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Pour son retour au Mali (après un traitement de plus d’un mois en France), le président de la République Dioncounda Traoré, doit s’entourer d’une équipe de choc et se défaire des oiseaux de mauvais augure qui tirent la ficelle du pouvoir en ces temps-ci afin que Koulouba reste le centre névralgique de la décision.

Le représentant du médiateur Blaise Compaoré, Djibril Bassolé, dans une interview au lendemain de la réunion du Groupe de contact à Ouagadougou, le 7 juillet, a déclaré qu’il faut que le Mali ait des institutions fortes capables de relever les défis de l’heure : la crise institutionnelle au sud celle du Nord (la libération des trois régions septentrionales).

« Aujourd’hui, nous voulons que le Mali ait un exécutif fort et efficace », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Burkina. Réunie à Yamoussoukro pour le 41e sommet de la Cédéao (le 29 juin) et à Ouagadougou (le 7 juillet) les chefs d’Etats ont réaffirmé leur volonté de voir le Mali doté d’un exécutif fort et d’une armée forte. Cette exigence des deux rencontres passe impérativement par la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Pour le représentant du médiateur, l’accord-cadre du 6 avril mentionne clairement que parmi les institutions à mettre en place figure un gouvernement d’union nationale. Or, il s’avère que Cheick Modibo et son mentor Amadou H. Sanogo ont fait fi de cela et nommé des hommes de leur choix. Pour M. Bassolé, le gouvernement n’est pas suffisamment représentatif. « La collaboration avec la Cédéao n’est pas exactement comme on l’aurait voulu ». Le constat est que l’équipe de CMD « dort sur ses lauriers » et regarde le pays descendre en enfer.

Aujourd’hui, force est de constater que malgré les différentes tractations et actions entreprises jusque-là pour juguler la double crise institutionnelle et sécuritaire, rien ne semble se dégager de concret qui puisse permettre aux Maliens de retrouver la paix. Les querelles d’individus au détriment des intérêts de la République continuent.

Trier les collaborateurs

Les deux acteurs-clés de la transition, le président de la transition, Dioncounda Traoré, et le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, sont dans le viseur de l’opinion en ce sens que le second se croit tout permis pensant détenir le plein pourvoir. Cette auto attribution du plein pouvoir a amené le chef du gouvernement à avoir des divergences de vue sur des questions essentielles comme l’envoi de la Force en attente de la Cédéao au sud comme au nord, la formation d’un gouvernement d’union nationale.

L’attitude de CMD vis-à-vis de l’instance sous-régionale n’a-t-elle pas contribué à aggraver la situation et à prolonger la souffrance des Nordistes ? Les avis sont partagés. Cet entêtement du PM intervient surtout au moment où le chef des « putschistes », le capitaine Sanogo continue de tirer les ficelles du pouvoir depuis son sanctuaire de Kati. Et c’est pourquoi d’ailleurs, le gouvernement de Diarra brille par son incapacité à apporter la moindre solution à cette crise qui n’a que trop duré.

Selon plusieurs observateurs, l’équation malienne est très difficile à résoudre car elle renferme plusieurs inconnues. Pendant que la Cédéao se donne les chances de sauver le pays, à Bamako, des spécialistes du complot tapis dans l’ombre (Copam, MP-22 et consorts) usent de leur imagination pour mettre à mal le processus. Ceux-ci privilégient ainsi les intérêts égoïstes au détriment des intérêts du pays. Les calculs politiciens d’abord, le pays ensuite. Comment s’opposer à la formation d’un gouvernement d’union nationale, à l’envoi des troupes alors qu’elle peut être une solution de sortie de crise ? N’est-ce pas là une attitude d’apatride.

Au regard de tout ce qui se passe et qui entrave une sortie de crise, le président Dioncounda dès son retour à Bamako devra faire preuve de beaucoup de sagacité et de fermeté, faire en sorte que le centre de décision du pouvoir soit à Koulouba. Il devra aussi s’entourer d’une équipe d’hommes et de femmes responsables capables de se départir des oiseaux de mauvais augure qui ne pensent qu’à eux-mêmes. Il en va de l’intérêt supérieur du Mali qui agonise.

Amadou Sidibé

Les Echos du 12 Juillet 2012