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Le Président Bah N’Daw et le Premier Ministre  Moctar Ouane  ont démissionné, mercredi 26 mai 2021, après leur arrestation lundi par les militaires. Cette démission intervient après que le Colonel Assimi Goïta, Vice-président de la transition, ait annoncé,  le mardi 25 mai, qu’il plaçait « hors de leurs prérogatives » le Président Bah N’Daw et le Premier Ministre Moctar Ouane. Le Vice-président de la transition affirme agir pour « préserver la charte de la transition et défendre la République ».

En effet, les deux Hommes ont été interpellés quelques heures après l’annonce, dans l’après-midi de lundi, de la nomination du nouveau Gouvernement. Au sein de celui-ci, la junte devait conserver les  portefeuilles ministériels qu’elle possédait dans le précédent cabinet (défense, sécurité, et réconciliation nationale). Mais deux putschistes n’ont pas été reconduits : les Colonels Sadio Camara et Modibo Koné, des figures emblématiques du coup d’Etat du 18 août 2020, à qui certains attribuent le coup de force du 24 mai.

Ainsi, très vite, les rumeurs faisant état de bruits de bottes entre la ville garnison de Kati et la capitale se sont avérées. Le Président de la Transition et le Premier Ministre ont été conduits au camp Soundjata Kéïta, où l’ancien Président Ibrahim Boubacar Kéïta avait rendu sa démission en août 2020. Le climat qui prévalait alors s’empara de nouveau de tout le pays. Les médias en ligne se sont emballés, reprenant en boucle les brides d’informations qui s’échappaient des locaux du camp Soundjata. Sur les réseaux sociaux, chacun y allait de ses commentaires. Les Maliens passeront ainsi un après-midi tout aussi long que celui du mardi 18 août, dans les spéculations et l’incertitude.

C’est le mardi 25 mai que les évènements commencent à s’éclaircir.  Le Vice-président, Colonel Assimi Goïta, à travers un communiqué dont la teneur a été livrée sur la chaîne nationale par un de ses proches collaborateurs, a expliqué les raisons de l’arrestation du Président et du Premier de la Transition.

Un communiqué qui révèle une tension latente au sommet de l’Etat.

Ainsi, le Colonel Assimi Goïta a expliqué que Premier Ministre Moctar Ouane s’est montré ” incapable de constituer un interlocuteur fiable, susceptible de mobiliser la confiance des partenaires sociaux” face à la crise caractérisée notamment par des grèves.

Ce qui n’aurait pas empêché le Président de la Transition de lui renouveler sa confiance pour former un nouveau Gouvernement. Pis, Bah N’Daw et Moctar Ouane ont établi une liste ‘’sans concertation avec le Vice-président en charge des prérogatives à lui conférées par la charte à savoir la Défense et la Sécurité’’. Toute chose qui, selon Assimi Goïta, ‘’témoigne d’une volonté manifeste du Président de la transition et du Premier Ministre d’aller vers une violation de la charte de transition’’. D’où a-t-il jugé utile d’agir pour préserver la charte. Il a assuré que la transition poursuivra son cours normal et que les élections se tiendront courant 2022.

Pour rappel, les Colonels avaient installé au bout de quelques semaines des Autorités de la transition dont un Président, Bah N’Daw (militaire retraité) et un Gouvernement dirigé par Moctar Ouane, un civil. Ils s’étaient engagés, de mauvais gré et sous la pression de la communauté internationale, à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois, et non pas trois ans comme ils l’estimaient nécessaires.

Mémé Sanogo

Source: L’Aube