d’Etat (HCE) comprenant le président de la république et deux Vice-présidents ; un Conseil national de la transition (CNT) ayant une compétence consultative et regroupant les représentants des partis politiques et de la société civile ; un gouvernement d’union nationale ; une commission nationale aux négociations chargée d’engager des pourparlers de paix avec les mouvements armés du nord Mali .

Concernant sa propre sécurité et celle des organes de la transition, Dioncounda Traoré a été clair : « Je fais entièrement confiance aux services de sécurité malienne, voire en l’armée malienne pour assurer la sécurité du président de la république et celle des institutions de la République ». Les nouvelles institutions collent à l’esprit de l’accord-cadre du 6 avril 2012 et ont pour but de compléter l’architecture institutionnelle, de mieux l’adapter aux réalités sociopolitiques et aux missions de la transition.

Le Haut conseil d’Etat (HCE) sera constitué du président de la République et de deux vice-présidents chargés d’assister le président dans l’accomplissement de ses missions de la transition. L’un des Vice-présidents représentera les forces de défense et de sécurité et à ce titre présidera notamment le Comité militaire de suivi de la Reforme des forces de défense et de sécurité et s’occupera de toutes les questions militaires concernant le nord Mali. De bonnes sources, il s’agirait du Capitaine Amadou Haya Sanogo.

L’autre Vice-président représentera les autres composantes des forces vives de la Nation [les partis politiques et la société civile. Ndlr]. Le gouvernement d’union nationale comprendra toutes les composantes des forces vives. Les consultations conduisant à la formation de ce gouvernement seront menées par le président de la république lui-même, et non par le Premier ministre Cheick Modibo Diarra.

Le Conseil national de la transition (CNT) aura une compétence consultative et regroupera des représentants des partis politiques présents ou non à l’Assemblée nationale et des représentants de la société civile. Il sera piloté par le vice président représentant les forces vives de la transition.

Selon le président de la transition, la commission nationale aux négociations (CNN) sera « conforme aux souhaits des chefs d’Etat de la CEDEAO formulé au point 18 du communiqué final de la deuxième réunion du groupe de contact sur le Mali.

Cette commission sera chargée d’engager avec les mouvements armés du nord Mali des pourparlers de paix en relation avec le médiateur de la CEDEAO, afin de rechercher par le dialogue des solutions politiques négociées à la crise ». Une requête sera formulée en direction de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations-Unies, en fonction des conclusions de la mission qui a séjourné dernièrement à Bamako, a-t-il déclaré.

Dioncounda Traoré a précisé que les Vice-présidents seront nommés et le Conseil national de la transition sera mis en place dans les meilleurs délais et en tout cas dans la quinzaine qui suivra la mise en place du gouvernement d’union nationale. Cependant, la seule question qui reste est de savoir si le nouveau maître du jeu politique au Mali, Dioncounda, gardera le Premier ministre Cheick Modibo Diarra.

B. Daou

Le Républicain du 31 Juillet 2012