Partager

C’est ne que secret de polichinelle que dire que le Mali n’a d’autre choix que de réussir cette énième  transition. Si on s’en tient au discours prononcé  par le président de la transition Bah N’Daw le jour de son investiture, on est en droit de dire que le Mali est en train d’entreprendre sa refondation qui en principe doit le mettre sur des pylônes solides. Cela est plus que nécessaire, car tous les Maliens à l’unanimité ont compris que le pays était un colosse au pied d’argile.

Pragmatique le président de la transition n’est pas allé de main morte pour dire que la descente aux enfers du Mali est l’œuvre de ses propres fils. Pour réussir cette destruction   de ce pays millénaire berceau de toutes les grandes civilisations ouest-africaines, les  Maliens  ont usé de la prévarication, de la concussion de la gabegie du clientélisme et du trafic d’influence pour polluer tous les secteurs d’activités. C’est pourquoi s’adressant au  Premier ministre de la transition MoctarOuane, il a expliqué que le choix porté sur lui est le résultat de sa longue expérience par rapport à la gestion de la chose publique. Partant Bah N’Daw a instruit au gouvernement de se mettre au travail pour trouver une réponse rapide aux maux qui minent le Mali. Cet appel du pied du président de la transition tombe à pic, car le Mali il faut le dire a été frappé pendant plus d’un mois par un embargo imposé par les pays de la CEDEAO. Aussi, il a exigé de MoctarOuane un travail rigoureux qui consiste a évalué les différents  ministres et à ne tolérer aucune insuffisance,  car l’espoir de tout un peuple repose sur ses épaules. Pour que la mission soit une réussite,   le président de la transition a appelé à une solidarité gouvernementale afin de combattre l’insuffisance de résultat, l’inobservance des règles de la comptabilité publique. Au cours de la prise de contact, Bah N’Daw  est revenu sur le contenu de la transition    et la feuille de route de la transition qui, à ses dires, engage le Mali à retrouver une vie constitutionnelle normale avec à la clé un président élu démocratiquement de façon saine et transparente. Raison pour laquelle , il a demandé à l’exécutif de faire de la bonne gouvernance son cheval de bataille  afin de préserver les maigres ressources de l’Etat après une si longue traversée du désert.

Selon Bah N’Daw les bases de la refondation du Mali passent par le vivre ensemble, remettre la jeunesse au travail, revaloriser le secteur de la santé et de l’éducation. Dans les propos du président de la transition on constate aisément que l’objectif est que la grossesse portée par la transition puisse accoucher d’un Mali nouveau avec à sa tête un président démocratiquement élu  qui ne fait l’objet d’aucune contestation. Pour que cela soit, il a exigé les respects stricts   des textes et instruments qui régissent les élections. Avant d’ajouter la mine sérieuse : «  la fâcheuse  tradition  des crises post électoral doit désormais être un lointain souvenir pour ce grand pays qui est capable de relever chacun de ces défis ».

Le président par intérim a appelé   le gouvernement à faire du retour de la sécurité et de la stabilité une priorité par le renforcement des moyens des forces de défense et de sécurité. Il s’agit aussi à ajouter le Colonel Major à la retraite d’élaborer  de nouvelles stratégies pour corriger les différentes faiblesses  et les failles humaines qui conduisent souvent à des pertes en vie humaine. IL a fait savoir à l’équipe gouvernementale que la probité morale n’est pas négociable. Il n’a pas manqué de rappeler aux ministres  que l’avenir de la jeunesse est lié à des valeurs cardinales qu’il faut respecter.  Il a insisté sur l’application de l’accord d’Alger condition sine qua non pour le retour définitif de la paix.

Dans l’histoire du Mali contemporain, on dénombre au moins quatre transitions. La première transition commence le 19 novembre 1968 avec le comité militaire de libération national  dirigé par le lieutenant  Moussa Traore    et consacre la fin de la première République avec la chute du président Modibo Keita.  Elle sera la plus longue pour aboutir à une vie constitutionnelle  normale à partir de 1979 avec la création de l’Union Démocratique du Peuple Malien (UDPM) Ensuite, la deuxième transition  qui commence le 26 mars 1991 avec la chute du  général Moussa Traore. Elle sera dirigée   pendant 14 mois par le lieutenant colonel Amadou Toumani Toure avec le Comité de Transition pour le  Salut du  Peuple. Elle aboutira à l’installation du premier président démocratiquement élu Alpha Oumar Konare le 8 juin 1992. Contre toute attente et à la grande  surprise de tous, le 22 mars 2012 se produit le coup d’État le plus débile  de l’histoire du Mali selon les propres termes de l’ancien président français Nicolas Sarkozy. Il est l’œuvre d’officiers subalternes  exaspérés par les revers militaires au nord du pays. Ils vont mettre en place le Comité National de Redressement de la Démocratie (CNDRE) dirigé par le capitaine Amadou Aya Sanogo. Avec le rétablissement de l’ordre constitutionnel, le président de l’Assemblée Nationale, le Pr Dioncounda Traore devient le président par intérim. Il organise un scrutin présidentiel transparent qui aboutit à l’élection du président El Hadj Ibrahim Boubacar Keita. Une première dans l’histoire du Mali démocratique, IBK est élu avec 77,78%.  Mais au bout de quelques mois, les espoirs des Maliens seront vite déçus avec la multiplication des scandales financiers  et les nombreuses pertes civiles et militaires. Il est renversé à 3 ans de la fin de son mandat le 18 août 2020.

Badou S. Koba

Source: Le Carrefour