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Déjà le mercredi 18 juillet à la suite d’une rencontre au siège de la CNAS – Faso Hèrè, l’Alliance des Démocrates Patriotes pour la Sortie de crise (ADPS) et le Front Uni pour la Sauvegarde de la Démocratie et de la République (FDR) ont demandé « le retour du Président de la Transition dans les meilleurs délais afin qu’il assume pleinement son rôle dans la conduite de la Transition ». Il est attendu à Bamako ce vendredi.

Selon nos informations, le Président de la transition Dioncounda Traoré rentrera à Bamako, le vendredi prochain. Mais qu’en est-il de sa sécurité ? Pour certains, les responsabilités semblent être désormais connues, car « s’il n’y a pas d’ordre, il n’y aura pas d’agression ». Il n’y a d’agression que lorsque des gens sont envoyés, nous disent certains interlocuteurs de sources bien informées. Est-ce à dire que chacun se tiendra à sa place désormais ? En tout cas les derniers réglages semblent bien être en place, pour le retour à Bamako du Président Dioncounda Traoré, absent du Mali depuis deux mois, suite à son agression le 21 mai dernier.

Pour assurer la sécurité des organes de la transition et libérer le nord Mali, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) est disposée à envoyer une force de quelque 3.000 hommes. Paris à travers un entretien entre Hollande et Dioncounda a évoqué sa disponibilité à apporter son soutien technique et logistique dans ce cadre au Mali.

Mercredi dernier à Abidjan, les chefs d’état-major de la Cédéao se sont réunis pour examiner les conclusions de la « mission d’évaluation technique » associant Cédéao, Union africaine (UA) et ONU, et qui s’est rendue du 9 au 18 juillet à Bamako, en vue d’arrêter les « modalités pratiques » du déploiement de cette force. La Cédéao et les regroupements ADPS et FDR sont à cet effet sur la même longueur d’onde, et considèrent le retour rapide à Bamako de Dioncounda Traoré, Président de la République, comme seul moyen de dénouer la crise rapidement. Selon nos sources, la médiation souhaiterait que le président de la transition Dioncounda Traoré puisse rentrer au Mali avant le 31 juillet, date butoir pour la formation d’un gouvernement d’union nationale.

A tout point de vue, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra se serait révélé incapable de former le gouvernement souhaité. Au lieu de former un nouveau gouvernement en prenant en compte les partis politiques, il proposerait la création de postes de Secrétariats d’Etat pour leur entrée. Et cela, en gardant les anciens ministres technico-militaires. Ce qui sera naturellement rejeté par les partis politiques ouvrant la voie à des manifestations de toutes sortes, sauf une solution de sortie de crise. Les ingrédients se réunissent pour une démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra.

B. Daou


Bienvenue, Capitaine Dioncounda

C’est demain qu’après deux mois d’absence, le président de la transition revient au pays. Pari perdu donc pour ceux qui excluaient son retour après l’agression du 21 mai. Au demeurant, ses agresseurs lui auront fait mal et très mal. Mais ils auront encore fait plus mal à l’image d’un pays trimballé qui alterne séquences d’espoir -par exemple, l’amorce de retour à l’ordre constitutionnel deux semaines après le putsch du 22 mars- et pointes d’inquiétudes. Au nombre de celles-ci : la discorde dans tous les segments y compris l’armée, les entorses récurrentes aux droits constitutionnels, les cures d’auto-radicalisations des acteurs.

Qu’il reprenne la direction de Bamako veut simplement dire que Dioncounda Traoré qui rejette toute idée d’être protégé par des forces autres que maliennes a choisi le parti du courage, du sacrifice et de la patrie. C’est plus que louable et la seule signification du geste du président revenant sur les lieux du crime dont il fut l’objet vaut tous les discours patriotiques. Puisse ce geste nous parler et nous faire prendre conscience, de quelque bord que nous soyons, des risques que nous prenons avec un pays dont la résilience est désormais comptée, à force d’être maltraité par ses propres enfants. Il n’y a pas de mystère : le président retourne pour tenter de tenir ferme le gouvernail du navire en perdition avec pour première tâche de former un gouvernement d’union nationale, en somme l’équipage du salut puisque nous sommes au creux de la vague.

Depuis janvier le Nord est occupé et depuis la formation en avril dernier du premier gouvernement de la transition, les regards sont tournés vers nos régions annexées. Il a été reproché au gouvernement sortant de n’avoir pu rétablir l’intégrité territoriale du pays. Le même reproche sera fait à l’équipe entrante quatre vingt dix jours après sa prise de fonction si les occupants dictent leur loi à Gao, Tombouctou, Kidal et Douentza dont l’armée et l’administration sont parties.

La conduite du processus électoral devra également être plus mesurable et plus visible. C’est seulement à ces deux conditions qu’il valait la peine de réparer l’erreur d’avoir exclu des compétences nationales au seul motif qu’elles sont partisanes. Le gouvernement est d’abord l’affaire des politiques. Et comme ont tendance à le schématiser certains, dire que politique est synonyme de magouilles a de quoi faire désespérer. Il appartient à la classe politique de prouver qu’elle est à la fois porteuse de compétences et de valeurs. Sinon elle aura fait prendre au capitaine du navire le risque de trop.

Adam Thiam

Le Républicain du 26 Juillet 2012